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Hommages
Georges Moustaki
On avait l'impression qu'il était là depuis longtemps et pour toujours.
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Qu'il n'avait quasiment jamais changé, vieux très tôt ou éternel jeune, depuis la photo de pochette de la chanson qui restera son emblématique autoportrait : crin blanc et barbe touffue de pâtre grec, célèbre gueule de métèque surmontée d'un sourire bienveillant et d'yeux pétillants. Avec le maintien d'un sage dont la devise était "L'homme descend du songe".

Il était né Joseph mais avait choisi de se prénommer Georges en hommage à celui qui l'avait adoubé dans le monde de la chanson. Les amis de Georges sont désormais ceux de Brassens et de Moustaki.
Natif d'Alexandrie, Egypte, de parents grecs de langue italienne, c'est à Paris, Île St Louis, qu'il avait choisi de poser ses sacoches de motard globe-trotter paisiblement anarchiste. Comme il disait, "Je suis citoyen du monde, mais mon pays c’est la langue française".
Une passion héritée de son père, libraire francophone, et qui lui donna l’envie de débarquer dans l’hexagone dès l’âge de 17 ans, en 1951 : "Je parlais plusieurs langues mais j’écrivais, je chantais, je rêvais même en français..."

Vendeur de livres au porte-à-porte, journaliste, barman, guitariste autodidacte, le futur Georges découvre vite que chanter est aussi un moyen de gagner sa vie. Suivra une période de récitals entre bistrots et cabarets, de préférence rive gauche.

En 1958, sa rencontre et sa brève liaison avec Edith Piaf, pour qui il écrira, entre autres, les paroles de "Milord", lui ouvre les portes du royaume de la chanson : tout au long des années 60, il collaborera avec les plus grands, Yves Montand, Serge Reggiani ou Barbara, avec laquelle le duo "La dame brune" deviendra un classique.

Mais c’est en 1969, avec "Le Métèque", qu’il obtiendra un succès international, encore conforté par des titres comme "Ma liberté", "Ma solitude", "Sarah" ou "Votre fille a vingt ans", écrits à l’origine pour Serge Reggiani.
Des chansons à la nostalgie chaleureuse, enrichies peu à peu de rythmes brésiliens ou méditerranéens, retrouvailles avec ses origines grecques ou glanés au cours de voyages à travers la planète, en précurseur de la future "world music".
L’époque, au début des années 80, où il décide d’apprendre l’accordéon, collabore avec des artistes comme Richard Galliano, Joe Rossi, Paco Ibanez ou le Cuarteto Cedron, découvre la musique haïtienne et parcourt les scènes du monde entier, accompagné d’un orchestre ou, comme il disait, "avec une guitare et un tabouret".

Auteur d’une vingtaine d’albums studio, d’une dizaine d’enregistrements en public et d’une douzaine de musiques de films, il annonce en 2011, qu’il est désormais définitivement incapable de chanter, victime de problèmes respiratoires.
Ses chansons étaient à son image, fluides, intemporelles, élégantes, prônant l'amour de la liberté, du vagabondage et de la paresse. Il aimait les longues dames brunes et toutes les autres aussi. Il aimait dire, en souriant : "Il y a eu deux personnes uniques dans le monde de la musique, Brassens et Piaf. L’un fut mon maître, l’autre ma maîtresse..." Georges Moustaki s’est éteint le 23 mai 2013 à Nice, à l’âge de 79 ans.

Par Phlippe Barbot
© Rancurel/Dalle

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L'auteur

Philippe Barbot

Philippe Barbot, journaliste musical de Télérama à Rolling Stone, est aussi l'auteur d’une biographie d'Alain Bashung, de"Backstage"et de "101 Chansons Cultes".
Auteur compositeur interprète, il a publié deux albums de chansons, "Point Barre" et "Dynamo".

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