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Chronique
Quand la France chante l’Afrique… passions et clichés

À partir des années 60, la chanson française s’ouvre (tout) doucement à l’Afrique. C’est d’abord et surtout le fait d’artistes singuliers, qui de Nougaro à Gainsbourg,s'inspirent des musiques du continent. L’Afrique n’est certes plus colonisée, mais les clichés ne lui en collent pas moins à la peau, comme en témoigne une foule de chansons qui n’ont vu du Congo que les vignettes issues des aventures de Tintin. Il était temps que les artistes africains qui s’exportent en Occident donnent une autre image d’un continent plus fantasmé que connu.

Gainsbourg : J’ai vu New York-USA, New-York Africa
Manifestement inspiré par le Brésil (Les Sambassadeurs, Couleur café) et l’Afrique (Là-bas c’est Naturel, New-York Usa), Gainsbourg n'hésite pas d'ailleurs à reprendre trois morceaux du Nigérian Babatunde Olatunji (New-York UsaMarabout et Joanna), en y ajoutant ses propres textes, "oubliant" de créditer le compositeur - qui le sera dans les rééditions futures.

Sur ce disque, Gainsbourg cale également les paroles de Pauvre Lola sur la musique d’Umqokozo de la sud-africaine Myriam Makeba.
En 1964, Serge Gainsbourg publie l’album Percussions. Une petite révolution, puisqu’ il y associe – sous la direction musicale d’Alain Gorraguer- un quintet de jazz, un gang de cinq percussionnistes et une armada de choristes.
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Nougaro : un train pour l’Afrique
À l’époque, Nougaro n’a jamais mis un pied en Afrique – à part au Maroc où il fit son service militaire. Mais il est fasciné par ses rythmes, le mariage éclatant de la musique et de la danse, et convaincu que le continent n’est pas seulement le berceau de l’humanité, mais la matrice des musiques qu’il aime, à commencer par le jazz et la samba.
Son long poème est mis en musique par deux musiciens ouest-africains : Fodé Youla et James Badiane Campbel, et enregistré en septembre 1973 dans les studios du château d’Hérouville. Comme pour retrouver l’ambiance d’une cérémonie, la chanson est captée dans la cour du château (écoutez donc le gravier crisser sous les pieds des musiciens).
« Le texte, je l’ai écrit de façon éjaculatoire, c’est un des textes qui m’est sorti du bras, plus que du cerveau, je n’ai pas médité. Il semblerait finalement que je sois un chanteur naïf, et Locomotive d’or c’est écrit naïvement comme le Douanier Rousseau a fait sa jungle ».
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Le Bwana pleure l’Afrique qui s’en va
Michel Sardou, qui en est aussi l’auteur (avec Pierre Delanoë), s’est toujours défendu d’épouser les points de vue des « personnages » qu'il incarnait. Mais force est de constater que ce rôle de « bwana » ne lui déplaisait pas, puisque six ans plus tard, de manière plus édulcorée, il reprenait son casque de safari pour pleurer la grande Afrique sauvage, qui voit ses animaux et paysages disparaître.
On pourrait y voir un plaidoyer écologiste, si Afrique Adieu ne reprenait le titre d’un film italien autrement plus ambigu, Africa Addio. Paru en 1964, il fit débat au parlement italien avant d’être censuré en France. Comme le film, la chanson pleure « l’Afrique éternelle », celle qui a disparu quand les blancs sont partis.
Les ambiguïtés, Michel Sardou s’en est fait une spécialité. En 1976 parait Le temps béni des colonies. Il s’y met dans la peau d’un vieux nostalgique de l’époque coloniale avec un tel naturel que la presse s’en émeut, et les radios refusent de le jouer.
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Mais où sont passées les gazelles ?
Rentrée à Paris, elle s’intéresse avant tout le monde aux musiques sud-africaines. La voilà qui débarque à Johannesbourg chez Gallo, la plus grande maison de disques du pays, et demande à jouer avec des artistes noirs ! On peut imaginer les grands yeux qu’ont ouvert ses interlocuteurs.
Mais elle parvient à ses fins, et enregistre sur place un album (Zulu rock) qui préfigure déjà, en 1983, ce qu’on appellera bientôt la world music. Le tube qui fait parler d’elle est une reprise, avec ses propres mots, de la chanson Ku Hluvikile eka zete d’Obed Ngobeni & les Kurhula sisters (non crédités). Devant ce succès fulgurant, les Sud-Africains Mahatini & Mahotella Queens la reprendront eux aussi, en version originale.
Quand elle enregistre Où sont passées les gazelles ?, qui la fera connaître du grand public, Lizzy Mercier Descloux s’est déjà fait un nom dans l’underground New-yorkais, puis est passée du Bronx aux Bahamas (où elle enregistre une reprise de Sun is shining de Bob Marley). 
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France (Séné)Gall : Babacar
En 1985, après avoir assisté au Live Aid organisé à Wembley par Bob Geldof, elle s’investit avec Michel Berger, Daniel Balavoine et le journaliste Lionel Rotcage dans la création d’une ONG, Actions écoles, qui lève des fonds pour financer des projets de développement en Afrique. C’est dans ce cadre qu’elle part au Sénégal, et qu’elle rencontre la mère d’un enfant qui, d’après la chanteuse, lui aurait demandé de l’adopter pour qu’il ait un avenir en France (ce que la mère démentira dans la presse). Il s’appelle Babacar. Elle rentre à Paris sans l’enfant, mais Michel Berger fait de cette rencontre une chanson. Le couple décide de soutenir la mère, l’installant à Dakar et finançant sa formation de couturière. France Gall, elle, s’achète une maison sur la petite île de Ngor où elle se rend souvent. À ceux qui veulent savoir, comme dans la chanson, où est Babacar : il est agent de sécurité et vit à Gandiaye, là où la chanteuse l’avait rencontré bébé. L’un des plus grands succès de France Gall est né d’une histoire en terre africaine.
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