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Hommages
Alain Bashung
1947-2009
Quand on lui demandait de citer ses pères spirituels, il parlait de Kurt Weill, Buddy Holly et Serge Gainsbourg. Parfait résumé de l’œuvre singulière de celui qui réussit à réconcilier les aficionados du rock avec les fans de chanson française. Un cliché, certes, mais pour une fois pertinent.
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Car à défaut de réinventer l’un (le rock) et l’autre (la chanson), Alain Bashung sut en façonner un alliage unique et désormais historique. Un parcours difficile mais exemplaire que celui de ce gamin élevé par ses grands-parents dans les brumes alsaciennes, nourri au son du rock’n’roll naissant et fuyant des études de comptabilité pour devenir musicien.

Un premier 45 tours à l’âge de 19 ans, sera suivi d’une dizaine d’autres sans trop de succès, ce qui n’empêchera pas l’apprenti crooner, au début des années 70, de devenir réalisateur pour Dick Rivers et de participer à l’opéra rock La Révolution Française.

Il lui faudra attendre 1977, pour publier un premier vrai album, Roman-Photos, qui, s’il ne préfigure pas encore tout à fait le futur Bashung (désormais débarrassé de la lettre c de son patronyme), marque le début d’une fructueuse collaboration avec l’auteur alter-ego Boris Bergman. Trois ans plus tard, le tube "Gaby" suivi de "Vertige de l’amour", populariseront son personnage de rocker fantaisiste et atypique… qui s’empressera de changer illico de style, refusant d’être prisonnier d’un succès à ses yeux réducteur.

Après un opus conçu avec la complicité de Serge Gainsbourg (Play Blessures, boudé à l’époque, considéré aujourd’hui comme un classique), le Bashung nouveau commencera à évoluer vers une musique plus sombre et expérimentale, comme sur l’album Novice, en 1989, début de sa collaboration avec l’auteur Jean Fauque.

Desperado solitaire, mais nullement cavalier seul car entouré des meilleurs musiciens parfois choisis dans le gratin du rock international, il est devenu aussi un homme de scène accompli , comme en témoignent les enregistrements dvd de ses concerts, Live Tour 85, Confessions publiques et surtout La Tournée des Grands Espaces en 2003.

Entre-temps, il a renoué avec le succès grâce à des titres comme "Osez Joséphine", "Madame rêve", "Ma petite entreprise" et surtout "La nuit je mens" extrait de l’album Fantaisie militaire en 1998, salué comme son chef d’œuvre. Une nouvelle reconnaissance populaire qui lui permettra de poursuivre ses expérimentations musicales, avec l’album d’électro symphonique L’Imprudence en 2002, plus parlé que chanté, ou Le Cantique des Cantiques, en compagnie de son épouse Chloé Mons.

En 2008, paraît le dernier album publié de son vivant, Bleu Pétrole, sur lequel il interprète des chansons écrites par des artistes comme Gaëtan Roussel, Gérard Manset, Joseph d’Anvers ou Arman Méliès, album qu’il défend sur scène en tournée malgré la maladie qui l’affaiblit, et pour lequel il remporte trois trophées des Victoires de la Musique. Il décède un an plus tard, le 14 mars 2009, à l’âge de 61 ans.

Outre Tels Alain Bashung, un disque hommage avec la participation d’une douzaine de chanteurs, et une intégrale baptisée A perte de vue, paraîtront deux albums posthumes, L’Homme à tête de chou, sur la musique de Serge Gainsbourg adaptée pour le ballet de Jean-Claude Gallotta, et, en 2018, En Amont, inédits réarrangés par Edith Fambuena.

Alain Bashung a publié douze albums studio originaux, sans compter les live, les collaborations et les compilations. Personnage à la fois familier et énigmatique, chercheur obstiné et aventurier expérimental, il laisse une empreinte indélébile dans le paysage de la chanson francophone.

Par Philippe Barbot
Crédit photo : Alamo

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A écouter et à regarder


Un podcast inédit daté de 2008, propos recueillis par Philippe Barbot.
Une interview, la toute dernière hélas, choisie parmi une dizaine d’autres accordées au fil de sa carrière, parce que sans doute la plus complète et, évidemment, la plus émouvante...

Une interview vidéo inédite de Jean Fauque, l’un de ses auteurs les plus proches et ami d’une vie.
Il nous raconte, cahiers d’écritures manuscrits de l’époque à la main, leurs séances de travail.
Ils avaient une technique très particulière : un processus d'écriture à quatre mains et fruit de très nombreux bouillonnements cérébraux nocturnes. Des heures d'écriture, des idées lancées sur un morceau de papier, puis un travail des mots et des phrases à la virgule près.

L'auteur

Philippe Barbot

Philippe Barbot, journaliste musical de Télérama à Rolling Stone, est aussi l'auteur d’une biographie d'Alain Bashung, de"Backstage"et de "101 Chansons Cultes".
Auteur compositeur interprète, il a publié deux albums de chansons, "Point Barre" et "Dynamo".

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