
Il est né à Paris en 1931. Dans la lignée de son père, chanteur lyrique, il étudie le chant classique avant de se mettre à la clarinette en 1950. Il commence à enregistrer, chez Michel Attenoux, avant de tourner en 1954 aux côtés de Sidney Bechet. L’année suivante, il monte un étonnant trio clarinette-piano-batterie avec Claude Bolling. Tout sauf conservateur.
Au cours des années 1950, il écume les clubs et studios de la capitale en compagnie de Bill Coleman, Benny Carter, Lil Armstrong et la fine fleur des jazzmen français. Époque bénie où il croise Clifford Brown comme Lionel Hampton ou Lester Young et Billie Holiday… En 1958, sur les conseils de Don Byas, il adopte le saxophone ténor. C’est avec cet instrument qu’il développe ce son de braise, fougueux, lyrique, un brin sauvage, passionné, toujours élégant, qui est sa signature. Son destin est forgé, Paul Gonsalves et Eddie « Lockjaw » Davis deviennent ses amis.
Les années 60 sont décisives. Il intègre l’orchestre de Duke Ellington pour un enregistrement avec la chanteuse suédoise Alice Babs. Count Basie le sollicite à plusieurs reprises. Il prend alors conscience de ce que le jazz n’est pas figé dans une époque ou une esthétique, mais qu’il s’agit d’une musique en mouvement perpétuel. Et il prend un plaisir fou à accompagner aussi bien Nicole Croisille que Dee Dee Bridgewater. Bien avant, il y avait eu Yves Montand. Un soir, celui-ci l’invite à dîner chez lui avec Simone Signoret. Quand Gérard Badini sonne à la porte, Yves Montand demande à Marilyn Monroe d’aller lui ouvrir. Il faillit tomber à la renverse !
En 1973, il crée Swing Machine, un quartet au nom limpide, devenu légendaire, et après quelques courts séjours à New York il s’installe à Manhattan en 1977 pour se frotter au gotha du jazz américain. Entre temps il ramène à Paris Sam Woodyard, le batteur de Duke Ellington dans ses bagages, puis Sonny Payne, celui de Count Basie.
Après avoir sollicité Gérard Badini pour aider Stan Getz à choisir le sax idéal, Selmer lui propose de devenir son premier conseiller technique jazz. Il contribue ainsi à l’élaboration du fameux saxophone Super Action 80 et s’avère un guide avisé pour les choix de Dexter Gordon, Sonny Rollins, Michael Brecker, Phil Woods…
1984 sans doute l’année apothéose pour ses talents d’arrangeur et de chef d’orchestre : il monte son propre big band, la Super Swing Machine et met là en lumière toute une nouvelle génération : Sylvain Beuf, François Laudet, Philippe Milanta, Alain Jean-Marie, Thomas Savy, Fabien Mary…
La suite est une leçon de fluidité musicale. En manque de souffle, il passe du saxophone au piano, influences de Jelly Roll Morton à Cecil Taylor, sans ostracisme. Il opère aussi une splendide réconciliation entre jazz et classique (son jardin secret depuis toujours) avec des albums en grande formation autour de Debussy ou Scriabine unanimement salués.
En 1992, Gérard Badini reçoit le Grand Prix du Jazz de la Sacem puis le Prix Boris Vian de l’Académie du Jazz en 1993.
« Du saxophone au piano, du jazz le plus incandescent aux harmonies classiques les plus subtiles, Gérard Badini a toujours gardé intacts son exigence musicale, son son de braise et son incroyable swing. Son parcours, libre et inspiré, continuera d’éclairer ceux qui explorent cette ligne de crête entre jazz et musique savante. » Patrick Sigwalt, compositeur, président du Conseil d’administration de la Sacem