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Chronique
De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur

Dans ces années 80 qui voient émerger les musiques d’Afrique sur les scènes et les ondes françaises, le continent s’invite de plus en plus dans l’actualité. En France, bavures policières et crimes racistes donnent naissance à de grandes mobilisations, tout comme à l’international les images de la famine en Éthiopie, ou la lutte contre l’apartheid et la libération de Nelson Mandela. À travers leurs musiques, les artistes éveillent ou catalysent les consciences, au-delà des cercles militants. Des journalistes (Actuel, Radio Nova, Libération) participent de ce mouvement, tout comme les premiers festivals qui offrent aux artistes africains une tribune privilégiée.

Asimbonanga, Johnny Clegg fait un hit… contre l’apartheid
Mais la prise de conscience devient massive avec le succès de Johnny Clegg, « le Zoulou blanc », dont les meilleures ventes se font en France. En 1987, Scatterlings of Africa, et surtout Asimbonanga (nous ne l’avons pas vu) deviennent les hymnes repris dans toutes les manifestations qui demandent la libération de Mandela.
Via son public, la France fait oublier les longues années durant lesquelles ses entreprises (d’armement notamment) ont continué de commercer avec le régime sud-africain.
Quelques années plus tard, le pays aidera- via la fondation Danielle Mitterrand- la chanteuse Myriam Makeba à rentrer chez elle en lui fournissant un passeport français, après plus de trente ans d’exil.
Sur d’autres fronts, toujours africains, la lutte contre le régime d’apartheid fait rage. En France, ce sont surtout les communistes qui se mobilisent, organisant boycotts et concerts (comme celui, en 1986 à Bobigny, auquel participent les Pogues, Youssou Ndour et Salif Keita).
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Quand la « chetron sauvage »  s’éprend du Zoulou blanc 
Un reportage, diffusé dans l’émission Les Enfants du Rock, sur Antenne 2, montre de larges extraits d’entretiens mais aussi des virées dans la ville Johannesbourg, au cours desquelles le Sud-africain montre à son nouvel ami les réalités du pays, qui traverse alors l’une des pires périodes de son histoire. Renaud discute longuement avec Johnny, et même avec sa mère, qui craignait que les Zoulous ne lui enlèvent son enfant lorsque celui-ci, adolescent, s’enfuyait pour danser dans les foyers de travailleurs noirs.
À son retour en France, Renaud lui dédie une chanson, Jonathan, dont la Sacem a conservé texte original et partition. Vingt ans plus tard, il produira même l’un des derniers albums de Clegg, quand celui-ci peine à retrouver le succès d’une époque dont il était devenu un symbole, et peut-être aussi l’otage. Il est décédé en 2019 à Johannesbourg.
Le chanteur Renaud est fasciné par Johnny Clegg, et part en 1987 le rencontrer en Afrique du Sud.
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Mamadou Konte : la musique pour changer de regard sur les populations immigrées 
Mai 68 passe par là, et Konté apprend à lire dans les tracts politiques qu’écrivent les syndicalistes avec lesquels il se lie d’amitié. Animateur d’une grève des travailleurs immigrés dans les foyers Sonacotra, il comprend que l’art est la meilleure manière de faire avancer ses causes. Il produit ses premiers concerts grâce aux cotisations des taximen sénégalais et maliens de Paris. 
En 1978, il lance le festival Africa Fête au chapiteau de Pantin, auquel participent Bernard Lavilliers et Claude Nougaro, Mouloudji ou son ami François Béranger, qui écrivait un an plus tôt Mamadou m’a dit, tableau au vitriol des relations entre la France et ses anciennes colonies. Africa Fête devient bientôt une référence, et s’exporte aussi bien à Dakar qu’à New York.
En 1965, un jeune Sénégalais – Mamadou Konté - s’embarque clandestinement sur un paquebot à destination de Marseille, et embauche comme tourneur-fraiseur dans les usines Renault de la région parisienne.
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