
Elle aimait les titres à l’imaginaire malicieux : Miremiroirs, Flûte et zut et flûte, Les fous de bas… son ou encore Le diplovegetaloordinatoanthropodocus. Derrière une rigueur d’apparence, Monic Cecconi-Botella n’a jamais cessé de cultiver l‘humour et le goût de la poésie, mettant en musique des textes de Jean Cocteau ou de Philippe Soupault.
Née le 30 septembre 1936 à Courbevoie dans une famille de chirugiens-dentistes, elle se consacre très tôt à la musique. Elle étudie le piano, notamment auprès d'Yvonne Lefébure. Mais, paralysée par le trac, elle échoue à 16 ans au concours d'entrée au Conservatoire de Paris. La ténacité l‘emporte pourtant sur la timidité : elle intègre la classe d’harmonie de Maurice Duruflé au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), où elle obtient successivement les premiers prix de fugue, d’harmonie et de contrepoint, avant de rejoindre la classe de composition de Jean Rivier.
Élève un temps d'Henri Dutilleux, elle obtient en 1967 le Premier Grand prix de Rome. Elle devient ainsi l'une des onze femmes compositrices à accéder à la Villa Médicis depuis la création du Prix de Rome en 1803...
À son retour d'Italie, elle devient professeure au Conservatoire d'Aubervilliers. Parallèlement, elle intègre le 13 avril 1967 la Sacem, dont elle devient la première sociétaire définitive Honoris Causa en qualité de compositrice.
Esprit libre, indépendante, soucieuse de lutter contre les cloisonnements esthétiques, Monic Cecconi-Botella participe en 1973, aux côtés de Tristan Murail et Roger Tessier, à la fondation de l'ensemble L'Itinéraire dont l'objectif est de promouvoir les jeunes compositeurs. Elle partage alors sa vie entre composition et transmission, enseignant l’analyse musicale au CNSMDP de 1982 à 2002. Des générations d’étudiants gardent le souvenir d’une enseignante rigoureuse, mais profondément sincère.
La musique de Monic Cecconi-Botella a eu les honneurs des plus grands interprètes : le chef d'orchestre Rudolf Kempe a créé ses Mosaïques pour percussion et orchestre et l'immense William Christie son Conte glacé pour clavecin. Mais c'est bien la passion du chant qui la guide tout au long de sa carrière, avec près de 24 cycles de mélodies, huit opéras, dont quatre pour enfants. Et sa volonté sans faille de promouvoir le chant, avec la création des rencontres "A Portée de voix" à Enghien ou du festival des "Saisons de la voix" à Gordes. Un parcours couronné en 2011 par sa nomination au grade de chevalier de la Légion d'Honneur.
Monic Cecconi-Botella s'est éteinte le 28 décembre 2025 à l'âge de 89 ans à Gordes, en Provence, où elle s'était installée en 2002.
« Femme de conviction, compositrice reconnue et pédagogue exigeante, Monic Cecconi-Botella n’a jamais cessé de décloisonner les esthétiques et de défendre la voix. Son parcours exemplaire, source d’inspiration pour plusieurs générations de musiciens, rappelle que la musique est un art du partage, de la liberté et de la transmission. » Patrick Sigwalt, compositeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem.
« Personnalité libre et passionnée, Monic Cecconi-Botella n’a jamais privilégié une esthétique de musique contemporaine. Elle est restée ouverte à toutes les découvertes musicales et a su mener parallèlement à sa carrière de compositrice, des activités de pédagogue rigoureuse, d’organisatrice de festivals et de conférencière. Une femme multifacette qui s'est imposée dans le milieu musical contemporain. » Nelly Quérol, éditrice, ancienne administratrice de la Sacem.