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Hommage
Ziad Rahbani
La voix libre du jazz libanais

Ziad Rahbani, compositeur, pianiste, dramaturge et fils de la légendaire Fairouz, est décédé ce 26 juillet à Beyrouth à l’âge de 69 ans. Figure majeure de la scène libanaise, il aura toute sa vie mêlé musique, théâtre, engagement politique et satire sociale, mais sans jamais transiger avec le « jazz oriental » dont il faut l’un des pionniers.

Avec lui, la musique relevait presque du destin. Fils aîné de Fairouz et du compositeur Assi Rahbani, Ziad entame sa carrière en 1973 en composant Sa’alouni El Nass à la demande de son oncle. La chanson devient rapidement un franc succès dans le monde arabe et c’est cette même année qu’il adhèrera à la Sacem en tant qu’auteur-compositeur. Un engagement précoce qui donne déjà la mesure de son génie précoce : Ziad n’a alors que 17 ans.

Rapidement, Ziad Rahbani prend le relais musical de sa mère et impose une nouvelle grammaire sonore : jazz, funk, rythmes orientaux, dialogues acides et poésie du quotidien. En 1978, sa pièce musicale Bennesbeh Labokra... Chou? devient culte. Il y campe un barman désabusé dans un Beyrouth brisé par la guerre civile et livre une œuvre mêlant improvisations arabes (les maqâms), monologues absurdes et arrangements précieux.

En 1980, l’un des pères du jazz oriental signe un autre coup de maître avec Ya Zaman el Ta’efiyeh (Le Temps du sectarisme), chanson habitée par la voix de Joseph Sakr et extraite de l’album Film Amriki Tawil (un long-métrage américain). Ce morceau satirique dénonce les divisions confessionnelles qui gangrènent le Liban et moque l’instrumentalisation politique de la religion. Une critique hélas toujours d’actualité qui rappelle que l’insoumis libanais fut souvent en avance.

Souvent comparé à Omar Khorshid ou Ilham al-Madfai, Ziad Rahbani savait également faire preuve d’une radicalité semblable à celle d’autres figures libres comme Frank Zappa, Fela Kuti ou Serge Gainsbourg. Sa musique, faite de claviers analogiques, de funk d’orient et de voix qui crient ou rient au cœur du chaos, aidera quant à elle à forger un style unique. « Ma musique n’est pas occidentale, confiait-il à l’agence Associated Press, elle est libanaise, avec une manière d’expression différente ».

Plus de cinquante ans après ses débuts, son empreinte reste indélébile. Musiciens électro, collectifs engagés, chanteuses expérimentales ou rappeurs arabes se réclament de lui. À l’annonce de sa mort, le président libanais Joseph Aoun lui a rendu hommage en ces mots : « Ziad Rahbani n’était pas simplement un artiste [...] il était une conscience vivante, une voix rebelle face à l’injustice, un miroir fidèle des opprimés et des marginalisés […] il écrivait la douleur des gens ».
Sur instruction du président, il a été décoré à titre posthume de l’Ordre du Cèdre par le Premier ministre Nawaf Salam.

A 69 ans, de battre son cœur s’est finalement arrêté, alors même que ses chansons sont devenues le journal intime d’un pays qui peine à s’écouter. En libanais, « Bennesbeh Labokra... Chou ? » signifie « et demain, on fait quoi ? ». Une question brûlante, plus que jamais d’actualité, maintenant que Beyrouth pleure l’un des derniers grands héros musicaux.
Nos pensées vont à sa mère Fairouz, à sa sœur Rima, et à toutes celles et ceux qui, au Liban comme ailleurs, pleurent la disparition de cette voix libre.

« Son style musical hybride est immense. Ziad Rahbani signe notamment Kifak Inta – “Comment ça va, toi ?”, chantée par sa mère, l’icône Fairouz.
Cette chanson, dont le pays entier connaît les paroles par cœur, évoque la mélancolie de l’absence et l’émerveillement des retrouvailles.
Une ode à l’amour, adressée à un être, à un pays, à un passé.
D’où tu es désormais, comment ça va Ziad ? »

Dominique Dalcan, vice-président du Conseil d’administration de la Sacem

Publié le 30 Juillet 2025.

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