
À la fin des années 1990, le rap français est en pleine recomposition : aux figures fondatrices IAM, NTM et MC Solaar succède une génération d’artistes qui réussit le double pari d'installer durablement le rap dans le paysage musical tout en conservant son exigence formelle et son éthique du combat.
Parmi eux, le duo Ärsenik, composé des deux frères Lino et Calbo, et fondé à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), se distingue par une écriture racée, en prise directe avec le réel. Repéré sur la compilation Hostile puis signé sur le label Secteur Ä (Doc Gyneco, Ministère A.M.E.R.), le groupe publie en 1998 l'album Quelques gouttes suffisent… Porté par le hit « Boxe avec les mots » et son sample de J.-S. Bach, certifié double disque d’or, il devient le nouveau mètre étalon du rap français.
Détaché du modèle américain, inspiré par la réalité d’ici, Calbo s'y illustre par une écriture sombre et engagée, une narration à la première personne où dialoguent l’intime et le collectif. Capable d’une grande musicalité comme des rimes les plus frontales, il aborde les réalités sociales, la violence et les inégalités, redonnant ses lettres de noblesse au rap conscient. Une posture artistique et éthique que résume sa punchline devenue culte : « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? ». Économie d'effets, précision des images et profondeur émotionnelle ; la marque des géants.
Membre du collectif franco-congolais Bisso Na Bisso, il est de tous les grands rendez-vous : de l’Olympia du Secteur Ä jusqu’au festival Urban Peace, tandis qu'en 2002 paraît Quelque chose a survécu, second album d’Ärsenik. L’année suivante, il devient en tant qu’auteur, sociétaire professionnel de la Sacem avant d’y faire son entrée comme compositeur en juillet 2006.
Flow sentencieux et silhouette imposante, Calbo appartient à cette génération pour qui le rap demeure un lieu de responsabilité et de transmission. Si Ärsenik s’est fait discret dans les années 2010, lui n’a quitté ni la musique ni le rap, enregistrant plusieurs singles tout en animant des ateliers d'écriture avec son association Ozer, avant de publier en 2022 son premier disque solo, Quelque gouttes de plus. En août 2025, il montait sur la scène du Demi-Festival (Sète) puis sur celle de l'Olympia, aux côtés de Pit Baccardi, rappelant à un public intergénérationnel la force intacte de son verbe et de son engagement. Entré à la Sacem en 2003 en qualité d'auteur, puis de compositeur en 2006, il laisse aujourd'hui un héritage précieux : celui d’un rap exigeant, qui pense, raconte et prend position. Une musique qui ne cherche pas la lumière mais laisse une trace indélébile.
« La disparition de Calbony M'Bani, dit Calbo, nous touche profondément. Par son œuvre personnelle et son rôle au sein du groupe Arsenik, il a laissé une empreinte légendaire dans l'histoire du rap français.
Son écriture, comme en témoigne ces mots "Qui prétend faire du rap sans prendre position" demeure. La commission des variétés de la Sacem salue sa mémoire et adresse ses pensées à sa famille et à ses proches. »
Teddy Corona, Commissaire de la commission des variétés Sacem.
« Calbony M’Bani fut avant tout un auteur : un écrivain du réel, attentif à la justesse des mots et à leur portée. Figure de proue d'une génération pour qui le rap engageait pleinement l’artiste. Par son écriture précise, sa parole droite et son sens de la transmission, il a marqué durablement la musique française. » Patrick Sigwalt, compositeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem.
(c) Aurélien Morissard/Panoramic/Bestimage