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Hommage
Philippe Labro
« l’Américain » qui cultivait l’éclectisme

Grand homme de médias et de lettres, réalisateur et parolier, notamment pour Johnny Hallyday, Philippe Labro s’est éteint le 4 juin 2025, à 88 ans. Transformé par l’ailleurs d’Hemingway, témoin privilégié des sixties aux États-Unis, ce touche-à-tout a su transmettre son expérience américaine en romans, en films et en chansons.

« Je suis né deux fois : une fois à Montauban et une [seconde] fois dans le Colorado », s’amusait Philippe Labro dans une série d’entretiens accordés à France Culture en 2013. Une manière d’assumer sa double culture, l’une pétrie de littérature française, l’autre façonnée sur la route, aux Etats-Unis. Philippe Labro ou l’art de ne jamais choisir – et d’en faire un style de vie.
Le 4 juin 2025, l’écrivain, parolier, journaliste et réalisateur, né le 27 août 1936 dans le Tarn-et-Garonne, s’est éteint à Paris des suites d’un cancer.

Troisième d’une fratrie de quatre, il est marqué par les années de guerre pendant lesquelles son père cache des réfugiés juifs, jusqu’à l’arrivée des Allemands dans la maison familiale du Sud-Ouest. Il retracera cette enfance, entre insouciance et inquiétude, dans le roman autobiographique Le petit garçon (1990) qui manquera d’un cheveu le prix Goncourt.

À son retour à Paris, le lycéen préfère les salles obscures aux salles de classe. Après un échec au baccalauréat, une bourse lui permet d’étudier de 1954 à 1956, à l’université de Lexington, en Virginie. Cet apprentissage lui inspirera deux romans autobiographiques : L’Etudiant étranger (prix Interallié 1986) et Un été dans l’Ouest (1988).
Rentré en France, il décroche un stage à Europe 1. Son tropisme américain devient alors un sésame. En 1959, le journaliste Pierre Lazareff lui commande un premier roman, la biographie d’Al Capone, Un Américain peu tranquille et l’engage comme grand reporter à France-Soir.

Sa carrière prend un tournant au moment de la guerre d’Algérie, qu’il couvre dès 1960 comme journaliste militaire. Mais une date clé s’impose ensuite : le 22 novembre 1963, Labro est l’un des rares journaliste français présents aux États-Unis pour couvrir l’assassinat de John F. Kennedy. Un événement qui imprégnera la façon dont Philippe Labro filmera Jean-Paul Belmondo dans L’Héritier (1973), son troisième long métrage aux deux millions d’entrées.

Après avoir traversé la Nouvelle Vague en observateur éclairé, Labro se rêve héritier de Jean-Pierre Melville, l’un de ses mentors. Des champs de bataille aux plateaux de cinéma, il dirige successivement Yves Montand, Claude Brasseur, Carole Bouquet… Jusqu’à Rive droite, rive gauche, son septième et dernier film sorti en 1984.

Sa passion américaine le rapproche ensuite de Johnny Hallyday. Dès 1970, date à laquelle il adhère à la Sacem en qualité d’auteur, Philippe Labro devient jusqu’à la fin des années 1990 l’un des paroliers de l’« idole des jeunes ». Le 45 tours Jésus-Christ, extrait de l’album Vie (1970), fait scandale jusqu’au Vatican. Labro y imagine un Christ beatnik, arrêté pour « pour délit de vagabondage » sur la route de Woodstock. Il écrit également pour le même artiste le magnifique « poème sur la 7ème » en contrepoint du mouvement lent de la symphonie de Beethoven.

Il collabore aussi avec Eddy Mitchell et signe la moitié des textes de l’album de Jane Birkin Lolita go home (1975), composé par Serge Gainsbourg. Il devient sociétaire définitif à la Sacem, le 30 mars 1977.

Les décennies suivantes sont marquées par la radio puis la télévision. De 1985 à 2000, Philippe Labro reste directeur des programmes de RTL dont il consolide la place de première radio de France.
Proche de Vincent Bolloré, il lance la chaîne Direct 8 en 2005, puis anime plusieurs émissions et chroniques sur les chaînes D8 puis C8 dont L’Essentiel chez Labro, programme culturel qu’il présentera jusqu’en février 2025.
Le moteur de Labro ? Se frotter à la nouveauté et chercher l’essentiel en toute chose.

« Il avait l’élégance de ceux qui savent écouter, et la liberté de ceux qui osent raconter. Son regard, sa plume et sa voix resteront une part vivante de notre culture. » Patrick Sigwalt, président du Conseil d'administration de la Sacem.

© Louis Monier

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