
Toute sa vie, il aura cherché. Docteur en sociologie passé par le CNRS, Jean-René Mariani a toujours préféré les mots aux sciences exactes. Le Graal de ce Corse lettré, dès la fin des années 70 : faire carrière dans la musique, par lui-même et pour les autres. Un rêve qu’il réalisera par deux fois avec deux légendes : Michel Polnareff et Christophe.
Mais avant de graver sa plume dans la langue de musiciens à voix perchées, l’érudit-mélomane publie – dans les très synth-pop années 1980 – un premier disque éponyme chez Polydor, qui sera aussi le dernier. La publication du single Sexy Sexy, *à classer entre les Sparks produit par Giorgio Moroder et Richard Gotainer, ne convainc pas. Découragés par le rendez-vous manqué, d’autres seraient sans doute retournés à leurs études. Pas Jean-René Mariani qui va, sans le savoir retrouver des légendes disparues.
La première d’entre elles s’est réfugiée au Royal Monceau pendant 800 jours, terrorisée par une opération de la cataracte. Ladite légende s’appelle Michel Polnareff, qui n’a rien publié depuis quatre ans. Si les raisons de la rencontre entre Jean-René et Michel restent mystérieuses, le succès de leur collaboration l’est beaucoup moins. En co-écrivant le tube Goodbye Marylou, qui lui est tombé sous les doigts après une nuit de discussion sur Minitel avec une femme seule derrière son clavier, il va non seulement permettre à Polnareff de retrouver la lumière (le single s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires) mais aussi lui offrir tous les textes du nouvel album Kâma-Sûtra, sorti en 1990. Le secret de Mariani : avoir réussi à transformer toutes les névroses du chanteur en textes aussi ciselés que remplis de troisième degré, comme sur l’autre single LNA HO inspiré dans son jeu voyelles-consonnes par le célèbre LHOOQ de Marcel Duchamp.
Porté par le succès de cette première collaboration, Mariani en profite la même année pour composer le numéro de téléphone de Christophe, évanoui dans la nature depuis déjà sept ans. Sans pincettes, il s’étonne dans le combiné que le dernier des Bevilacqua n’écrive pas lui-même les paroles de ses chansons. Christophe, six ans plus tard, explique à Libération sa relation avec l’accoucheur de mots : « pendant cinq ans, Mariani a noté tout ce que je disais. Et quand j'étais bloqué, il me ressortait un truc super et il disait : oui, c'est toi qui l’as dit. » Bilan des courses pour le chanteur fan de Formule 1 : le disque du grand retour, « Bevilacqua », condensé de trip-hop visionnaire où Jean-René Mariani, grand architecte de l’ombre, cosigne l’intégralité de textes (Parfums d’histoires, Enzo, Le tourne-cœur) encore une fois conçus sur-mesure.
Dès la fin des années 90, la piste du chercheur devient elle-même introuvable. Celui qui était entré à la Sacem en qualité d’auteur le 30 août 1979, puis sociétaire professionnel le 20 avril 1995 dans la catégorie auteur, s’évanouit. On retrouve finalement sa trace en 2007 avec un premier ouvrage (Âge tendre et tête de bois, l'histoire d'une génération) puis en 2013 avec un second sur Polnareff (Le Polnabook).
Né le jour du printemps, il est finalement décédé le 4 septembre 2025 dans le village qui l’a vu grandir, à Luri, en Haute-Corse. Si les travaux de ce Docteur en sociologie restent difficiles à trouver, Jean-René Mariani aura néanmoins marqué le grand public avec des textes fredonnés par des millions de Français. Comme dit le proverbe : qui cherche trouve.
« Poète discret, Jean-René Mariani a su encrer ses mots dans le cœur de millions de Français. L'amour de la musique et la voix d’auteur de ce grand parolier continueront longtemps de résonner. »
Patrick Sigwalt, président du Conseil d'administration de la Sacem.