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Exposition
Les petites histoires des chansons coquines
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La petite musique de notre vie sentimentale et sexuelle fredonne entre nos oreilles depuis nos premiers émois. Si la bande-son de nos amours demeure personnelle, voire intime, cette sélection suggestive de chansons coquines pourrait bien réveiller en vous de délicieux souvenirs et réchauffer votre été.

L’histoire de la musique, du répertoire paillard à la variété contemporaine en passant par les chansons poétiques, le rock et la pop, regorge de textes romantiques, érotiques et parfois sulfureux. Les mélodies suggèrent l’ambiance de la scène et les voix des interprètes nous entraînent au pays des malices.

Envie de fantasmer, de danser un slow, de séduire, de déclarer sa flamme, de sublimer les préliminaires, de s’abandonner aux jeux de l’amour, de s’offrir du plaisir en solitaire ? Il y aura toujours une chanson pour accompagner l’instant fragile ou volcanique et le figer dans notre mémoire. L’amour n’est-il pas plus exaltant en musique ?
Nous vous invitons à découvrir les petites histoires de ces succès discographiques « fripons » interprétés par les plus grands noms de la chanson française et les stars internationales de la pop.

Par Stéphane Deschamps

© reshoot/vector1st

Fantasmer

Selon Andy Warhol : « L’amour fantasmé vaut bien mieux que l’amour vécu. Ne pas passer à l’acte, c’est très excitant. » Si le thème du fantasme occupe une place conséquente dans les œuvres littéraires, cinématographiques, théâtrales ou picturales, de nombreux auteurs l’ont également abordé en chanson. Qui n’a jamais fredonné J’ai encore rêvé d’elle du groupe Il était une fois ou Mon mec à moi de Patricia Kaas ?

Ces textes saupoudrés de rêveries sentimentales peuvent également contribuer à faire passer un message auprès de l’être aimé. Dans leur écrin musical, les paroles stimulent inconsciemment notre imaginaire et nous font penser à une personne ou nous suggèrent un scénario érotique inassouvi. Fermez les yeux, montez le son, et laissez votre cinéma intérieur projeter vos fantasmes sur l’écran noir de vos nuits blanches.

Danser un slow

Le slow n’est-il pas l’expression verticale d’un désir sentimental ? Rappel technique d’une danse culte mais aujourd’hui délaissée : le garçon place ses mains sur les hanches de sa partenaire, cette dernière reposant les siennes sur les épaules de son cavalier. Rien de plus compliqué ! Lumière tamisée, mélodies lentes et langoureuses, même les plus timides d’entre nous avaient leur chance au moment suspendu des séries de slow en discothèque ou dans le garage à l’heure de la boum. Premiers émois amoureux sur fond d’irruption acnéique, Sophie Marceau, icône des ados des années 1980, a marqué toute une génération dans l'immanquable Boum de Claude Pinoteau. Ancêtre des sites de rencontre sur Internet, le slow s’est éteint au profit d’une réalité virtuelle engendrée par l’ère du numérique. Mais combien de couples se sont rencontrés et aimés sur l’air de Purple Rain, T’en va pas, Hotel California, Succès fou, Carreless Whisper, J’ai faim de toi … ?

Draguer

Dans son Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, Pierre Desproges constate : « L’œil est capable du clin. Le clin est la base même de la spécificité de l’œil. Il n’existe pas, en effet, de clin d’oreille, ni de clin de nez. Le clin d’œil sert à marquer subrepticement une complicité tacite entre deux ou plusieurs chenapans. Il permet aussi au dragueur de se faire connaître avec une relative retenue et une certaine discrétion qu’on ne retrouve pas dans la main au panier. »

Si l’œil demeure un organe indispensable pour draguer, l’oreille stimulée par une musique érotique joue également son rôle ! Des ballades romantiques ou facétieuses peuvent inciter au contact et motiver certaines rencontres. Si la chanson Vous les femmes de Julio Iglesias inspire à la séduction, d’autres comme I’m A Lover d’Andrea, Je suis sex-appeal de Jean Sablon ou Le Dragueur des supermarchés de Jacques Dutronc dressent le portrait d’un séducteur.

Préliminaires

Le meilleur moment de l’acte amoureux n’est-il pas celui où l’on monte l’escalier ? Sigmund Freud explique : « Le caractère normal de la vie sexuelle est assuré par la conjonction vers l’objet et le but sexuel de deux courants, celui de la tendresse et celui de la sensualité. » En prélude au Sirocco de tendresse qui soufflera avant le rapport sexuel, cette montée de l’escalier regorge de sensualité et s’inscrit au registre des préliminaires.

Dans ce domaine figurent également le dîner aux chandelles, les dessous chics, les massages, le visionnage d’un film érotique, les jouets et l’écoute d’une musique inspirante pour accompagner ce moment délicieusement excitant. À l’écoute de ces chansons inspirantes vous suivrez Gainsbourg dans L’Hôtel particulier ou Massive Attack dans leur Paradise Circus, tout en fredonnant C'est extra de Léo Ferré…

Faire l’amour

La musique peut-elle s’afficher au registre des aphrodisiaques ? En tout cas elle permet d’installer une ambiance rassurante, de créer un climat propice au rapprochement amoureux. En créant notre bande-son pour faire l’amour, nous restons dans notre propre univers. Qu’elles soient lancinantes, suggestives, rythmées, exotiques… ces instrumentaux sensuels ou chansons charnelles réveillent nos sens et nous font la courte échelle pour caresser le septième ciel.

