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Hommage
Jean-Max Rivière
Un grand auteur, tout simplement

Auteur, compositeur, éditeur, producteur, figure majeure de la chanson des années 1960, Jean-Max Rivière a façonné un pan du patrimoine musical français. Du tandem mythique formé avec Gérard Bourgeois à ses collaborations avec Bardot, Gréco ou Reggiani, ce poète du détail, né à Montmartre et disparu à Royan en 2025, laisse l’empreinte déterminante d’un “passeur” de mots et de talents.

Jean-Max Rivière n’était pas un homme ordinaire. Auteur, compositeur et passeur de talents, il maniait le détail comme d’autres le coup d’éclat. Pour l’élégance, la veste en tweed et le col roulé en cachemire ; pour la chanson, la plage abandonnée, l’oiseau amoureux du poisson. On lui doit des classiques du répertoire français, de C’est rigolo à Maintenant tu peux t’en aller, et ce bijou d’économie qu’est Il suffirait de presque rien, magnifié par Serge Reggiani.

Né le 19 octobre 1937 rue des Martyrs à Paris, mort le 15 novembre 2025 à Royan (Charente-Maritime) - sa ville de cœur depuis qu’il y avait épousé Francine, Miss du quartier Pontaillac, en 1956 - il est entré à la Sacem en qualité d’auteur le 22 janvier 1958, en tant que compositeur le 17 janvier 1966, pour être promu Sociétaire définitif dans la catégorie auteur le 20 mars 1969.

Grandi dans la guinguette achetée par son père en bord de Seine, il y croise le comédien et chansonnier Robert Lamoureux et l’accordéoniste Emile Carrara, compositeur de Mon amant de Saint-Jean. Il apprend à dessiner aux Arts Appliqués et se met à la guitare « pour séduire les filles ». Chez Pomme, petit restaurant de la rue Lepic fréquenté par Louis Bardot, père de Brigitte, il s’essaie à l’écriture.

Après son service militaire en Algérie, Rivière met en musique, à la demande de Louis Bardot, un poème de Charles Cros, Sidonie, que Brigitte Bardot interprète dans Vie Privée, de Louis Malle. Dès 1962, il embarque avec Claude Bolling pour Saint-Germain du Brésil, puis est l’artisan du premier album de Bardot : une entrée fracassante dans le monde de la chanson.
Sa carrière se forge au fil du compagnonnage, avec tous ces « amis venus des nuages, avec soleil et pluie comme simple bagage », cette Amitié interprétée en 1967 par Françoise Hardy, dont Jean-Max Rivière écrit les paroles et Gérard Bourgeois la musique.

C’est avec ce duo complémentaire et prolifique que sa carrière s’envole. Ensemble, ils composent une grande partie du répertoire de Bardot (La Madrague, Moi, je joue, A la fin de l’été, Ce soir on déménage…), signent des titres pour Michèle Arnaud, Gréco, Delpech, Dalida, Sylvie Vartan, et créent une maison d’édition à l’origine de Wight is Wight ou de Comme un garçon. « Une association de choc pour dames sensibles et chanteuse qui cherche de bonnes chansons » selon Gréco, qui adorait annoncer leurs chansons en scène.

Séparé de Bourgeois au début des années 1970, Rivière poursuit sa route, avec la comédie musicale La Révolution française co-écrite avec Alain Boublil (1973) et composée par Claude-Michel Schönberg et Raymond Jeannot, le 1er opéra rock français. Il poursuit son travail de parolier en parallèle d’une carrière d’éditeur et de producteur. Il accompagne ou révèle de nombreux créateurs — Didier Barbelivien, Jean-Michel Caradec, Jim Larriaga — et produit Charlotte Julian, Carlos, Martine Clémenceau, Jesse Garon ou Marie Laforêt. Dans les années 2000, il est soutien inconditionnel des Sea Girls, groupe cofondé par sa fille Prunella.
Jean-Max Rivière disait avoir « une tendresse folle pour les gens qui se sont réunis autour d’une table en 1851 (…) éditeurs, auteurs et compositeurs… et se sont retroussé les manches pour créer une mutuelle, une coopérative qui s’est appelée la Sacem ». Il en fut le vice-président, entra au Comité d’éthique, au Conseil de surveillance ainsi qu’à la commission mémoire et patrimoine, au Conseil de la Smacem et au Comité du cœur. Retrouvant ses fondamentaux : être « asocial social, passant passeur », selon ses propres termes.

« Jean-Max Rivière était un homme simple. Pas le genre à « rouler des mécaniques » de sa guitare ni à se gargariser de phrases aussi sonores que creuses. Sa plume était directe, sensible et faisait mouche, droit au cœur. Il semblait presque s’excuser du succès de quelques-unes de ses chansons. Il vient de nous quitter pour aller rejoindre certains de ses grands interprètes, Serge, Juliette, Françoise. Et c’est bien la première fois que j’ai quelque chose à lui reprocher. » Claude Lemesle, auteur, Président d’honneur de la Sacem

« Parolier discret mais immense, Jean-Max Rivière a façonné des chansons qui ont accompagné plusieurs générations, soutenu et révélé de nombreux artistes, et construit, grâce à sa plume, un véritable patrimoine de la chanson française. Homme engagé et généreux, il a consacré les vingt dernières années de sa vie à défendre les auteurs et compositeurs, le droit d’auteur et la gestion collective, en assumant les plus hautes responsabilités au sein de la Sacem.
Jean-Max Rivière aura été un bâtisseur infatigable, un passeur de talents et d’émotions, laissant des œuvres devenues cultes et portant avec la même ardeur ceux qui les écrivent, les composent et les font vivre. Il m'a reçu récemment chez lui à Royan, pour me parler avec humour et passion de ses projets. Il souhaitait prendre des nouvelles de ce qu'il appelait avec tendresse et affection "notre maison". La Sacem qu'il chérissait et qui lui doit tant. »
Patrick Sigwalt, compositeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem

Découvrez un entretien Sacem réalisé en 2018 où il évoque sa carrière et évoque de nombreux souvenirs.

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Publié le 17 novembre 2025 - (c) Marc Chesneau/Sacem