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Astor Piazzolla
Le tango traditionnel est la source dans laquelle le maître a puisé son inspiration pour créer le tango moderne ou « Tango Nuevo » …
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Si certains se demandent encore si Astor Piazzolla est plutôt un « maitre du tango », un « révolutionnaire du tango » ou un « détracteur du tango », il est bon de rappeler que la tradition peut parfois faire jaillir bien des styles, dépoussiérer ou bousculer un art trop installé, donner naissance à des grands de la musique, des « visionnaires » dont on parle encore, des années après leur disparition.

En 3000, on en parlera encore !

En 1990, deux ans avant sa disparition, Astor Piazzola exprimait le souhait que sa musique soit « écoutée en 2020. Et en 3000 aussi ». Il ne croyait pas si bien dire. Né le 11 mars 1921 à Mar del Plata en Argentine, c’est bien de lui dont nous parlons 100 ans après.

A 3 ans, il quitte l’Argentine pour s’installer en famille à New-York.
Pour ses 8 ans, son père, en manque de tango, culturellement très ancré dans son pays d’origine, lui offre un bandonéon. Le jeune Astor, pour qui l’Argentine n’est qu’un vague souvenir, semble plus intéressé par le jazz environnant et l’acquisition d’un saxophone. Ou bien encore la musique classique, son voisin n’est autre que le pianiste Bela Wilda, ancien élève de Rachmaninov, avec qui il préfèrera apprendre le piano et jouer Bach.

Tradition et révolution

Pour autant, le tango dit « classique » coule d’abord dans ses veines, lorsqu’il intervient dans l’orchestre du célèbre bandonéoniste Anibal Toilo. Mais il s’émancipe de ce classicisme pour proposer un tango décloisonné dont il réinvente les codes. Dépoussiérer une tradition entraine quelques remous… Il devient l’ennemi juré des puristes ou ayatollahs du tango traditionnel !

Il le doit à Nadia Boulanger, professeure au conservatoire de Fontainebleau. Lorsqu’il vient étudier à Paris dans les années 50, elle sent chez ce musicien doué, comme un manque, une retenue. Elle le pousse à réinventer ses racines, re-coloriser le bandonéon. La signature Astor Piazzola est née ! Il n’a jamais souhaité considérer sa musique autrement que comme du tango… Mais pour le révolutionner, il en a d’abord acquis les bases classiques. Avec Piazzolla on ne fait pas que danser le tango, on l’écoute.

Quelques grandes rencontres…

Parmi ses quelques grandes rencontres figurent Pat Metheny, Keith Jarrett, Chick Corea, Ginastera…
Il compose également en 1982 « Le Grand Tango » pour Rostropovitch. Piazzolla lui offre la partition, mais celui-ci n’en fera rien. Il faut attendre 1989, lors de l’enregistrement avec le Kronos Quartet, pour que le violoncelliste réalise et mesure la qualité du morceau. Rostropovitch débarque alors en 1990 à Buenos-Aires pour le rencontrer et obtenir de Piazzolla des indications précises sur l’interprétation de la partition.

Horacio Ferrer, parolier et grand poète uruguayen, figure également parmi les moments marquants dans la vie de l’artiste. Il est l’auteur des chansons du compositeur. Balada por un Loco, en 1969, est l’une d’entre elles. Chantée par Amelita Baltar elle sera réadaptée en 1975 par un certain… Julien Clerc.

En Argentine, aux Etats-Unis, en Europe et partout dans le monde, Astor Piazzola, décédé le 4 juillet 1992, pourrait donc se réjouir d’être encore écouté, joué, célébré. RDV en 3000 ?!

Par Célyne de Mazières
Credit photo : Jacques BISCEGLIA/ DALLE

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