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Hommages
Joseph Kosma
L'engagement à fleur de notes
Pour la postérité, son nom est associé à Jacques Prévert, Marcel Carné et Jean Renoir.
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Le réalisateur Marcel Carné lui doit des partitions qui ont sublimé ses plus grands films : « Les visiteurs du soir », « Les enfants du paradis » ou « Les portes de la nuit ». 50 ans après son décès, Joseph Kosma continue à vivre à travers ses chansons et ses musiques de films.

Toujours rattrapé par la musique

C’est tout naturellement que le petit Joseph, né en 1905 à Budapest, vient à la musique. Avec un oncle compositeur, une grand-mère pianiste, élève de Liszt, « ma famille était infectée de musiciens ». A l’âge de 5 ans, il commence à jouer du piano « affreusement », c’est lui qui le dit, par instinct, « comme un tsigane ». Ce qu’il entend - des extraits d’opéras et opérettes, des airs à la mode- le nourrit. Il commence à prendre des cours ; et si les professeurs croient en son talent, lui travaille peu, sans doute parce qu’il a beaucoup de facilités pour la musique. Ne pas jouer du piano aussi bien qu’il aurait pu le faire sera d’ailleurs l’un des grands regrets de sa vie.

A 12 ans, en pleine Première Guerre Mondiale, l’adolescent compose un opéra pacifiste avec des copains d’école. Après s’être essayé mollement à quelques métiers « concrets » en usine et dans un bureau, il acquiert la certitude qu’il sera compositeur. « La musique m’a toujours rattrapé », confiera-il à Pierre Dumayet, en 1969, dans l’émission de télévision «Vocations ». Tout jeune, il a aussi une réelle passion pour la poésie et un intérêt marqué pour la philosophie.

En dépit d’un numerus clausus qui lui interdit l’accès à l'Université parce qu’il est juif, le jeune étudiant parvient à devenir élève de Bela Bartok puis il obtient un poste d’assistant chef d'orchestre à l'Opéra de Budapest.
En 1929, grâce à une bourse d'études, il part à Berlin. C’est le premier grand tournant de sa vie, personnellement et professionnellement. Il est d’abord directeur d’orchestre à l’Opéra de Berlin, avant de rejoindre le théâtre ambulant de Bertolt Brecht. Il côtoie aussi Kurt Weil. Joseph Kosma, dont les idées sont proches du parti communiste, n’en démordra jamais : la musique ne saurait être un simple divertissement ; c’est une arme. S’il crée des sons, c’est pour faire penser les gens.

Un inventaire musical à la Prévert

En 1933, Joseph Kosma fuit l’Allemagne devant le péril nazi et il s’installe à Paris sans un sou et sans connaître un mot de français. Très vite, il fait la connaissance de Jacques Prévert qui l’intègre à sa bande et le présente à Marcel Carné.

A l’issue d’un véritable concours réunissant plusieurs compositeurs, Joseph Kosma est choisi pour composer la musique de « Jenny », « le début d’une collaboration avec Marcel Carné, le plus grand des jeunes metteurs en scène. » Des liens artistiques et amicaux très forts qui vont encore se renforcer pendant les années d’Occupation. « Par mille astuces, mettant en danger son travail et sa personne… Carné, avec la complicité de mon ami Jacques Prévert, me chargea de la musique de son beau film : « Les Enfants du Paradis ».
A l’époque, Joseph Kosma est réfugié dans une petite auberge de montagne, sur la route de Grasse. Et Marcel Carné vient régulièrement écouter la partition naissante. Au total, il compose la musique de huit films de Marcel Carné, de « Jenny » (1936) à « Juliette ou la clef des songes » (1951). Les chansons « Les Feuilles mortes » et « Les enfants qui s'aiment » sont écrites pour « Les portes de la nuit » (1946).

La collaboration avec Jean Renoir est encore plus fructueuse (10 films de 1936 à 1970). En moins de quatre ans, entre 1935 et 1938, il écrit la musique de cinq films : « Le Crime de Monsieur Lange », « Partie de campagne », « La grande illusion », « La bête humaine » et « La Marseillaise ».

A ses très nombreuses partitions pour le cinéma (près de 120 films) il faut évidemment ajouter les poèmes et les textes qu’il met en musique : Jacques Prévert, Robert Desnos, Raymond Queneau, Madeleine Riffaud ou Henri Bassis. Avec Prévert, il constitue même un véritable tandem de la chanson populaire, Joseph semblant naturellement traduire en notes de musique les mots tout simples de Jacques. Les chansons extraites du recueil « Paroles » connaissent un succès immédiat dès leur publication en 1946.

De nombreuses vedettes de l’époque interprètent Kosma/Prévert : Yves Montand, Cora Vaucaire, les Frères Jacques, Mouloudji ou Juliette Gréco….. Le flambeau ayant été repris depuis par d’autres artistes : Bernard Lavilliers, Eddy Mitchell, Iggy Pop, Bob Dylan ou Andrea Boccelli.

A Joseph Kosma, on doit aussi de la musique de chambre, des ballets, des opéras, un oratorio. Un véritable inventaire à la Prévert, preuve de son éclectisme et de sa fécondité.
Naturalisé français en 1949, Joseph Kosma décède d’une crise cardiaque le 7 août 1969 à l’âge de 63 ans.

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© Ingi Paris / akg-images

L'auteur

Thierry Geffrotin

Rédacteur en Chef à Europe1, Thierry Geffrotin a une longue expérience du journalisme. Musicien, il joue de l’orgue et du clavecin. Le chant est l’une de ses autres passions.
Il a donné des concerts au clavier, seul ou en petite formation, et a été membre de plusieurs ensembles vocaux.
Thierry Geffrotin est l’auteur de « Mozart pour les Nuls (First Editions) et d’un Que Sais-Je sur « Les 100 mots de la musique classique » (PUF). On lui doit également des biographies audio de Mozart, Chopin et Brahms parues aux éditions Eponymes. 

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