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Hommages
Charles Gounod
1818-1893
Inspirateur de Georges Bizet et Camille Saint-Saëns, Charles Gounod a largement contribué à la définition du style français. On célèbre cette année les 200 ans de la naissance de ce grand maître de l’opéra romantique français.
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Est-ce vraiment une malédiction ? Pour des générations, Charles Gounod est d’abord le compositeur de l’air Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir que chante Bianca Castafiore dans sept albums des aventures de Tintin. C’est évidemment réducteur mais c’est fidèle à l’héritage qu’il laisse au bel canto : d’immenses rôles féminins servis par un sens aigu de la dramaturgie et une psychologie des excès qui pousse facilement les coloratures à une expression paroxystique.

De la jubilation narcissique de l’air des bijoux de Faust (cher à la Castafiore) au Je veux vivre dans ce rêve qui m’enivre d’une Juliette extatique dans Roméo et Juliette, ou à l’abandon de Trahir Vincent, vraiment ce serait être folle dans Mireille, Gounod magnifie les passions avec délectation. Et il sait aussi servir les chanteurs, comme avec Ah ! lève-toi soleil ! dans Roméo et Juliette. Chronologiquement, il est le troisième grand maître de l’opéra romantique français après Hector Berlioz et Ambroise Thomas. Sa carrière lyrique n’est pas toujours facile face à la critique et aux goûts du public, mais il est plusieurs fois couronné par d’immenses succès commerciaux en une quinzaine d’ouvrages montés en trente ans, de Sapho en 1851 à… Sapho revu et corrigé en 1884.

Mais cet immense compositeur lyrique est aussi un fervent catholique qui a beaucoup composé pour l’Église. Le grand public, là encore, a son « tube » : son Ave Maria improvisé au piano à partir du premier prélude du premier livre du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach.

Fils d’un peintre marié sur le tard, Charles Gounod est orphelin en 1823, quelques semaines avant d’avoir cinq ans. Sa mère donne des leçons de piano et il est évidemment son élève. Un élève doué qui enchaîne les étapes rituelles d’une belle carrière – Conservatoire, prix de Rome, Villa Médicis… En 1843, de retour à Paris, il entre comme organiste et maître de chapelle de l’église des Missions étrangères. Pendant quelques années, il songe à devenir prêtre et y renonce après les journées révolutionnaires de 1848.
C’est alors qu’il aborde l’opéra, tout en se consacrant à la cause de la musique populaire en présidant les Orphéons de la ville de Paris de 1852 à 1860. Adossés à des écoles de chant, ces vastes formations vocales se retrouvent une fois par an pour d’énormes concerts de mille ou mille cinq cents choristes masculins, pour lesquels Gounod compose d’imposantes partitions, comme le Chœur des soldats de son opéra Faust en 1859. Il réunira deux de ses passions musicales en 1853 avec une Messe à trois voix en ut mineur « Aux Ophéonistes ».

Car il ne perdra jamais de vue la musique religieuse, composant plusieurs messes, cantates, oratorios et requiem. D’ailleurs, il rend le dernier souffle assis au piano, alors qu’il travaille à une Messe des morts. À ses obsèques, l’orgue est tenu par Camille Saint-Saëns et Gabriel Fauré dirige la maîtrise. Cela dit l’étendue de son influence, à la fois sensible dans la manipulation de grandes masses musicales et dans les premiers temps du genre délicat de la mélodie française, dont il contribue à fixer l’esthétique en adaptant des poèmes d’Alfred de Musset, Victor Hugo, Alphonse de Lamartine ou Jean-Antoine de Baïf.

Par Bertrand Dicale

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