Comment ne pas vibrer sur Sexual Healing de Marvin Gaye, ne pas perdre la cadence sur le Bolero de Ravel, ne pas susurrer sur Miss You des Rolling Stones ou ne pas gémir sur I Put A Spell On You de Screamin’Jay Hawkins ? Après tout, le sexe ne s’inscrit-il pas dans l’ADN du Rock et des chansons subversives?

Jouer

Les jeux érotiques semblent un excellent moyen de réveiller sa libido et de booster sa sexualité. Ces pratiques, qu’elles soient gourmandes, accessoirement vibrantes ou basées sur la domination sont parfois chantées par des artistes animés d’un certain sens de la provocation.

Véritables références en la matière, Madonna, Iggy Pop, Serge Gainsbourg, Led Zepplin, Prince ont célébré à leur manière l’amour ludique, briser les tabous et participer à la démocratisation de ces jeux exquis. Envie de crème chantilly, d’une petite fessée, de se mettre en scène devant l’objectif, de batifoler dans son bain avec un petit canard ? Ces scénarios coquins inspirent auteurs, compositeurs et interprètes le temps d’une chanson qui se transforme, à son tour, en véritable objet érotique.

Plaisirs au féminin

Dans son essai existentialiste Le Deuxième Sexe paru en 1949, Simone de Beauvoir écrit : « Il y a des tendances lesbiennes chez presque toutes les jeunes filles ; ces tendances se distinguent à peine de la délectation narcissiste. » Dans la religion et la société, le lesbianisme a pendant longtemps été « ignoré » par rapport à l’homosexualité masculine. Des écrivains du XIXe comme Théophile Gautier ou Guy de Maupassant ont effleuré le sujet dans une encre souvent teintée de misogynie.

Aujourd’hui l’amour au féminin s’affiche, se revendique et s’exprime à travers toute forme d’art dont la musique. Parmi ces chansons, « Sans contrefaçon je suis un garçon » affirme Mylène Farmer, « Nuit magique » raconte Catherine Lara, « Te amo » déclare Rihanna, « Ta reine » fredonne Angèle, « La Garçonne » évoque Colette Mars, « Lola » et « Nelly » chantent Superbus…

Plaisirs au masculin

Des opéras du XXe siècle au répertoire pop en passant par les chansons existentialistes de l’après-guerre, le thème de l’homosexualité est abordé dans de nombreuses œuvres musicales. Les auteurs militent, caricaturent, revendiquent, parodient, évoquent une attirance…

Du côté des interprètes stars, le pionnier bousculant les codes est un certain Ziggy alias David Bowie qui s’affiche dans un look androgyne. En 1978, Sylvester surfe sur la vague déferlante du disco et devient l’icône gay en interprétant You Make Me Feel. Les clubs gays des années 1970 s’émanciperont au son des chansons engagées du disco. En 1984, Jimmy Sommerville et Bronsky Beat traitent de l’homophobie à travers Smalltown Boy. Un thème abordé par Calogero à travers J’ai le droit aussi. La difficulté d’assumer son homosexualité est évoquée par Renaud et son Petit pédé, quant à Mika, il chante le changement d’orientation sexuelle avec Billy Brown.

Plaisirs solitaires

Comme le souligne Woody Allen : « Ne dites pas de mal de la masturbation. C’est la manière la plus sûre de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime. »

Classés pendant longtemps au rayon des sujets tabous, le plaisir solitaire est de nos jours recommandé pour ses bienfaits sur la santé et notre bien-être. Sa pratique diminuerait le stress, favoriserait le sommeil, décuplerait le plaisir, aiderait au self control… Alors on dit merci qui ? Merci aux endorphines sécrétées par le cerveau au moment du geste. Et merci aux chanteurs qui prônent derrière leur micro l’art de la caresse en solo. Citons parmi eux, Pierre Perret avec La Carotte, Prince et sa Darling Nikki, Lady Gaga pour Sexx Dreams ou encore Britney Spears avec Touch Of My Hand

L'auteur

Stéphane Deschamps

Stéphane Deschamps est l’auteur de Bashung sa belle entreprise (Hors Collection - Sacem 2018), Florent Pagny, l’homme qui marche (Hors Collection 2018), Paroles de Johnny avec Frank Margerin (Chronique Editions 2017), 80’s Génération Pop (Chronique Editions 2016), Gainsbourg Années Héroïques (Chronique Editions -Sacem 2015), Nougaro à fleur de mots (Hors Collection 2001). Directeur de l’Atelier de Création Radio France du Grand Est, il a produit et réalisé de nombreux documentaires musicaux dont Gainsbourg par Melody Nelson (France Inter), La Scandaleuse Histoire du Rock avec Gilles Verlant et Pop Story avec Marc Toesca (France Bleu).

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