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Hommage
Michel Jourdan
La sensibilité des mots

Compositeur, mais surtout auteur, Michel Jourdan a signé en toute discrétion près de trois mille chansons entrées dans la lumière par la grâce de leurs interprètes, Mike Brant, Marie Laforêt, Julio Iglesias, et tant d’autres.

L’alchimiste Michel Jourdan savait faire danser les mots. Un exemple : en 1964, le producteur Gilbert Marouani le met au défi d’écrire une version française d’Una Lacrima sul viso, de l’Italien Bobby Solo pour Lucky Blondo. « Une larme sur ton visage » devient « Sur ton visage, une larme », et l’inversion change tout. Enchanté, Marouani commente : « Dans votre écriture, non seulement vous avez une plume, mais vous avez aussi une oreille ».

Ce n’est pas le seul défi que le patron des éditions Barclay a lancé au jeune Niçois. En 1963, il le teste une première fois : il faut habiller un thème de Danyel Gérard destiné à Marie Laforêt. Voici l’éclosion des Vendanges de l’amour que l’actrice aux yeux clairs porte au sommet des charts. On comprend dès lors que Michel Jourdan a le don de débusquer le tempérament, les fragilités, les forces de ses interprètes. Avec Charles Aznavour, il écrit L'essentiel pour Ginette Reno. A Nana Mouskouri, il donne Le temps qu'il nous reste, à Mike Brant, Qui saura, à Pierre Groscolas Lay lady lay, à Julio Iglesias Pauvres Diables, Il faut toujours un perdant… Les artistes lui sont d’autant plus fidèles, que souvent, ses chansons font carton plein.

Né à Nice (Alpes-Maritimes) le 10 août 1934, Michel Jourdan est mort le 29 septembre 2025 à Couiza (Aude). Il était entré à la Sacem en qualité de compositeur le 2 août 1960, en tant qu’auteur le 21 janvier 1960, et fut promu Sociétaire définitif le 26 mars 1970 dans cette même catégorie.

Né d’un père pâtissier, résistant de la première heure, engagé volontaire, arrêté, déporté, prisonnier, et d’une mère qui tenait le vestiaire du café Bono, sur la promenade des Anglais, Michel envisage une carrière de cordonnier. Mais il est « pris en otage » par les films muets de Charlie Chaplin. Par réflexe, il en décline instantanément l’intrigue en mots, raconte-t-il dans son autobiographie Mes refrains font chanter le monde, préfacé par son complice en écriture Charles Aznavour (éd. La Boîte à Pandore, 2018).

Il chante, mais pas assez bien. Il a autour de vingt ans, il écrit une chanson Vingt ans et des poussières, l’histoire d’un jeune soldat tué à la guerre. Il la montre à l’écrivain Louis Nucera, alors journaliste au Patriote de Nice, quotidien fondé par des résistants communistes. Nucera aime sa part de féminité et lui conseille de monter à Paris, sitôt libéré de ses obligations militaires. Sans la moindre référence, Michel Jourdan « galère » plusieurs années, avant de forcer la porte de Gilbert Marouani, qui représente de nombreux artistes en France et à l’étranger, et cultive l’art de la reprise.

Dès lors, il ne quittera plus le paysage de la chanson française, qu’il colore de sa capacité inusitée à varier les registres et les ambiances, offrant Non c’est rien à Barbra Streisand, La Seine et la Volga à Ivan Rebroff, Tiens, c’est toi (musique de Jean-Max Rivière) à Brigitte Bardot. Elégant, sensible, il se promène dans le riche paysage de la chanson, avec Aznavour, son complice en écriture, avec Dalida, Annie Cordy, Claude François, Franck Michael, Mireille Mathieu, Dorothée … Et Mike Brant, dont il est si proche, qui incarne Qui saura, C'est comme ça que je t'aime, Rien qu'une larme, Dis-lui …et à qui il a consacré une biographie, Mike Brant : il n’a pas eu le temps (1995, TF1 Editions).
En 2005, il obtient avec Calogero une Victoire de la Musique (meilleure chanson de l'année), avec Si seulement je pouvais lui manquer, affirmant ainsi qu’il continuait d’avoir les mots pour faire chanter cette jeune génération d’interprètes et toucher son public.

« Un texte pour moi est la quintessence du style et de l’âme de Michel Jourdan “Tous les arbres sont en fleurs“. Ce magnifique poème qu’il a écrit pour Nana Mouskouri nous prend le cœur en mots simples, mais tellement vrais qu’on ne sait pas qui l’emporte en nous de l’admiration ou de l’émotion. J’aimais Michel parce qu’il était sans affectation mais avec conviction un artisan du bonheur des gens. » Claude Lemesle, auteur, président d'honneur du Conseil d'administration de la Sacem.

« J'ai eu le privilège de travailler avec Michel : un homme d'une grande gentillesse, mais aussi d'une exigence rare, comme le sont tous les grands. » Serge Perathoner, ancien président du Conseil d’administration de la Sacem.

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