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Hommages
Hector Berlioz
1803-1869
Un titan fantastique
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« Le public s’inquiète peu, je n’en saurais douter, de ce que je puis avoir fait, senti ou pensé ». Hector Berlioz se trompe évidemment en écrivant, en 1848, cette mise en garde dans la préface de ses Mémoires. L’œuvre du compositeur est immense dans tous les sens du terme et l’homme n’est pas moins impressionnant et captivant. Surhumain et tellement humain !
Compositeur, chef d'orchestre, théoricien de la musique, critique, journaliste, organisateur de spectacles, et même créateur du concept de festival, écrivain et propriétaire terrien, Berlioz a brisé les cadres et révolutionné son art.

De l’école de médecine à la bibliothèque du Conservatoire

Né le 11 décembre 1803 à la Côte-Saint-André, en Isère, « une très petite ville de France », pour reprendre ses mots, Berlioz, enfant vif et curieux, découvre la musique très jeune grâce à son père, musicien amateur, qui lui enseigne le flageolet. Puis ce sera la flûte et même le chant et la guitare avec un vrai professeur. Mais l’étude et la pratique du piano, jamais, ce qui reste exceptionnel pour un compositeur.

A 14 ans, il commence à composer, fort de l’écoute attentive des quatuors de Pleyel et grâce à un traité d'harmonie. Mais pas de carrière musicale en vue. Monsieur Berlioz a d’autres ambitions pour son fils : il sera médecin, comme lui !

Inscrit à l’école de médecine de Paris, Berlioz délaisse très vite l’amphithéâtre d’anatomie au profit de l’opéra et de la bibliothèque du Conservatoire où il dévore de la musique (celle de Gluck en particulier). Il n’en sort plus, sauf pour aller au concert. Sa famille le prend très mal et tout cela finit en brouille. Mais son père continuera à lui envoyer de l’argent. Conscient qu’il ne peut progresser sans professeur, le jeune étudiant sollicite Jean-François Lesueur, le surintendant de la Chapelle Royale. Le compositeur accueille à bras ouverts le jeune homme de 20 ans, riche de ses premières œuvres maladroites.

« Vous serez un grand compositeur »

Berlioz commence à écrire une Messe Solennelle (1824). La partition enthousiasme son professeur : « Vous ne serez ni médecin ni apothicaire, mais un grand compositeur ».

En attendant, il suit, sans enthousiasme, le cursus traditionnel en s’inscrivant au Conservatoire et en tentant de décrocher le Prix de Rome. Ce qu’il finit par obtenir, en 1830, à l’âge de 27 ans, après quatre tentatives infructueuses. Cette récompense, il la voit comme la preuve (surtout pour ses parents) qu’il a choisi la bonne voie et comme la promesse de rentrées d’argent. La renommée et la gloire à venir aussi !
Le succès qu’il connait avec l’ouverture des « Francs-Juges », en 1826, est amplifié avec « La Symphonie Fantastique », quatre ans plus tard. Cette œuvre, poème épique et lyrique, loin de la forme classique de la symphonie, traduit en musique un amour inaccessible. La muse qui inspire le compositeur est une actrice shakespearienne, Harriet Smithson, que Berlioz épouse en 1833. « La Symphonie Fantastique », c’est comme un opéra sans paroles ; le premier véritable opéra, « Benvenuto Cellini », lui, est écrit trois ans plus tard. C’est un échec.

Puis ce sera un « Requiem » (1837) gigantesque par le nombre d’interprètes, commandé par le Ministre de l’Intérieur. Le compositeur se jette sur le texte avec « une sorte de fureur ». Un « Te Deum » (1848) tout aussi démesuré et « L’enfance du Christ, trilogie sacrée pour solistes, chœur, orchestre et orgue » (1854) viendront s’ajouter à la liste des œuvres d’inspiration religieuse. Berlioz revient à l’univers symphonique, à sa manière c’est-à-dire en brisant les cadres, avec « Harold en Italie » (1834), « Romeo et Juliette » (1839) et la « Symphonie funèbre et triomphale » (1840/1842).

Hector Berlioz écrit avec ses tripes et son cœur, ce qui ne veut surtout pas dire que sa musique est seulement grandiloquente. « Les nuits d’été » (1841, 1843, 1856), six mélodies sur des poèmes de Théophile Gautier, notamment, témoignent de la subtilité de son art orchestral. Car Berlioz a une connaissance approfondie de chaque instrument de l’orchestre, de sa couleur, de ses limites techniques et des mariages sonores qu’il peut réaliser. Pour cette raison c’est aussi un révolutionnaire.
En 1843, il publie un « Grand Traité d’Instrumentation et d’Orchestration modernes ».

Succès à l’étranger, indifférence en France

Cherchant sans relâche le succès et l’argent qu’il peine à trouver en France, Berlioz s’exporte avec bonheur en Allemagne, en Europe Centrale, en Angleterre (5 séjours) et en Russie. Il dirige lui-même ses œuvres. Il est invité plusieurs fois aux Etats Unis, mais ne s’y rendra jamais.

En France, la création de « La Damnation de Faust, légende dramatique en quatre parties » (1846) est un échec et « Les Troyens », un grand opéra en cinq actes dont il a écrit le livret, est donné dans une version incomplète en 1856. Il n’entendra jamais cette œuvre monumentale dans son intégralité.
Pour mettre un point final à ses mémoires, Hector Berlioz cite Shakespeare, qu’il adule, et il semble reprendre à son compte le terrible constat de Macbeth : « La vie n’est qu’une ombre qui passe ; un pauvre comédien qui, pendant une heure, se pavane et s’agite sur le théâtre ».

Hector Berlioz meurt le 8 mars 1869 à l’âge de 65 ans. Sa mort lui ouvre définitivement les portes de la reconnaissance.

Au 21e siècle, Berlioz est plus que jamais vivant partout dans le monde, grâce à ses œuvres et à ses multiples écrits ; et chaque année à la fin du mois d’août, La Côte Saint-André, où il est né, et la région de la Bièvre, où il a passé sa jeunesse, vivent au rythme d’un festival festif et populaire qui lui ressemble bien.

Thierry Geffrotin
© Lanith / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

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L'auteur

Thierry Geffrotin

Rédacteur en Chef à Europe1, Thierry Geffrotin a une longue expérience du journalisme. Musicien, il joue de l’orgue et du clavecin. Le chant est l’une de ses autres passions.
Il a donné des concerts au clavier, seul ou en petite formation, et a été membre de plusieurs ensembles vocaux.
Thierry Geffrotin est l’auteur de « Mozart pour les Nuls (First Editions) et d’un Que Sais-Je sur « Les 100 mots de la musique classique » (PUF). On lui doit également des biographies audio de Mozart, Chopin et Brahms parues aux éditions Eponymes. 

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