
Musicien, compositeur et visionnaire, il a traversé les époques et les frontières pour tisser plus qu’une œuvre, une invitation à l’universalité.
Alors qu’il n’a que 13 ans, il rejoint l’Orchestre National des Bantous dont il devient rapidement une pièce maitresse. Quittant ses parents, il part s’installer au Cameroun, à Douala, où il apprend la guitare auprès d’un géant local de la six cordes, Tino Baroza. Sur place, il commence à jouer dans des clubs comme Le Castel et le Saint-Hilaire.
Sa carrière le mène ensuite de la rumba congolaise aux scènes jazz américaines, en passant par les salles parisiennes dès 1970. Il se fait rapidement un nom et collabore, notamment comme bassiste, avec des artistes français et internationaux tels que Michel Polnareff, Maxime Le Forestier, Graeme Allwright ou le bassiste Jaco Pastorius.
À la même époque, il s’associe à Michel Perez, Gérard Maimone et Patrick Garel pour fonder le groupe Spheroe dans lequel il est bassiste. En deux albums, Spheroe et Primadonna, leur jazz-rock-progressif, rappelant Chick Corea, acquiert ses lettres de noblesse auprès d’un public de connaisseurs. À la demande de Georges Lavaudant, ils composent et interprètent la musique de deux de ses pièces : Palazzo Mentale et Le Roi Lear. C’est à ce moment-là, en 1979, qu’il adhère à la Sacem.
Habitué de la rue des Lombards, Rido Bayonne façonne des collaborations mémorables avec des légendes comme Manu Dibango ou Sugar Blue avec lequel il enregistre From Chicago to Paris et assure les premières parties de James Brown ou Dizzy Gillespie.
Au-delà de sa propre carrière, c’est sa capacité à révéler les autres qui le définissait. Sous sa direction, des musiciens comme Étienne Mbappé, Richard Bona, Paco Sery, Assitan Dembélé, Michel Alibo, Jean-Pierre Como, Christian Martinez, Nicolas Guéret, et tant d’autres, trouvent leur voix. Il disait ainsi que ses « musiciens font partie des gens qui [l]’aident à comprendre le sens de sa propre vie ». Car Rido était un transmetteur, un guide qui faisait briller ceux qui l’accompagnaient autant que ses propres créations.
L’œuvre de Rido Bayonne n’a jamais eu de frontières. Du funk à la biguine, de la rumba au makossa, il refusait de cloisonner la musique. Avec son grand orchestre, il crée dans les années 1980 des symphonies où dialoguent les instruments. Les violons y caressent les tambours, les cultures s’entremêlent. Son album À Cœurs et Âmes, véritable hymne à la diversité, réunit des voix et des instruments du monde entier, mêlant 14 langues dans un kaléidoscope sonore inoubliable.
Ce projet titanesque, qui a mobilisé plus de 150 musiciens, l’occupe pendant près de six ans et illustre l’ambition d’un homme qui voyait dans chaque note une possibilité de réconcilier les différences. « La musique est une raison d’être que l’on a en commun » disait-il souvent. Une philosophie qui a guidé son œuvre et sa vie.
En 2007, le réalisateur Dom Pedro lui consacre un documentaire Rido Bayonne, born in Africa, que le public découvrira dix ans plus tard. Une façon de mettre en lumière un artiste qui n’a jamais couru après la célébrité et qui sera resté fidèle à ses principes jusqu’au bout : « La meilleure façon d’être en paix, c’est d’être soi-même ».
« J’ai connu Rido sur scène. Comme beaucoup d'artistes qui l'ont côtoyé. C’était son lieu de prédilection. Je voyais ces magnifiques chanteuses qui l'accompagnaient ; Assitan, Catherine, Isabelle, et je rêvais d’en faire partie. Mais au contraire il m’a encouragée à développer mon art et ma singularité car c’est ainsi qu’il voyait la musique. De façon singulière. Un maître-d ’œuvre, orfèvre et dans le même temps un musicien très simple et accessible. J'imagine l'immense chagrin de toutes celles et ceux qui l'aiment aujourd'hui. Je me compte parmi eux. Reposes-en joie. » Princess Erika, administratrice
« Chose rare pour un artiste, Rido Bayonne aura su, de son vivant, faire école. Nombreuses et nombreux sont ceux qui se sont formés à ses côtés durant sa longue et foisonnante carrière. Figure inspirante, il voyait dans la musique un formidable outil de transmission, à même de rassembler. Si son cœur s’est arrêté, le rythme de sa vie continue lui de nous accompagner. » Patrick Sigwalt, président du Conseil d'administration
Publié le 17 novembre 2024