
Sur les plateaux des talk-shows, il y a des snipers ; dans l’ombre des interprètes, des « textueurs ». « Comme j’aime le rock, je me suis inventé [ce] métier parce que parolier, c’est ronflant », confiait, le verbe libre, Henry-Paul Steimen, dit Henry Stemen, en 2016 sur la chaîne YouTube Y a comme un air.
Né à Paris le 3 avril 1950, ce touche-à-tout, auteur, scénariste, dialoguiste, compositeur et comédien « quand ça l’amusait », s’est éteint le 15 décembre 2025 à l’âge de 75 ans.
Après avoir été élève au lycée Claude-Bernard, à Paris (XVIᵉ arr.), Henry-Paul Steimen poursuit ses études à l’université de Nanterre et en école de journalisme. C’est à cette époque qu’il entre à la Sacem en qualité d’auteur, le 3 octobre 1971, à la faveur de collaborations qui marqueront les années 1970 et 1980.
En 1973, neuf ans après avoir été « électrisé » par le premier passage des Beatles à l’Olympia, il signe les paroles du 45-tours La Règle du jeu / Danseur étoile de David Rochline, artiste de la scène underground parisienne et admirateur de David Bowie, sur des musiques composées par un certain Alain Bashung. De rencontre en rencontre, le « textueur » prête sa plume à Michel Fugain, sur le titre blues-rock La Fille de Rockefeller en 1985, ou encore à Gérard Lenorman, notamment sur les albums Fière et nippone (1985) et Heureux qui communique (1988).
Promu sociétaire définitif en tant qu’auteur à la Sacem le 29 avril 1993, il devient sociétaire en tant que compositeur le 14 juin de la même année. Il contribue à relancer la carrière de Michel Delpech avec le neuvième album du chanteur, Le Roi de rien, publié en 1997 — il reçoit le grand prix de l’UNAC (Union nationale des auteurs et compositeurs) la même année. La chanson éponyme, « parlant d’un homme qui renaît à la vie et s’aperçoit qu’il est le roi de rien », était le texte dont il est le plus fier.
En parallèle, ce « jongleur d’idées » s’épanouit dans la sphère audiovisuelle. Il multiplie les adaptations de dialogues en version française pour le doublage de séries et de films, allant de la romance chorégraphique culte d’Emile Ardolino, Dirty Dancing, au délirant Beetlejuice de Tim Burton, sans oublier le chef-d’œuvre antimilitariste M.A.S.H. de Robert Altman.
Concepteur et scénariste de nombreux dessins animés, il travaille pour une large gamme de chaînes de télévision (TF1, M6, France Télévisions, MTV…). Il contribue surtout à la création de l’émission jeunesse culte de Canal+, Décode pas Bunny, diffusée de 1988 à 2000. Il y fait parler Bugs Bunny sur des images doublées et détournées de cartoons.
En 2014, après avoir pris sous son aile le musicien Wilfried Hubert, alias Willy Bird, il monte avec lui le duo comique Les Couvre-chefs. Une manière de sortir de l’ombre ? Qu’il écrive pour les autres, les accompagne comme conseiller artistique ou qu’il navigue entre différents médiums, Henry-Paul Steimen aura consacré sa vie à l’art de raconter des histoires, avec panache, au service des autres et du beau.
« Auteur hors norme, Henry Stemen a traversé les disciplines avec une passion intacte. De la chanson aux cartoons, du cinéma à la télévision et à la scène, il a bâti une œuvre prolifique et singulière, portée jusqu’au bout par un engagement constant au service de la création et des artistes. » Patrick Sigwalt, compositeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem
« Électron libre, éclectique et fantasque, fou de rock, mais tout aussi amoureux de belle écriture, Henry a vécu ce qu'il n'aurait sûrement pas appelé une carrière avec l'appétit juvénile d'un éternel débutant. Curieux de tout, il a jusqu'au bout nourri sa vieille passion sans jamais oublier d'aider passionnément les jeunes. Il va laisser dans notre univers quelquefois si calibré une trace très personnelle, insolente et insolite. » Claude Lemesle, auteur, Président d’honneur de la Sacem
Publié le 18 décembre 2025