
Benoît Duteurtre devait bientôt fêter le vingt-cinquième anniversaire de son émission hebdomadaire sur France Musique, « Étonnez-moi Benoît ». Mais une crise cardiaque l’a emporté dans sa maison des Vosges, le 16 juillet, à l’âge de 64 ans. Marc Voinchet, directeur de France Musique, a immédiatement salué son éclectisme et son profond respect pour la diversité musicale : « Benoît Duteurtre défendait avec ardeur l'opérette, la musique légère. Derrière le micro depuis 1999, pour son émission hebdomadaire Étonnez-moi Benoît, il a reçu de grands noms, d'Aznavour à Zizi Jeanmaire en passant par Françoise Hardy (créatrice de la chanson écrite par Patrick Modiano qui avait donné son titre à son émission), Nicoletta, Michou, Michel Legrand ou encore Yvette Horner. »
Romancier, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont Le grand rafraichissement, fable onirique parue en mars 2024 chez Gallimard, cet homme de l’art poursuivait sa satire mordante de l’époque contemporaine, évoquant souvent avec nostalgie « la France d’avant ». Lauréat du Prix Médicis pour son roman Le voyage en France en 2001, ce grand mélomane mettait son talent d’observateur caustique en musique, en critique et en perspective.
La musique a toujours occupé une place centrale dans la vie de Benoît Duteurtre, influençant profondément son parcours et ses créations.
Né le 20 mars 1960 à Sainte-Adresse, près du Havre, arrière-petit fils du président René Coty, il entreprend en 1977 des études de musicologie à l’Université de Rouen-Normandie, puis s’installe à Paris où il fréquente les milieux de la musique contemporaine, rencontre des figures légendaires telles que Karlheinz Stockhausen, Iannis Xenakis puis György Ligeti. Il obtient sa licence de musicologie, joue du piano au Printemps de Bourges, au Théâtre Nanterre-Amandiers, et dans les spectacles musicaux de Norbert Letheule ou avec Bernard Lubat. Il tient les claviers dans Paris Latino, le tube du groupe Bandolero en 1983.
Encouragé par Samuel Beckett, il publie son premier texte dans la revue Minuit, en 1982. Dans les années 1990, il est conseiller musical pour la Biennale de Lyon de la musique française, travaille avec le chef d'orchestre Manuel Rosenthal, élève de Maurice Ravel et devient parallèlement directeur de la collection Solfège au Seuil.
Benoît Duteurtre écrivait régulièrement dans les colonnes de Marianne, du Figaro Littéraire, de L'Atelier du Roman. Avec Marcel Landowski, il fonde l'association "Musique Nouvelle en Liberté", qui soutenait les jeunes compositeurs. Volontiers provocateur, son essai Requiem pour une avant-garde, publié en 1995, dénonce l’institutionnalisation de la musique contemporaine en France, créant la polémique et lui valant l’étiquette de « réactionnaire », qu’il ne reniera pas.
Benoît Duteurtre, passeur de la mémoire musicale, laisse une empreinte indélébile sur la scène culturelle française. Son esprit résonnera longtemps encore, chaque note, chaque mot, témoignant de la richesse de son parcours et de sa vision unique.
« C'était un vrai bonheur de partager l'antenne de France Musique le samedi matin avec Benoît Duteurtre. Passionné par la création quel qu'en soit le domaine, créateur lui-même, il savait obtenir le meilleur de ses interlocutrices et de ses interlocuteurs car il avait compris depuis longtemps que c'est en posant les bonnes questions qu'on s'attire les bonnes réponses. Et que la vraie musique n'est pas seulement celle des notes, mais surtout celle du cœur. Véritable humaniste à l'horizon éclectique, il a su faire, dans sa vie, écho à la chanson générique de son émission : "Étonnez-moi, Benoît". » Claude Lemesle, auteur, Président d’honneur de la Sacem.
Publié le 16 juillet 2024 ©Philippe MATSAS/Opale.photo