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Pépites
I will survive
Un hymne féministe en face B
De la piste de danse aux stades de foot, impossible d’échapper au hit immortel du disco.
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Gloria Gaynor a presque trente ans et déjà un beau succès à son actif (avec « Never Can Say Goodbye », 1974) lorsque Dino Ferakis et Frederick Perren, auteurs de la mythique Motown, lui présentent les paroles d’un titre rédigées rapidement sur un sac en papier et destiné à être une… face B.

Succès inattendu

Le label lui préfère en effet le morceau « Substitute », qu’il juge plus calibré pour prendre d’assaut les charts en cette année 1978.

Pourtant, convaincue de son potentiel, la chanteuse tente un coup de poker : elle fait diffuser « I Will Survive » au Studio 54 (New York) pour démontrer la puissance du titre au responsable de la maison de disque, présent ce soir-là.

C’est un succès immédiat : en 1979, il atteint le sommet des hit-parades et Gloria Gaynor remporte un Grammy Award.

Symbole de luttes

« I should have changed that stupid lock, I should have made you leave your key / If I'd known for just one second you'd be back to bother me / Go on now, go, walk out the door / Just turn around now / 'Cause you're not welcome anymore / Do you think I'd crumble / Did you think I'd lay down and die?”

« I Will Survive » relate l’émancipation d’une femme qui refuse d’être dépendante d’un homme qui l’a délaissée. Comme Gloria Gaynor l’avait peut-être pressenti, le mouvement féministe s’en empare rapidement et en fait naturellement son hymne.

Au-delà, cette ode qui encourage à briser ses chaînes devient aux États-Unis un symbole d’empowerment pour l’ensemble des minorités des années 1970 : les femmes, les afro-américains, et la communauté queer. On en veut pour preuve deux scènes cultes reprenant le titre, dans le film « Boat Trip » ainsi que dans « Priscilla folle du désert ».

Les paroles combatives du tube prennent une autre dimension alors que le Sida frappe terriblement la communauté gay : Bobbi Campbell, militant pour les droits des personnes infectées par le virus de l’immunodéficience humaine et lui-même atteint, choisit de porter en 1981 un pin’s avec le titre du tube de Gloria Gaynor afin d’affirmer sa « détermination à vivre ».

Un tube disco qui refuse de mourir

Au cours des quatre décennies passées, la chanson a été reprise de nombreuses fois (par Diana Ross, Celia Cruz, les Pussycat Dolls et même Régine !), mais sa reprise la plus célèbre est sans aucun doute celle du groupe Hermes House Band, qui l’enrichit d’une ritournelle entêtante (le fameux « la la la »).

« I Will Survive » quitte alors les dancefloors et envahit les stades à la faveur de la Coupe du Monde de football 1998. Vingt ans après son enregistrement, elle devient l’hymne sportif symbole de la victoire des Bleus (elle sera également diffusée en 2018 à l’occasion du deuxième sacre de l’équipe de France), et donne un second souffle à la carrière de Gloria Gaynor.

En 2016, « I Will Survive » intègre la Bibliothèque du congrès américain, honneur uniquement réservé aux textes reconnus comme ayant une valeur « artistique, culturelle et/ou historique » pour la société américaine.

Par Maureen Huault-Gavaudo

Partition "I Will Survive"
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