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Hommage
Michel Portal
Le souffle de l’urgence

Clarinettiste classique et contemporain d’exception, compositeur de musiques de film lauréat de trois César, figure majeure de la scène jazz, il a accompagné aussi quelques icônes de la chanson. Michel Portal vient de nous quitter le 12 février. Il avait 90 ans.

Longtemps, sa clarinette fut réservée aux répertoires classique (Brahms, Bartok ou Mozart) et contemporain (Stockhausen, Berio, Boulez, Ferrari, Donatoni). Pour ses escapades côté jazz, cinéma ou chanson, il gambade de la clarinette basse au sax alto. Ou à ce bandonéon qui a pour lui un parfum d’enfance et d’innocence retrouvée.
Né à Bayonne le 27 novembre 1935, bals et bandas sont sa première bande son. Une enfance où il est porté par des professeurs de clarinette qui l’encouragent à poursuivre sa formation au Conservatoire de Paris. Premier Prix de clarinette en 1959, il remporte les prestigieux concours de Genève en 1963 et de Budapest en 1965.

Au même moment, il est d’autant mieux repéré par de fameux arrangeurs (Ivan Jullien, Alain Goraguer, Aimé Barelli…) qu’il a ajouté saxophones et clarinette basse à sa panoplie. Il accompagne Serge Gainsbourg, Barbara ou Claude Nougaro avec flamme et sensibilité. Il compose même quelques chansons pour le Toulousain : « La clé », « Toutes les filles m’ont suivi » et « Demain je chanterai… ».

Improvisation et composition, la gourmandise partagée

La fin des années soixante est le moment où il se lance dans l’aventure de l’improvisation, y compris dans la musique contemporaine avec le quartet New Phonic Art. D’emblée, l’art d’effacer les frontières. Idem quand il signe en 1981 le générique du Droit de réponse de Michel Polac à la télévision. Et voilà qu’il se prend de passion pour la composition, enchaînant une cinquantaine de musiques de film qui lui vaudront trois César, pour Le Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne en 1983, Les Cavaliers de l’orage de Gérard Vergez en 1985, et Champ d’honneur de Jean-Pierre Denis en 1988. En 1990 et 95, il obtiendra deux 7 d’or pour ses scores de L’Ami Giono et d’Eugénie Grandet. Là aussi, près de cinquante musiques pour des séries ou émissions télévisées !

Quand il se lance à corps perdu dans l’aventure d’un jazz décomplexé vis-à-vis du modèle américain, aucun dédain, juste le désir de trouver un autre chemin. Oubliés les standards, il signe la quasi-intégralité du répertoire, souvent des mélodies à chanter et à danser. Quand on naît Basque, on l’assume…Les titres de ses albums en disent long sur le sentiment d’urgence qui anime Michel Portal : Alors !!!, Splendid Yzment, ¡Dejarme solo!, Turbulence, Any Way

La force de l’intranquillité

Ce qui frappe aussi, sur toutes ces années, c’est la gourmandise de Portal pour les rencontres. Fulgurantes, éblouissantes. Des duos de funambules avec Martial Solal, Richard Galliano, Louis Sclavis, Sylvain Luc, Bojan Z, Vincent Peirani. Mais aussi des rencontres avec la rythmique de Prince à Minneapolis, les pointures du jazz européen ou les nouvelles têtes de la scène new-yorkaise. À chaque fois, il invite ses musiciens à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Son autoportrait : « Des musiciens de jazz ont pu me dire que je n’étais pas un jazzman… Et des classiques, que je n’étais pas un classique… C’est possible. Je réponds toujours que je suis musicien. J’ai peur de tricher avec la musique. Mon itinéraire n’a pas de frontières, dans ce sentiment de liberté que l’on ressent lorsqu’on est un enfant. »

Il était entré à la Sacem en qualité de compositeur le 12 janvier 1967 et fut promu Sociétaire définitif le 5 avril 1979.

« J’ai eu le bonheur et la chance de travailler avec Michel Portal. Outre son immense talent, il a eu la générosité de mettre sa notoriété et son expérience au service de la communauté des compositeurs en acceptant d’être le Président de l’U2C ( Union des Compositrices et des Compositeurs de musique pour l’image ) L’apanage des grands ! » Patrick Sigwalt, compositeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem.

« J'ai eu la chance de rencontrer plein de gens extraordinaires dans les métiers de la musique, mais Michel Portal, lui, l'était extraordinairement. Un talent fou, une humanité lisible dans son regard timide et toujours cet air de s'excuser, cette humilité sincère, ce je ne sais quoi d'un peu perdu, la marque des vrais grands. Quelle chance de connaître des êtres tels que lui, interprète, créateur et humain hors norme, hors concours. » Claude Lemesle, auteur, Président d’honneur de la Sacem.

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