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La commission des Comptes de la Sacem
146 ans d'histoire
Cet organe de surveillance, regroupant des compositeurs, des auteurs et des éditeurs, a été créé le 18 janvier 1873, soit vingt-deux ans après la naissance de la Sacem. Il donnait à ses sociétaires, élus par leurs pairs, une prise directe sur les comptes, en toute indépendance.
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Paris, 18 janvier 1873, 14h30

Vingt-cinq minutes, ça ne lui prendra que vingt-cinq minutes… Malgré le froid piquant de saison de ce 18 janvier 1873, excédé d’attendre l’omnibus qui refuse obstinément de pointer son nez au bout du boulevard des Capucines, Édouard Gérard quitte le seuil de son officine éditoriale de la rue Scribe et part, à pied, vers les bureaux du Syndicat (première appellation de la Sacem).

C’est que la journée est d’importance… Après avoir offert sa démission du poste de trésorier général au président du Syndicat il y a de cela trois semaines, écrasé qu’il était par les charges grandissantes de travail qui lui incombait, il avait été très touché des marques de sollicitude des membres du Syndicat, qui lui avaient proposé de créer immédiatement une Commission composée d’auteurs, de compositeurs et d’éditeurs, avec mission de prendre en charge une part de son travail de trésorier. Le Syndicat déployait son envergure de jour en jour, et Édouard sentait bien qu’un jour prochain, il ne serait plus un café-concert, un kiosque à musique ou un manège de chevaux de bois qui ne s’acquitterait des droits dus aux auteurs sur les oeuvres jouées ou chantées sur place.

Une magnifique progression, mais au prix de quels efforts… Chaque jour, on recevait au siège du 17, rue du Faubourg-Montmartre, un amas considérable de courriers d’auteurs, de compositeurs ou d’éditeurs signalant qu’ici ou là, leur oeuvre avait été jouée et que l’exploitant n’avait pas réglé les droits. Et il fallait répondre, missionner les trop rares inspecteurs disponibles, tout en gérant les comptes généraux, celui de la Caisse sociale, le compte des sociétaires, la Caisse du fonds de secours… Édouard se rendait bien compte que son édition musicale commençait sérieusement à battre de l’aile et cela, il ne pouvait l’accepter.

Édouard presse le pas. Le siège est proche. Il est à l’heure, et savoure à l’avance l’aide inestimable que vont pouvoir lui apporter Jules de la Guette, Alphonse le Bailly et le jeune et déjà très brillant Abraham Siegel, les premiers membres de la Commission des comptes.

Ce qu’aucun d’entre eux ne sait, ce jour-là, c’est qu’ils vont écrire les premières pages d’une histoire qui va durer cent quarante-six ans…

Par Gilles Tinayre

Des présidents emblématiques

Charles Borel-Clerc, compositeur (1879-1959)

Président de 1911 à 1914

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De la Belle époque à la Libération, ce compositeur prolifique, formé aux Conservatoires de Toulouse puis Paris, aura marqué plusieurs époques de ses mélodies.
De Pétronille, tu sens la menthe, interprétée en 1906 par Dranem, Lison-Lisette, Le train fatal (1916), interprétées par Bérard, à C’est pour ça qu’on s’aime, par Yvonne Georges, ses oeuvres connaissent un grand succès avant la Première Guerre.
Dès 1918, Charles Borel-Clerc crée avec Lucien Boyer La Madelon de la victoire, qui marquera l’après-guerre. Maurice Chevalier la reprend dès 1919, et, dans un registre plus léger, écrit les paroles de ce qui devient Monte là-dessus, tu verras Montmartre (1922). Une prolifique collaboration s’établit, et Chevalier interprétera Ma pomme (1936), Ah! Si vous connaissiez ma poule (1938) et Marche de Ménilmontant (1941), trois des plus grands succès de Borel-Clerc. Il compose aussi pour Édith Piaf, Tino Rossi ou encore Lucienne Boyer.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, il compose Ah! le petit vin blanc, sur un texte de Jean Dréjac. Cette oeuvre connaît un succès immédiat, qui ne fait que s’amplifi er à la Libération.

