
« L'arrangeur apporte des couleurs et des harmonies à une composition qui, sans lui, aurait pu demeurer en noir et blanc...» Qui mieux que lui même aurait pu ainsi définir le métier qu'il exerça avec tant de talent ? S'il fallait énumérer toutes les œuvres qu'il a créées ou auxquelles il a participé, une encyclopédie y suffirait à peine. Tout commence le 29 juin 1944, date à laquelle le petit Christian voit le jour dans la cité phocéenne. Une maman passionnée de chansons, un grand-père amateur d'opéra : il n'en faut pas plus pour que le bambin découvre très tôt la magie du piano. Il débute des études au conservatoire dès l'âge de neuf ans, où il rafle plusieurs premiers prix, piano et solfège.
A peine trois ans plus tard, le voilà pianiste dans une pizzeria locale, dont les consommateurs, ravis, garnissent son chapeau de généreux pourboires. A dix-sept ans, il fonde son premier orchestre, tout en apprenant, seul, l'art des arrangements à l'écoute, entre autres, des œuvres de Vivaldi. Plus tard, il découvrira les arcanes du jazz grâce à un disque du saxophoniste Coleman Hawkins. Il décide alors de tenter sa chance à Paris.
Là, le chef d'orchestre Paul Mauriat, à l'époque auréolé de son succès « Love is blue», l'introduit auprès d'artistes comme Mireille Mathieu et Charles Aznavour. Pour ce dernier, il crée, entre beaucoup d'autres, les arrangements de son historique et précurseur « Comme ils disent », ainsi que du classique « Emmenez moi ».
Le début d'une carrière vertigineuse, qui le voit composer et arranger pour la crème de la chanson française, de Gilbert Bécaud à Johnny Hallyday, de Mort Shuman (« Papa Tango Charly ») à Gérard Lenorman, de Serge Lama à Guy Marchand, de Nicole Croisille (« Téléphone moi ») à Mireille Mathieu (« Paris un Tango »), de Nicole Rieu à Céline Dion (« La do do la do »), sans oublier Serge Gainsbourg et Eddy Mitchell (« Vieille Canaille »), Claude François ou Cerrone.
Au cours des années 1970, sa rencontre avec le compositeur Francis Lai propulse le jeune arrangeur dans l'univers du cinéma. De Love Story (Oscar 1971 de la musique de film) à la plupart des longs métrages de Claude Lelouch, Vivre pour Vivre, Itinéraire d'un enfant gâté, Edith et Marcel, L'Aventure c'est l'aventure ou La vie, l'amour, la mort. Il met également en musique les images de réalisateurs comme Bob Swaim, François Reichenbach, Nicolas Gessner ou Francis Leroi, tout en composant pour la télévision les génériques des trente-sept épisodes de la série Nestor Burma avec Guy Marchand. Clin d'oeil du musicien au monde de la comédie, il joue même des petits rôles dans quelques films comme La Balance de Bob Swaim, dans lequel il interprète... un vilain tueur.
Plus jeune chef d'orchestre à diriger le Royal Philharmonic Orchestra, en 1974 au Royal Albert Hall, il manie également la baguette pour des émissions de télévision comme Le Grand Echiquier, et rend hommage à son ami Francis Lai avec l’orchestre des Hauts de Seine, pour le festival Musique et cinéma d'Auxerre en 2005. Sa passion du jazz l'amène à fonder l'orchestre Ligne Sud Trio en compagnie d'André Ceccarelli et Jannick Top, avant d'enregistrer en 2022 l'album Sans Frontière, piano, guitare et mandoline. Un disque dont le titre résume à lui seul l'itinéraire hors pair de cet infatigable voyageur des rythmes et des harmonies.
Admis à la Sacem en 1967, Christian Gaubert a été promu Sociétaire définitif en 1973. Il a été membre de la Commission des Variétés de 1998 à 1992, piuis et de la Commission de l'Audiovisuel de 1993 à 2002. Il en fut d’ailleurs le président en 2000-2001. Elu au Conseil d'administration de la Sacem en 2002, il a exercé plusieurs mandats de trésorier et trésorier adjoint entre 2007 et 2017 En 1974, il avait reçu le prix Sacem de la musique symphonique légère et, en 2013, été promu officier de l'ordre des Arts et des Lettres.
« Élégante, humaine, profondément musicale, l’œuvre de Christian Gaubert accompagne les images et les voix avec une justesse rare, sans jamais céder à l’effet. Il avait l’art de servir la musique avant lui-même. Cette discrétion, alliée à une exigence absolue, est sans doute ce qui rend son héritage si précieux. Son élégance et son humanité se sont aussi exprimées dans son engagement sans faille au sein de la Sacem, engagement pour lequel nous lui sommes profondément reconnaissants. »
Patrick Sigwalt, compositeur, président du Conseil d’adminstration de la Sacem.
« Christian avait le charme discret des grands. Lui-même compositeur de classe, il savait comme personne sublimer les mélodies des unes et des autres. Ses orchestrations étaient des petits chefs d'oeuvre d'intelligence et de sensibilité. L'avoir comme collaborateur était une chance, comme ami, un privilège. Il est parti diriger le concert des étoiles et sa parole chaleureuse et chantante nous manque déjà.»
Claude Lemesle, auteur, président d'honneur du Conseil d’administration de la Sacem.
Publié le 15 décembre 2025
Vidéo
Un entretien inédit, réalisé en 2022, est à retrouver ici.