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Hommage
Bun Hay Mean
La triste chute du « Chinois marrant »

Stupeur dans le monde du rire : l’humoriste Bun Hay Mean, adoubé notamment par Jamel Debbouze et Eric Judor, est décédé à 43 ans, le jeudi 10 juillet 2025, des suites d’une chute du huitième étage, à son domicile. Un accident tragique qui stoppe net une carrière atypique saluée unanimement par le grand public et les professionnels.

Paname Art Café. Ce lieu parisien ne vous dit peut-être rien, mais le nom des humoristes passés par là, si : Fary, Paul Mirabel, Redouane Bougheraba ou encore Nora Hamzawi, tous y ont fait leurs débuts et la liste est longue comme les cheveux de Bun Hay Mean, qui y a aussi fait ses armes vers 2013. Ses armes à lui étaient inoffensives : un humour décapant démontant tous les stéréotypes sur les Français d’origine étrangère, une voix aiguë ultra-rapide reconnaissable entre mille et une émotion à fleur de peau qui lui permettait d’aborder sans complexe tous les sujets de société.

Comme pour beaucoup d’humoristes, la vie n’a pas toujours été drôle pour celui qui se faisait appeler le « Chinois marrant » (nom de son premier spectacle). Pour lui, tout débute avant même sa naissance, quand ses parents fuient le Cambodge de Pol Pot. Coincé dans l’un des sordides camps de réfugiés, son père, prénommé Ly, entend sans cesse les bénévoles étrangers lui demander « what does it mean ? ». Soucieux d’oublier son passé, il décide de faire de ce dernier mot anglais son nouveau patronyme. Le jeune Bun Hay Mean, né en Gironde en 1981, porte ainsi en lui les espoirs d’une vie meilleure et le souvenir du pays qu’il n’a jamais connu.

A l’adolescence, Bun Hay désapprend la culture de la discrétion et écrit ses premiers sketchs à Bordeaux. Destiné à une carrière dans l’informatique, Bun Hay dévie et plaque une vie « normale » à 24 ans pour « monter à la capitale » avec un rêve : faire une carrière d’humoriste. Ses débuts y ressemblent à une blague de mauvais goût : il connaît la précarité et vit plusieurs mois dans la rue avant de finalement trouver deux bonnes adresses. Celle du Paname Art Café, puis celle de la compagnie théâtrale du Déclic Théâtre, à Trappes, où il fait la rencontre d’Alain Degois, dit « Papy » dans le milieu, qui lui présente Jamel Debbouze. Plus qu’un déclic, c’est un coup de foudre. Bun Hay Mean est propulsé sur la scène du Jamel Comedy Club et la France découvre cette pile électrique capable de se moquer de toutes les cultures, tous les clichés, sans jamais offenser. La suite est une virée sur l’autoroute du succès : les premières parties de Blanche Gardin, des spectacles partout en France, deux passages au Montreux Comedy Festival, une amitié artistique avec Eric Judor (il apparaît dans la série Platane et dans le long-métrage Problemos) et une filmographie prometteuse, dont un rôle dans Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu de Guillaume Canet où il incarne Deng Tsin Qin.

« Je suis fier d’être Français et de gueuler » confiait en 2017 Bun Hay Mean sur un plateau de télévision. Plus qu’une intégration, celui qui est devenu adhérent Sacem le 29 septembre 2023 a surtout trouvé sa place en utilisant sa sensibilité comme carburant. Après un passage à vide en 2024 ponctué par un internement dans un hôpital de La Réunion, Bun Hay avait prévu de revenir sur le devant de scène à l’automne 2025 avec un nouveau spectacle tragiquement intitulé Kill Bun, où il souhaitait « revenir sur ses expériences personnelles et aborder des sujets comme la santé mentale ». Las, une chute accidentelle depuis son balcon en tentant de récupérer son téléphone tombé dans la gouttière en a décidé autrement. D’Hakim Jemili à Laura Felpin, de Kyan Khojandi à Doully, tous ses amis du milieu du rire font l’éloge de cette carrière éclairée par une humanité rare sur le circuit de l’humour.

En 1990, Alain Chamfort chantait ce bel oxymore écrit par Jacques Duvall : « souris, puisque c’est grave ». Bun Hay Mean, aimait quant à lui dire que « l’humour, c’est la poésie du désespoir, c’est réussir à rendre acceptable ce qui ne l’est pas ». Il est bien difficile d’admettre ce clap de fin à seulement 43 ans.

« Bun Hay Mean nous a fait rire aux larmes, mais aussi réfléchir et surtout nous sentir plus proches les uns des autres, en déconstruisant avec finesse les clichés sur "l'autre". Il ne riait jamais "contre", toujours "avec". Sa fausse désinvolture, sa grande sensibilité et son humanité nous manquent déjà. » Patrick Sigwalt, président du Conseil d'administration de la Sacem.

(c) Syspeo/SIPA