X
interstitiel
Hommages
Henri Contet
1904-1998
Parolier majeur de la chanson populaire des années 40 et 50, Henri Contet, disparu il y a 20 ans, a écrit pour nombre d’interprètes prestigieux… L'auteur de *Padam Padam* a déposé environ 500 œuvres à la Sacem, qu'il a présidé, dont quelques-unes, passées par l’Amérique, ont fait le tour du monde.
Découvrir la chronique

Né le 8 mai 1904 à Anost, en Saône-et-Loire, au cœur du Morvan, il poursuit ses études jusqu’au diplôme de l'Ecole supérieure d'électricité. Il renonce pourtant vite à la carrière d’ingénieur car sa vocation littéraire prend le dessus et il devient journaliste à la rubrique spectacles du quotidien Paris-Midi.
Depuis le début des années 1930, Henri fréquente le milieu de la chanson sans parvenir à se faire connaître comme parolier. Sa première œuvre éditée, Traversée, est enregistrée en 1936 par la grande chanteuse de charme Lucienne Boyer mais le disque ne se vend guère. Il faudra encore plusieurs années, entrecoupées de petits rôles au cinéma et d’autres essais de chansons, pour que le déclic auprès du public se produise.

Un tremplin nommé Édith Piaf

Nous sommes à présent en 1941, lorsque Édith Piaf tourne son premier film en vedette, Montmartre sur Seine. Henri vient faire un reportage sur le tournage et la chanteuse, séduite par sa plume originale, lui demande une chanson. Il signe alors C’était une histoire d’amour, un texte qui cette fois fait mouche : « C’était comme un beau jour de fête / Plein de soleil et de guinguettes / Où le printemps me faisait la cour. »
Il gagne par la même occasion le cœur d’Édith et lui écrira durant leur relation une douzaine de titres comme Les deux rengaines, Monsieur Saint-Pierre ou Y’a pas d’printemps. Plusieurs sont composés par Marguerite Monnot, proche amie de la chanteuse, avec laquelle Henri collaborera durant des années.
Avec un sens du raccourci et de la métaphore, Contet permet à Piaf d’élargir son horizon, auparavant peuplé de prostituées, de mauvais garçons, de marins et de légionnaires. Elle adopte désormais un répertoire plus universel, qui va toucher un large public.

À la Libération, Piaf s’amourache d’un jeune chanteur originaire de Marseille nommé Yves Montand. Séparé d’Édith à l’amiable, Henri continue à écrire des chansons pour elle, notamment celles des films Étoile sans lumière en 1945, puis Neuf garçons et un cœur en 1947, lorsque Piaf s’adjoindra les talents des jeunes Compagnons de la Chanson. Il offre en outre à Montand Ma gosse, ma petite môme.

Une pléiade de vedettes

Spécialiste des chansons sentimentales, dont il renouvelle le genre avec des images poétiques, Henri Contet donne aussi dans le genre exotique, qui connait une nouvelle vogue après la Libération. Que ce soit pour Luis Mariano, Marie-José, les Sœurs Étienne, Anny Gould (avec Copacabana, adapté en 1947 d’une samba lente brésilienne) ou Georges Guétary (qui fait de Boléro en 1948 un succès international).
Après Piaf, l'interprète pour laquelle Contet écrit le plus est Lucienne Delyle. Les musiques sont en général signées par Aimé Barelli, le mari et chef d'orchestre de Lucienne, qu’Henri considère comme un frère. Leur collaboration débute en 1946 avec Pour lui, Un air d’accordéon et Chanson vagabonde. Elle se poursuit jusqu’au début des années 50 avec Le monsieur aux lilas, Si tu viens danser dans mon village ou Ça marche.

Enfin, Contet signe plusieurs succès de la chanteuse de charme Jacqueline François, sur des musiques de son chef d'orchestre Paul Durand, qui a vu en elle une interprète à l’oreille musicienne et au phrasé remarquable, au point de lui faire prendre une nouvelle orientation. À partir de 1947, Paul et Henri lui composent un répertoire sur mesure qui donne lieu à de superbes enregistrements : Printemps, Mademoiselle de Paris (qui la rendra célèbre dans le monde entier), Moi je dors près de la Seine ou encore Embrasse-moi bien.

Riches années 50

Au début des années 50, Henri Contet a le vent en poupe et enchaîne les succès avec des interprètes aux styles variés : Annie Flore, Eliane Embrun, Patrice et Mario, Yvette Giraud, Renée Lebas, ou encore Line Renaud. Resté ami d’Édith Piaf, Henri lui écrit quelques chansons marquantes comme Padam padam, sur une fameuse valse de Norbert Glanzberg, Bravo pour le clown, composé par Louiguy, Le Noël de la rue par Marc Heyral, puis plus tard T’es beau tu sais, mis en musique par le jeune Georges Moustaki, ou Le vieux piano par le québécois Claude Léveillée.

Henri écrit aussi pour Léo Marjane, Caterina Valente, Lucie Dolène, Félix Marten et toujours pour Yves Montand, qui lui prend en 1958 Quand on se balade et surtout Le carrosse, écrit sur une musique de Mireille.
Contet signe par ailleurs les paroles de plusieurs chansons de films français : Les vacances de M. Hulot et Mon oncle de Jacques Tati, Les amants de demain avec Édith Piaf en 1957 ; ainsi que des adaptations de films américains : Le train sifflera trois fois, Les temps modernes, La mort aux trousses, Alamo, West side story.

Une nouvelle vocation à la Sacem

Durant les années 60, Henri Contet ajoute une corde à son arc, en produisant à l’ORTF une célèbre émission de radio hebdomadaire, Variétés de Paris, qui est relayée à l’étranger. Il est en revanche peu actif, comme parolier, auprès de la génération qu’on appelle les yéyés, hormis une chanson pour Richard Anthony ou bien une nouvelle version de Padam padam, qui devient en 1961 par la voix des Chaussettes Noires et de Sacha Distel Madame Madame.
Ses interprètes dans les années 60, moins nombreux, continuent à illustrer la chanson de facture classique. Parmi eux figurent Bourvil, Georges Guétary, Simone Langlois, Jacqueline Danno, Pia Colombo, Frida Boccara, Catherine Sauvage, Josy Andrieu, Michèle Torr, ou encore Minouche Barelli (la fille de Lucienne Delyle et Aimé Barelli).

Consacrant moins de temps à l'écriture de chansons, Henri Contet s’intéresse davantage à la défense du droit d’auteur. Déjà président depuis 1954 du Comité du Cœur de la Sacem, qui vient en aide aux sociétaires les plus nécessiteux, il prend au cours des années 60 des responsabilités au sein de la société d’auteurs, jusqu’à devenir en 1970 le président de son Conseil d’administration, durant deux mandats. C’est sous sa direction qu’est lancé en 1972 le chantier de l'actuel siège de la Sacem, à Neuilly-sur-Seine.
Retiré de ses fonctions, Henri Contet reste président d’honneur à vie de la Sacem et de son Comité du cœur. Il disparait le 15 avril 1998 à Paris, à l’âge de 93 ans.

Par Martin Pénet

Vous souhaitez nous signaler un problème sur une archive, demander sa dépublication ? Nous contacter