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Hommages
Max Jacob
1876-1944
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Grand poète, l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle. Sa production ne se borne pas à la poésie mais elle comprend aussi une œuvre graphique et musicale ainsi que l’une des plus riches correspondances de son temps.

Ses amitiés avec les peintres, Picasso en particulier qu’il rencontre en 1901, et ses liens privilégiés avec Guillaume Apollinaire, André Salmon ou Pierre Reverdy le placent au cœur des débats esthétiques de l’Esprit nouveau et à l’origine de la poésie moderne.

Un avant-gardiste

Sa vie et les nombreuses légendes qui lui sont attribuées ou qu’il s’attribue lui-même le mêle à l’effervescence des avant-gardes picturales, musicales et littéraires parisiennes à Montmartre ou à Montparnasse.
Éclaireur d’une relation profonde dans l’écriture du siècle entre la poésie et la peinture, son œuvre est faite de contrastes : sa poésie est traversée d’élans religieux et mystiques mais roule aussi vers le cocasse. Son œuvre montre les jeux multiples autour de la notion de personnage, ses éclats kaléidoscopiques, ses masques incessants, les attentes et les désillusions qu’elle engendre. Ses conceptions esthétiques (concepts de « style », de « marge » ou de « situation ») ramassées dans ses livres phares comme Le Cornet à dés (1917) ou Art poétique (1922) ont fortement marqué les jeunes générations venues à lui comme à un maître au rang desquels : Aragon, Malraux, Breton, Éluard, Reverdy…ou encore René Guy Cadou, Edmond Jabès, Michel Leiris.

À leur intention, le poète développe une esthétique basée sur la recherche et l’approfondissement de la vie intérieure fortement inspirée par les enjeux spirituels d’une vie tournée vers la prière. Usant du calembour, de l’ironie, de jeux de mots ou se repliant, quelque fois dans le même temps, dans l’humilité et le silence, son œuvre oscille entre l’angoisse d’un croyant tourmenté, une impuissance à être et des élans de plénitude tournés vers l’incantation au Dieu Sauveur.

Entré à la Sacem le 20 juillet 1932, Darius Milhaud et Jacques Lerolle sont ses parrains. Max Jacob bénéficie de nombreuses adaptations musicales, il inspire à Nabokov, Sauguet et surtout à Poulenc les plus belles mélodies poétiques de leurs répertoires.

Librettiste, il procure des livrets primesautiers fortement inspirés de l’opéra-bouffe, Offenbach ou Hervé sont une inspiration liée à l’enfance mélomane du poète.
Profondément bouleversé par une apparition miraculeuse en septembre 1909, Jacob s’est retiré à Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret) de 1921 à 1928 puis définitivement en 1936 afin qu’une existence nouvelle refonde les enjeux spirituels initiés par sa conversion au catholicisme (18 février 1915). Il mène dans ce village ligérien une vie de prière, de méditation et d’écriture.

Poète mort pour la France

Dès 1940, la législation antisémite le menace : il subit toutes les mesures de persécutions menées envers les Juifs par Vichy et l’occupant. En juin 1940, la Gestapo traque le « cicérone juif » de la basilique ; en octobre, il est recensé. En 1941, « Monsieur Max » est interdit de publication : il est spolié de ses droits d’auteur. En 1942, il porte l’étoile jaune. Pendant l’Occupation, il assiste impuissant aux malheurs des siens : « aryanisation » des biens, arrestations, déportations. Lui qui se pensait, à tort, protégé est arrêté le 24 février 1944. Conduit à la prison d’Orléans, transféré à Drancy, il y meurt d’une congestion pulmonaire le 5 mars 1944.

Dès son arrestation, suite à ses instructions ou spontanément, ses voisins et amis donneront l’alarme. Une requête de Cocteau en faveur de la libération du poète est remise à un conseiller juridique de l’ambassade d’Allemagne, faussement identifié comme « le chef des prisons juives. » Début d’une procédure de libération hypothétique, Max Jacob est décédé sans jamais avoir été libéré.

D’abord enterré en fosse commune à Ivry, il repose, depuis le 5 mars 1949, « dans la paix du soir des plaines fertiles de l’orléanais » à Saint-Benoît-sur-Loire. En 1960, Max Jacob a été élevé, à titre civil, au rang de « poète mort pour la France ».

Par Patricia Sustrac, Présidente de l’Association des Amis de Max Jacob
Crédit photo : Orléans, Musée des Beaux-Arts © François Lauginie.

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