X
interstitiel
Hommage
Werenoi
Etoile noire du rap français

Le rappeur Werenoi, de son vrai nom Jérémy Bana Owona, est décédé subitement le 17 mai 2025 à Paris à l’âge de 31 ans. Deux arrêts cardiaques déclenchés par une crise diabétique ont eu raison de l’un des artistes les plus en vue du rap francophone.

Malgré sa discrétion légendaire et son absence dans les médias traditionnels, l’annonce de sa mort a fait l’effet d’un séisme bien au-delà des frontières du rap.

« La réussite se compte en années, les défaites en heures ». Au moment d’écrire les lignes du titre Chemin d’or en 2023, Werenoi était loin de se douter que la réalité le rattraperait si rapidement. Porté par un succès fulgurant et une adhésion massive sur les plateformes de streaming, le rappeur à la trajectoire digne d’une comète est décédé des suites d’une insuffisance cardiaque causée par son diabète. Cela semblait presque écrit : sa réussite incontestable en seulement quatre années a ainsi été stoppée en à peine quelques heures à la Pitié-Salpêtrière.

Jusque-là, pour reprendre la célèbre punchline du film La Haine, tout allait pourtant bien. Le rappeur originaire de Montreuil s’était imposé sans jamais s’exposer. Le style Werenoi, c’était d’abord cette silhouette voilée derrière des lunettes noires, un rap froid doublé d’un flow « street » reconnaissable entre mille et des scores d’écoute insolents l’ayant rapidement propulsé en haut des classements. Une ascension jamais vue depuis Jul au milieu des années 2010.

Né en 1994 à Melun, Jérémy Bana Owona se lance dans le rap après son bac, un peu par hasard. La première vraie date clef remonte à l’année du Covid-19, quand il créé le 10 septembre 2020 sa société PGP Records. La voie est déjà tracée : le jeune homme aux origines modestes sera rappeur, sinon rien. Il n’aura pas à attendre longtemps : dès 2021 son premier titre Guadalajara lui permet d’être repéré par le label AWA, propriété du producteur Kore. Deux ans plus tard vient l’heure du premier album, « Carré », porté par une série de tubes imparables dont le bien nommé Laboratoire (154 millions d’écoutes sur Spotify). Puis sort « Pyramide » en 2024, un disque aux allures d’adoubement puisque c’est la quasi intégralité des poids lourds du rap français qui y est conviée en featuring (Aya Nakamura, Damso, SCH ou Hamza) sur des titres qui percent dans la rue, et non à la télé.

Numéro un des ventes d'albums en France en 2023 et 2024 (dont 276 968 exemplaires pour son « Pyramide »), Werenoi persistera en signant cette année « Diamant Noir », son troisième album épitaphe où le spleen urbain flotte toujours lourdement (Triple V, en featuring avec Damso et Ninho) mais où certains titres comme Boss laissaient présager d’une carrière plus mainstream, à la Gims. A l’annonce de sa mort, ce dernier lui a rendu hommage à sa manière : « La mort est une vague qui ne prévient pas. Elle emporte sans bruit ceux qu’on pensait encore à quai ». Dans son sillage, et d’Obispo à SCH, les pensées pleuvent sur les réseaux sociaux en scellant son statut d’artiste majeur, à la fois omniprésent dans les charts et pourtant si discret sur cette vie privée sans ombres, mais pleine de mystères.

Membre Sacem depuis le 2 février 2023, Werenoi est décédé bien trop tôt. Comme Népal, Mac Miller, Lil Peep et quelques autres étoiles filantes du rap, il aura désormais l’éternité pour être écouté en boucle par les jeunes générations, déjà nostalgiques.

« Caché derrière ses lunettes noires, Werenoi portait une vision claire, une écriture tranchante. Force tranquille, il a réussi à conquérir le cœur de millions de fans sans jamais hausser le ton. La Sacem salue la mémoire d'un artiste rare, dont la discrétion n'aura fait qu'amplifier le retentissement. » Patrick Sigwalt, président du Conseil d'administration de la Sacem.

« Il était de Montreuil, d'origine camerounaise, comme moi. C'est dans le quartier Jean-Moulin qu'il a fait ses premiers pas et c'est là qu'il laisse derrière lui, comme partout en France, nombre de jeunes fans orphelins. Très préoccupé par l'idée d'être un moteur, de pouvoir entrainer les autres, il aura été un socle pour toute une génération qui n’a pas compris que l’on puisse mourir si jeune. » Princess Erika, autrice, administratrice.

Publié le 20 mai 2025 (c) Mael CLEMENT/ DALLE