
Gabriel Yacoub avait choisi de résider dans un village du Bas-Berry, pas loin de Bourges et de son Printemps, où il est mort le 22 janvier 2025 à l'âge de 72 ans. Né le 4 février 1952 à Paris, il est le fils d’une mère native du Loiret et d’un père d'origine libanaise, ouvrier imprimeur. Premier passage de frontières : la découverte du folk américain avec Woody Guthrie, et Stewball, un air traditionnel remis au goût du jour par Peter, Paul and Mary. Guitariste, Gabriel Yacoub fonde en 1969 un premier groupe, Nex Ragged Company et écume les clubs folks de Londres.
On a souvent pris ce grand brun pourtant nourri de cosmopolitisme méditerranéen pour un Breton. En effet, en France, c’est en Bretagne que se joue le renouveau de la musique traditionnelle. En 1971, au Centre américain, Gabriel Yacoub rencontre Alan Stivell, le « barde breton» qui électrise la harpe celtique. Il l’accompagne deux ans durant, le quitte à la fin de l'été 1973, s’écartant de la prédominance bretonne. Sa rencontre avec la chanteuse et musicienne Marie Sauvet, qu’il épouse, change la donne : au printemps 1973, ils enregistrent, sans exclure leurs comparses celtes, tel Dan Ar Braz, l'album expérimental Pierre de Grenoble, du nom d’une complainte dauphinoise du 17è siècle.
Ils fondent Malicorne avec Laurent Vercambre et Hughes de Courson. La déferlante Bob Dylan les incite à distiller les apports du rock dans de vieilles mélodies de la campagne française. Chansons de fêtes, chroniques, ballades, permettent le mariage des technologies modernes et des instruments traditionnels - cromornes, cornemuses, vielles à roue, harmoniums, cabrette, mandoloncelle… Ecologie, pacifisme, anti-impérialisme à la clé, l’album Malicorne sort en octobre 1973 et inaugure une décennie de succès. Une dizaine de disques suivront, dont Almanach, en 1976, Grand Prix de l’Académie du disque français, où figurent douze titres en rapport avec les douze mois de l’année. Malicorne se sépare en 1981, jusqu’à sa reformation exceptionnelle en juillet 2010 aux Francofolies de La Rochelle et un concert d’adieux au festival du Chant de Marin, à Paimpol (Côtes-d’Armor) en août 2017.
En parallèle, Gabriel Yacoub a très tôt mené une carrière solo. Dès 1978, avec un premier album Trad’arr, suivi en 1986 d’Elementary Level of Faith, plus expérimental, puis de l’acoustique Bel en 1990, où figure Les Choses les plus simples, chanson souvent reprise, notamment en duo par Joan Baez et Maxime Le Forestier. Sous le label rock Boucherie Productions, le chanteur à la voix subtilement modulée publie Quatre en 1994, puis Babel en 1997. On y retrouve des thèmes qui lui sont chers : les symboles (Mes mains [manifeste]), la mythologie (Babel), les éléments (Je suis le vent), l’amour (Pluie d'elle, Désir, Rêves à-demi). En 2001, sa chanson La colombe poignardée intègre la bande originale du documentaire Le Peuple migrateur.
En 2004, Gabriel Yacoub fonde le label indépendant Le Roseau, et y publie Je vois venir…, puis quatre ans plus tard, De la Nature des choses où il évoque l'incendie de sa maison qui l’avait privé des maquettes de ses nouvelles chansons. Chercheur à sa manière, il avait largement contribué à l’anthologie conçue par Marc Robine, La Tradition de la chanson française, un coffret de quatorze disques, paru chez EPM en 1994. Sur les fondements de ce patrimoine incomparable, Gabriel Yacoub avait imaginé des chansons très contemporaines, tout en dentelles, nourries d’introspections et de poésie…
« Avec Gabriel Yacoub disparaît une figure emblématique de la musique folk. Son talent pour transformer le répertoire traditionnel en fresques sonores audacieuses et sa capacité à émouvoir par des compositions sincères ont façonné une œuvre unique qui continue de toucher tous les amoureux de la chanson. » Patrick Sigwalt, président du Conseil d'administration de la Sacem.
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Publié le 22 janvier 2025