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Exposition
Le punk français a 40 ans !
Le punk français fête ses quarante ans, un an plus jeune que son homologue anglais, et son influence, tant musicale que vestimentaire, exerce un fort pouvoir de fascination sur les jeunes générations.
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Sexy, bruyant, dérangeant et souvent drôle, il fût le premier mouvement rock important du pays depuis les Chaussettes noires en 1960 et la tentative pop avortée du début des 70’s (Martin Circus, Dynastie Crisis, Triangle).

Le punk ouvrait la voie vers un monde différent, loin des émissions de variétés trop propres et des albums de rock progressifs devenus barbants et bien loin de la rue.

Entre deux chocs pétroliers, il apporta un vent de fraîcheur bienvenu dans un pays prospère et plan-plan, sans réelle contre-culture populaire. Mais tout le monde ne survivra pas.

Par Mathieu Alterman
Visuel d'entrée © WindyNight – Bazzier – Jro-Grafik

Chroniques

Gilles Bertin, rattrapé par la réalité

Gilles Bertin, rattrapé par la réalité
Silens indocile
Les prémices du mouvement

Tout démarre par un cataclysme venu d’outre-Atlantique : les New-York Dolls, groupe glam-rock américain, débarque à Paris en 1974. Ils foudroient tout sur leur passage : maisons de disques, programmateurs, journalistes. Au trou des Halles, le futur forum tarde à pousser. Le Paris underground y gravite autour de la boutique Open Market de Marc Zermati qui vend disques, fringues, presse.

Rapidement, un clan nouveau se forme autour du lieu : Patrick Eudeline (alors journaliste à Best), Alain Pacadis (Libération), Yves Adrien (Rock & Folk). Ce dernier a écrit en 1973 un article devenu légendaire, « Je chante le rock électrique » qui y vénère le rock le plus sauvage et immédiat, loin des Rolling Stones, Yes ou Santana devenus bourgeois. La fête a commencé.

La première vague punk

Tout va naitre en deux étés. Août 1976 et 1977, aux festivals punk de Mont-de-Marsan organisés par Marc Zermati, devenu directeur du label Skydog Records.

Le premier, le 21 aout 1976, est interdit par la ville, qui craint les débordements. S’y produisent tout de même beaucoup d’Anglais comme les Damned, Eddie and the Hot Rods, Brinsley Schwarz, …mais également deux groupes français catalyseurs du mouvement : Bijou et Little Bob Story. Dans le public, Ian Curtis, pas encore Joy Division, est venu avec sa femme depuis Manchester. Une légende est née.

En 1977, la seconde édition s'étale sur deux jours, les 5 et 6 août. Y brillent le Clash, Police, les deux Français de l’année précédente mais surtout plein de petits nouveaux : Asphalt Jungle, Shakin’ Street, Marie et les garçons, Strychnines. En 1978, les chansons et groupes punk rencontrent enfin leur public à l’Olympia, lors d’une nuit de juillet.

Le punk populaire dans les 80´s

  1. Le punk fait peur, il remporte un succès certain auprès du public et des médias dits « rock ». Et pourtant, une chanson va propulser le mouvement dans la lumière et en même temps le tuer par excès de popularité, comme un malentendu et une trahison de l’esprit originel punk.
  2. Ce 45 tours, c’est "Ça plane pour moi", du Belge Plastic Bertrand. Carton mondial. Immédiatement détesté par les puristes, ceux-ci vont radicaliser leur univers, y changer les codes sous influences synthétiques ou politiques. Concurrencé par la new-wave naissante sur sa droite, le punk devient drôle, militant et ultime mouvement indépendant en ces dernières années de France Giscardienne. D’ici peu, le punk troquera le cuir pour s’acheter un chien. Mais c’est une autre histoire.

Punk ou rock alternatif

Au milieu des années 80, le punk semble s’essouffler. La France mitterrandienne découvre le Top 50, danse sur des rythmiques électroniques aux synthés ensoleillés, se passionne pour les causes humanitaires portées par des chanteurs d’extrême-centre comme Michel Berger ou Jean-Jacques Goldman.

En 1986, trois événements vont bouleverser la donne : la victoire de la droite aux législatives, la séparation du groupe Téléphone, rockeurs officiels hexagonaux, et la mort de Coluche. La jeunesse cherche un nouveau contre-pouvoir culturel, le punk se mue en rock dit « alternatif ». La fête va durer deux-trois ans et marquer une nouvelle génération qui n’a jamais entendu parler d’Asphalt Jungle ou d’Edith Nylon. L’esthétique devient secondaire, seul l’impact du message et l’illusion d’indépendance comptent.

Punk is (not) dead

Être punk dans les années 2000 paraît aussi périlleux que les hippies au sein des 80’s. Un amusant anachronisme. Il existe pourtant quelques irréductibles contestataires qui résistent tant bien que mal face aux rouleaux compresseurs rap et electro.

Ces artistes relativement discrets aux yeux du grand public font de belles carrières dans les festivals où leur jeune audience hédoniste prend la musique comme un défoulement collectif, d’abord jouissif, et politisé bien après. Ils sont bien éloignés de l’esthétique originale et du no future revendiqué en 1977, et s’adresse un public bien plus populaire qu’à la grande époque du festival de Mont de Marsan.

Du punk Canada Dry ? C’est ce que pensent la plupart des pionniers passés depuis longtemps à autre chose. Ils seraient plutôt les héritiers de la chanson réaliste de l’entre-deux guerres, en mode passablement énervé, certes. Punk’s not dead !

L'auteur

Mathieu Alterman

Journaliste, chroniqueur (LCI, C8, Le Point, ...) et réalisateur de documentaires (Les Magnifiques - Paris Première).
Après avoir été pendant dix ans directeur artistique en maisons de disques et prêté sa plume à la revue Schnock, il enseigne le décryptage de la pop-culture, la communication de crise, le pitching et l’histoire des médias.
Il anime des conférences pour le groupe Ionis (Jacques Séguéla, Maurice Levy, Jacques Attali, …) et est aussi l’auteur de l’Apologie de l’échec, Je me souviens des oubliés (Scali), des Larmes de Johnny (Carnets Nord) et de Femmes Fatales ! (Quai Brunes).

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