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Hommages
Nino Ferrer
1934-1998
Auteur-compositeur-interprète, Nino Ferrer avait du talent à en revendre mais a connu une carrière en dents de scie. Refusant tout compromis au profit de sa liberté artistique, son tempérament fougueux et souvent imprévisible l’a régulièrement éloigné du show-biz qui ne correspondait en rien à sa conception de la musique. Il a néanmoins signé quelques chansons majeures des années 60 et 70, ainsi que nombre de belles compositions injustement méconnues.
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Né à Gênes, en Italie, le 15 août 1934, dans une famille bourgeoise heureuse, d’une mère italienne et d’un père français, Nino grandit en Nouvelle Calédonie où son père occupe un poste d’ingénieur, puis durant la guerre en Italie.
L’installation de sa famille en France en 1947 lui permet de poursuivre ses études à Paris, jusqu’à une licence à la Sorbonne en ethnologie et en archéologie. Il effectue un stage au Musée de l’Homme et nourrit en parallèle d’autres passions pour la peinture, la gravure, la musique, en particulier le jazz, et apprend à jouer de plusieurs instruments.

Du jazz au rythm’n’blues

Après un tour du monde en cargo et une campagne de fouilles archéologiques en Mélanésie, il rentre à Paris et choisit la profession de musicien.

A la fin des années 50, il est bassiste des jazzmen Richard Bennett et Bill Coleman, puis au début des années 60 guitariste de la chanteuse américaine Nancy Holloway. Il chante dans quelques cabarets de la rive gauche, compose des morceaux inspirés par le gospel, puis découvre le rythm’n’blues avec Sam Cooke et Otis Redding, ce qui va le conduire à évoluer dans son écriture.

Il parvient en 1963 à enregistrer ses propres compositions, qui passent assez inaperçues. A l’exception du titre « C’est irréparable » qui connaît un écho à l’étranger par différentes adaptations, jusqu’à celle chantée par Luz Casal dans le film de Pedro Almodovar « Talons aiguilles » en 1991.

Nino Ferrer fonde des groupes éphémères, change plusieurs fois de maison de disque, et finit par percer en 1965 avec « Mirza ». Ce premier succès, alliant le son du rythm’n’blues et la dérision du texte, lui donne une image de chanteur rigolo. Cela le conduit à écrire et enregistrer d’autres chansons de la même veine comme « Les cornichons », « Oh ! hé ! hein ! bon ! », jusqu’au fameux titre « Le téléfon » en 1967. A l’image d’Henri Salvador, Nino s’épanouit pourtant davantage au travers de morceaux plus graves qui figurent en face B de ses disques, comme « Ma vie pour rien », « Je veux être noir » ou « Le millionnaire ».

Nouvelle orientation

Son succès atteint les pays voisins, au point qu’il enregistre certains de ses succès dans d’autres langues. Il multiplie les concerts et mène une vie de vedette, avec son corolaire d’argent et de conquêtes féminines, mais va vite s’en lasser…

Fuyant le succès, Nino Ferrer part s’installer en Italie de 1967 à 1970, où il anime bientôt une émission de télévision quelque peu irrévérencieuse et participe deux fois au festival de San Remo. De nouveaux disques sortent en France dans l’intervalle, au ton plus satirique, voire iconoclaste : « Mao et moa », « Mon copain Bismarck », « Le roi d’Angleterre », « Mamadou mémé », « Le bues anti-bourgeois ».

De retour en France en 1971, il s’installe dans le Quercy et se lance dans l’élevage de chevaux. Sa rencontre du guitariste de rock irlandais Micky Finn lui redonne le goût de l’écriture. Il enregistre l’album « Métronomie », au style proche du rock progressif, dont se détache un titre sorti en 45 tours, « La maison près de la fontaine », qui se vend très bien mais occulte quasiment tout le reste…

En 1973, il sort un album avec Mickey Finn et son groupe de musicien anglais, les Leggs. Désormais plus élaboré, le travail de composition de Nino Ferrer débouche sur la chanson « South », inspirée par le jardin de la maison de style colonial qu’il a achetée sur les hauteurs de Rueil-Malmaison et par le souvenir de son enfance en Nouvelle Calédonie. Il l’enregistre d’abord en anglais sur l’album de 1974 « Nino and Radia », puis en français sur un 45 tours intitulé « Le sud » qui devient un des tubes du printemps 1975 (1 million d’exemplaires vendus).

De retours en retraites

Son succès permet à Nino d’acheter une vieille bastide du 15e siècle dans le Quercy, près de Montcucq, où il installe un studio d’enregistrement, tout en continuant à peindre et élever des chevaux.

Mais les albums qu’il produit par la suite dans différents styles musicaux toucheront un public beaucoup plus restreint, hormis quelques 45 tours comme « Chanson pour Nathalie » (1976), « L’inexpressible » (1978), « Pour oublier qu’on s’est aimé » (1981). Il revient épisodiquement sur scène, notamment en 1979 lors d’une tournée avec Jacques Higelin, puis en 1986 dans une comédie musicale qu’il a composée pour les enfants, « L’arche de Noé ».

A sa demande, il obtient en 1989 la nationalité française et organise les célébrations du bicentenaire de la Révolution française à Montcuq dans un spectacle où il chante « La Marseillaise » avec une chorale et se produira même à la télévision.

Il faut attendre la sortie d’une compilation et d’une intégrale 6 CD en 1990 pour que Nino Ferrer touche un nouveau public plus jeune, en Italie comme en France. Soutenu par un nouveau producteur, il enregistre en 1993 avec Micky Finn un album intitulé « La désabusion ». Au même moment, sort un opus composé et chanté avec des membres de sa famille : « La vie chez les automobiles ». Il expose ensuite ses peintures à Paris et effectue une tournée avec les Leggs en 1995, qui donnera lieu au CD « Concert chez Harry ». En 1998, il prépare album qu’il envisage comme le dernier.

Mais cet homme excessif et ultra-sensible est miné par le manque de reconnaissance du public pour son œuvre musicale, qui n’a retenu que quelques chansons sur les deux cents qu’il a composées. Le 13 août 1998, deux mois après la mort de sa mère, il se suicide dans un champ près de son château du Quercy.

Par Martin Pénet
Visuel © Patrick Ullmann/Roger-Viollet

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