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Hommages
Boris Vian
1920-1959
Écrivain, poète, parolier, critique musical, musicien, directeur artistique, traducteur, scénariste, acteur, peintre, dessinateur, ingénieur... Au cours de sa vie trop brève, il a largement mis en pratique sa formule préférée : "il n’y a pas de hiérarchie dans l’art".
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Quand on prononce le nom de Boris Vian, on songe aussitôt à ses romans fameux comme L’Écume des jours ou L’Arrache-cœur.
On évoque aussi Saint- Germain-des-Prés, le bebop et l’existentialisme. On connaît certaines de ses chansons, désormais des classiques, "Le Déserteur", "J’suis snob" ou "La Java des bombes atomiques". C’est certes l’essentiel, mais trop peu quand même.
Car celui que les Pataphysiciens surnommaient le "Transcendant Satrape" n’a cessé de créer, d’inventer, d’imaginer, d’innover, de scandaliser parfois, de jouer souvent : avec les mots qu’il adorait triturer, avec la trompette qu’il promenait dans les clubs de jazz, avec sa santé enfin.
Décédé à l’âge de 39 ans, il laisse derrière lui une œuvre considérable et éclectique, et de nombreux admirateurs et disciples.

Né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray (aujourd’hui dans le département des Hauts de Seine), dans un foyer fortuné mais ruiné ensuite par la crise de 1929, il fréquente la famille de Jean Rostand ou de Yehudi Menuhin, amis de ses parents.

D'ingénieur à auteur de chansons

En 1942, il décroche un diplôme d’ingénieur à l’École Centrale, lui qui s’est déjà amusé à inventer divers objets, dont le "peignophone", instrument de musique fabriqué au moyen d’un peigne et de papier à cigarette. Un bricolage qui préfigure peut-être le célèbre "pianocktail" de L’Écume des jours, ou, plus sérieusement, un projet de "roue élastique" pour lequel il obtiendra même un brevet.

Son goût de la farce, de l’absurde, des calembours et des anagrammes (il en utilisera plusieurs en guise de pseudonymes, dont le joyeux "Bison Ravi") se ressent déjà dans sa toute première chanson, plutôt gaillarde et intitulée "La Chanson des pistons".

Pourtant, ce n’est qu’en 1954 qu’il déposera paroles et musiques à la Sacem, après une rencontre avec Jacques Canetti. Échaudé par l’échec commercial de ses romans, lui qui écrit des chroniques dans le magazine Jazz Hot, a fait le bœuf au Tabou ou aux Deux Magots, a croisé Duke Ellington et défendu Brassens dans les colonnes du journal Combat, décide alors de "faire le chanteur".

Le déserteur, J'suis snob, On n'est pas là pour se faire engueuler

En 1955, il débute aux Trois Baudets avec des titres comme "J’suis snob" ou "La Complainte du progrès", et impressionne un certain Serge Gainsbourg présent dans la salle. Ses chansons sont alors réclamées par d’autres artistes, comme Mouloudji qui inaugurera "Le Déserteur", mais aussi Magali Noël ou Serge Reggiani, avec des compositeurs comme Jimmy Walter ou Alain Goraguer.
Avec Henri Salvador, il écrira une centaine de titres ("Blouse du dentiste", "On n’est pas là pour se faire engueuler", etc...), et s’amusera même, dès 1956, à enregistrer un mini album en trio avec Michel Legrand, parfois qualifié de premier (satirique) disque de rock français.

Impossible de comptabiliser l’œuvre si diverse de Vian, poèmes, nouvelles, articles, essais, textes de chansons, scénarios, pièces de théâtre, croquis, peintures, dessins, lui qui a traduit Van Vogt et Peter Cheyney et écrit quatre romans sous le pseudonyme de Vernon Sullivan.
C’est lors de la projection de l’adaptation cinématographique de l’un d’entre eux, J’irai cracher sur vos tombes, que Boris Vian décède, le 23 juin 1959, victime d’une crise cardiaque. Il est enterré dans sa ville natale, dans une sépulture qui ne comporte volontairement aucun nom. "Je voudrais pas crever", l’un de ses plus célèbres poèmes, est désormais une œuvre immortelle.

Philippe Barbot
Visuel : Répétition de "J'irai cracher sur vos tombes". Paris, théâtre Verlaine, avril 1948 © Studio Lipnitzki/Roger-Viollet

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Découvrez notre Pépite sur la façon dont il a rempli sa fiche professionnelle pour rentrer à la Sacem.

L'auteur

Philippe Barbot

Philippe Barbot, journaliste musical de Télérama à Rolling Stone, est aussi l'auteur d’une biographie d'Alain Bashung, de"Backstage"et de "101 Chansons Cultes".
Auteur compositeur interprète, il a publié deux albums de chansons, "Point Barre" et "Dynamo".

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