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Hommages
Maurice Jarre
1924-2009
Le compositeur aux trois Oscars : « Le secret d’une bonne musique de film ? Les cinq premières notes ! ».
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Lawrence d'Arabie, Le docteur Jivago, Le jour le plus long, La route des Indes, Paris brûle-t-il ? Le Tambour, Le cercle des poètes disparus ou Mad Max : comment imaginer que ces partitions – parmi 150 autres- ont été écrites par un compositeur qui ne lisait pas la musique à l’âge de 16 ans !
Maurice Jarre aurait dû être ingénieur du son, comme son père ; il est finalement devenu l’un des plus grands compositeurs du cinéma.

Du conservatoire au TNP

Sa vocation pour la musique naît en écoutant un enregistrement d’une rhapsodie hongroise de Liszt par l’orchestre de Philadelphie dirigé par Leopold Stokowski. « Une découverte fracassante ! ».

Contre la volonté de son père, et en cachette, le jeune Maurice commence à suivre des cours par correspondance de solfège, d’harmonie et d’orchestration. A 19 ans, en 1943, il quitte Lyon pour s’inscrire au conservatoire de Paris. Il a obtenu une dérogation et s’est choisi un instrument, guidé par son sens du rythme : « Comme je ne pouvais me mettre à cet âge-là au violon ou au piano, j'ai choisi la percussion. »

Musicien remplaçant à l'Orchestre de la Radiodiffusion française, Maurice Jarre tient la partie de timbales lors d’un concert dirigé par le légendaire Wilhelm Furtwängler. C’est décidé : il sera chef d’orchestre. Charles Munch lui donne des conseils.

Mais le jeune musicien est aussi attiré par la composition. Arthur Honegger, qui écrit beaucoup pour le cinéma, entre alors dans sa vie. « Il ne m'a pas enseigné la composition à proprement parler, mais on a regardé ensemble beaucoup de musique et il m'a montré quelques trucs de métier. »

Puis c’est la rencontre avec Jean-Louis Barrault qui cherche deux musiciens (l’autre, ce sera Pierre Boulez) pour sa compagnie. Le théâtre encore, avec Jean Vilar : de 1951 à 1963, Maurice Jarre est directeur musical du TNP. « Je fournissais de la musique de scène, mais aussi de petits interludes de quelques secondes pour le Théâtre de Chaillot ». Déjà un avant de goût de cinéma !

En 1952, première partition cinématographique pour Hôtel des Invalides, un court métrage de Georges Franju, une commande du ministère des Armées. Il écrit aussi pour Alain Resnais, Jean-Pierre Mocky, Jacques Demy.

Une carrière en Europe et aux Etats Unis

Puis sa carrière va soudainement prendre une dimension internationale.
En 1962, le producteur américain Sam Spiegel, séduit par les dix minutes de musique du film Les dimanches de Ville d’Avray, commande à Maurice Jarre une partition de deux heures. Le film ? Lawrence d’Arabie ! Le réalisateur ? David Lean !
Passée l’incrédulité, Maurice Jarre commence à visionner les 40 heures de rushes, sans avoir aucune idée de l’œuvre définitive. Il a six semaines devant lui. Pour tenir les délais, il s’astreint à une organisation de travail draconienne (il dort un quart d’heure toutes les cinq heures). La partition lui vaudra son premier Oscar en 1962.

Cette consécration a fait oublier que cette année-là, il compose la musique d’une demi-douzaine de films, dont Le jour le plus long.
Car Maurice Jarre travaille vite et il ne déroge jamais à un grand principe : « Le secret d’une bonne musique de film ? Les cinq premières notes sont primordiales. Vous devez tout dire dans ces notes-là ».

Ce sens mélodique et la variété de sa palette orchestrale – son goût pour les percussions en particulier- lui vaudront deux autres Oscars : Le docteur Jivago (1965) et La route des Indes (1984), deux films de David Lean.
Maurice Jarre qui s’est installé à Los Angeles à l’âge de 40 ans est sollicité par de nombreux réalisateurs : William Wyler (L’obsédé), John Frankenheimer (Le train), John Huston (L’homme qui voulut être roi) Alfred Hitchcock (Topaze).
Il n’en continue pas moins à travailler pour le vieux continent : Henri Verneuil (Week-end à Zuydcoote), Luchino Visconti (Les damnés), Volker Schlöndorff (Le tambour), Robert Enrico (Au nom de tous les miens).

En 2009, quelques semaines avant de décéder à l’âge de 84 ans, Maurice Jarre reçoit l’Ours d’or pour l’ensemble de sa carrière. Le Festival de Berlin distingue évidemment le compositeur de musique de film.
Mais sa carrière ce sont aussi des ballets (Notre Dame, Masques de femmes, Le Poète assassiné…) et de nombreuses œuvres pour le concert (Passacaille à la mémoire d'Arthur Honegger pour orchestre, Concerto pour cordes et percussion, Cantate pour une démente pour voix, chœur et orchestre….).
Ce sont aussi toutes les musiques qu’il avait composées pour Jean Vilar et qu’il chérissait : « Pour ces douze années passées au TNP, je redonnerais tous les Oscars du monde ».

Par Thierry Geffrotin
© Keystone France

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L'auteur

Thierry Geffrotin

Rédacteur en Chef à Europe1, Thierry Geffrotin a une longue expérience du journalisme. Musicien, il joue de l’orgue et du clavecin. Le chant est l’une de ses autres passions.
Il a donné des concerts au clavier, seul ou en petite formation, et a été membre de plusieurs ensembles vocaux.
Thierry Geffrotin est l’auteur de « Mozart pour les Nuls (First Editions) et d’un Que Sais-Je sur « Les 100 mots de la musique classique » (PUF). On lui doit également des biographies audio de Mozart, Chopin et Brahms parues aux éditions Eponymes. 

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