Louis Billaudot, éditeur (1871-1936)

Président de 1922 à 1923

C’est à 25 ans et durant son service militaire que Louis Billaudot, qui se destinait à la carrière des armes (élève à Saint-Cyr, il doit interrompre sa formation suite à un accident), entend parler par un ami de la mise
en vente d’une petite maison d’édition, les éditions Alphonse Laurens, rue du Faubourg-Saint-Denis.
En 1896, il prend donc le fonds en gérance, avant de racheter l’entreprise en 1902. Il développera son catalogue notamment par des rachats de maisons d’édition, selon les tendances musicales de l’époque : chansons, oeuvres pour harmonie, fanfares, musiques de scène (pour le théâtre et le cinéma muet), opérettes, ouvrages d’enseignement de la musique très axés sur les instruments à vent et le solfège.
De cette rencontre fortuite avec le monde de l’édition musicale est née une véritable saga à succès, puisque les éditions devenues Gérard Billaudot sont toujours une entreprise familiale qui poursuit son développement et édite notamment de nombreux compositeurs actuels tels que Karol Beffa, Oscar Strasnoy, Guillaume Connesson ou Graciane Finzi.

Jean Rodor, auteur (1881-1967)

Président de 1936 à 1939

Auteur de plus de trois cent soixante chansons interprétées, Jean Rodor débute sa carrière en écrivant des chansons légères mises en musique par Eugène Gavel, telles que J’ai la crampe ! (1908), Elle est de l’Italie (1908) ou encore Elle n’a qu’un oeil (1909).
Il rencontre très vite le compositeur Vincent Scotto, avec lequel il crée Allons-y doucement (1913), Elle est marseillaise (1913), et surtout ce qui sera son succès le plus grand et le plus durable : Sous les ponts de Paris (1913).
Il travaillera aussi pour le cinéma, adaptant des chansons pour Berceuse à l’enfant (1936), Naples au baiser de feu (1937), ou encore Pépé le moko en 1937.
Les années d’après-guerre le voient poursuivre une production prolifi que, tournée vers des genres musicaux venus d’Amérique latine : paso-doble, tango, cha-cha…

Raymond Asso, auteur (1901-1968)

Président en 1956

Raymond Asso © Fonds Sacem
Venu tard à la carrière d’auteur, après avoir effectué de nombreux métiers (il fut chauffeur, directeur d’usine, ou encore gérant de boîte de nuit), Raymond Asso a marqué plusieurs époques de sa plume.
Il rencontre Édith Piaf dans les années 30, et lui écrit de nombreux succès, dont Mon légionnaire, Elle fréquentait la rue Pigalle (1939), Paris-Méditerranée (1938), C’est lui que mon coeur a choisi (1938),. Je n’en connais pas la fin… Il est aussi son manager, et c’est grâce à lui que la Môme rencontre Marguerite Monnot, qui sera longtemps son compositeur.
Mobilisé durant la Deuxième Guerre mondiale, il reprend la plume à la Libération. Il écrira alors pour de nombreux interprètes et connaîtra des succès tout au long des années 50 : La java du bonheur du monde, pour Lucienne Delyle, Y’a tant d’amour (1950), pour Renée Lebas, Comme un petit coquelicot (1952), qui devient la chanson fétiche de Mouloudji, ou encore Ninon, ma ninette (1954), pour Yves Montand.

Et maintenant ?

Le 18 juin 2019, après cent quarante-six années d’existence, sur décision de l’Assemblée générale de la Sacem, la Commission des comptes et de surveillance a cessé son activité au sein de notre organisme de gestion collective (OGC). Sa mission de contrôle interne sera désormais assurée exclusivement par le Conseil de surveillance.

Consulter le livre consacré à cette histoire (format pdf)

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