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Hommage
Oswald d'Andréa
Orchestrateur d’émotions

Homme au large sourire, musicien affûté, Oswald Antoine Marie d'Andréa est né le 9 août 1934 à Tunis, une ville qui, à cette époque, chante et danse.

Il décède le 4 septembre à École-Valentin, dans le Doubs, où il vivait, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Né d’une mère française et d’un père italien, Oswald d'Andréa a l’oreille absolue.

Un don qu’il met à profit puisqu’il décroche à 15 ans son premier prix de piano, puis un prix d’harmonie. Venu à Paris pour entreprendre des études en pharmacie, il y rencontre le parolier Maurice Pon, auteur notamment du Loup, la biche et le chevalier (Une chanson douce) créé en 1950 par Henri Salvador.
Oswald d’Andréa, qui connaît la musique, profite de cette période d’activité intense pour la chanson française en devenant copiste, écrivant les partitions de musiciens qui créent à la volée. Mais bientôt, il passe à la composition, devient arrangeur, chef d'orchestre et musicien de studio ou de scène.

Jacques Canetti, directeur de Philips, accueille dans son cabaret des Trois Baudets une nouvelle génération d’artistes, de Georges Brassens à Catherine Sauvage, de Boby Lapointe à Pia Colombo ou Barbara. Oswald d’Andréa les accompagne au piano, et participe à partir de 1959 aux fameuses tournées Canetti. Au printemps de cette année-là, il adhère à la Sacem en qualité de compositeur. C’est une période de bouleversements, une période iconoclaste. En 1963, cet homme courtois, à la jovialité méditerranéenne, enregistre un disque instrumental en hommage à Brassens, afin de souligner les qualités musicales de l’auteur de La Mauvaise réputation, souvent considéré uniquement pour ses textes. L’album s’intitule Chansons sans paroles de… Georges Brassens.

A la fin des années 1960, il n’est donc pas étonnant de le retrouver au catalogue de Moshe Naïm, un producteur qui développe une vision alternative de la chanson française ou du jazz. Oswald d’Andréa y publie Concerto pour commencer un concert, 12 divertissements pour piano, Le temps : 0-12-24 (Les uns par les autres), Le temps : les 12 signes du zodiaque… Rigoureux touche-à-tout, il compose en 1969 le générique de l’émission « RTL non stop » présentée par Philippe Bouvard, et prend la direction musicale du Théâtre de l’Est Parisien (TEP), l’une des premières Maison de la culture de France, dirigée par Guy Rétoré, pour qui il habille en musique les œuvres de Bertolt Brecht. Comme il ne veut pas être réduit à une seule case, il réenregistre ses compositions passées, jouées en direct en concert pour deux pianos avec son épouse Nicole (Brecht/D’Andréa Konzert).

Oswald d’Andréa a le goût du théâtre et de l’image. Il rencontre au TEP les plaisirs de la comédie musicale. Dans les années 1980, il devient le directeur musical de Jérôme Savary pour l’adaptation française de Cabaret. L’œuvre, créée à Lyon avec Ute Lemper, est récompensée en 1987 par un Molière du meilleur spectacle musical. En 1990, Oswald d’Andréa est lauréat d’un César pour la magnifique bande originale du film La Vie et rien d’autre de Bertrand Tavernier, avec qui il collabore également deux autres fois (Capitaine Conan, Un week-end sur deux).
Témoin de son appétit musical, Oswald avait intitulé son autobiographie « L’oreille en fièvre ».

« Outre le fait qu'il a été le tout premier orchestrateur de mon grand ami Joe Dassin, outre celui qu'il a magnifiquement mis en valeur les qualités de compositeur de notre cher Georges Brassens, Oswald d'Andréa a été à l'origine d'une de mes plus grandes émotions artistiques : il existe une telle symbiose entre la partition qu'il a écrite pour le film de Bertrand Tavernier, La vie et rien d'autre, et les images, l'histoire, la réalisation, le jeu des acteurs, que j'en suis sorti totalement, profondément bouleversé. Attention, chef-d'œuvre !... Oswald d'Andréa, la musique sous toutes ses couleurs, la musique et rien d'autre... » Claude Lemesle, auteur, Président d’honneur de la Sacem

Publié le 4 septembre 2024