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Hommage
Loïc Barrouk
Le magicien de la Bastille

Patron attentif, fonctionnant à l’instinct, Loïc Barrouk a fait du Café de la Danse, ouvert en 1991, un terrain d’expérimentation musicale, une riche plateforme d’échange dont Paris, ville cosmopolite, est friande.

D’emblée, Loïc Barrouk sait profiter du décor à tendance industrielle (mur de pierres, escaliers de fer) de sa petite salle sise à deux pas de la rue de Lappe, où il avait passé son enfance, naguère célébrée par Francis Lemarque. Les atmosphères sont tout aussi variées que les artistes invités. Une ligne directrice pourtant, un éclectisme de qualité – rock élégant, chanson française, musiques du monde. Activiste du bon goût, Loïc Barrouk accueille avec la même empathie Cheikha Remitti, Brigitte Fontaine, Jean-Louis Murat, Cat Power et même Kylie Minogue. Quand, en 1995, Radiohead y donne son premier concert public à Paris et que Diana Ross est dans la salle, le patron est aux anges. Heureux aussi, quand en 2023, il réalise un rêve de fan, y voir un concert du Québécois Patrick Watson.
Né le 21 avril 1966 à Bourg-la-Reine, Loïc Barrouk est décédé le 21 mars 2026 à Paris, à l’âge de 59 ans.

De mère en fils

Loïc apprend de sa mère, Sylvia Uzan, les arcanes des nuits parisiennes, où elle a apporté l’excellence du tango, via Les Trottoirs de Buenos-Aires, inaugurés rue des Lombards à Paris en 1981. Loïc et sa mère appartiennent à une famille française d’origine juive tunisienne, qui gère plusieurs restaurants à Paris. A la fin des années 1980, le jeune homme fait ses classes aux Trottoirs, observant la fine fleur des artistes hispano-américains, Susana Rinaldi, Roberto Goyeneche ou Atahualpa Yupanqui…

Près de la Bastille, une salle jusque-là consacrée à la danse cherche un repreneur. Loïc et sa mère Sylvia, en devinent le potentiel. Elle est une activiste culturelle, lui un entrepreneur, un inventeur même. Au gré des convenances et des réglementations (bruit notamment), la salle est reconfigurée - 250 places assises sur des gradins de bois, ou 500 places debout/assis. On y aménage un bar en rez-de-chaussée, une mezzanine avec vue, un espace pour des expositions bimestrielles, où rien n’est à vendre.

Le sens des formules

Patron multitâche, voyageur et imaginatif, Loïc Barrouk accueille créations, artistes en tournées, show cases, mais surtout il crée des formats. En 1996, il lance les Belles Nuits du Ramadan : youyous, thé à la menthe, flamenco arabe, techno berbère, en passant par le qawwali pakistanais ou le judéo-arabe de Lili Boniche. Loïc s’occupe des décors, écume les brocantes, achète des tapis…
En onze ans d’existence, ces Nuits ont présidé à l’union de tous les Orients, une fierté pour ce partisan de la neutralité artistique. Autre exemple. Plus tard, Loïc prête gratuitement sa salle au FAIR (dispositif de soutien au développement de carrières et de professionnalisation en Musiques Actuelles), désireux d’y présenter ses lauréats. En 2007, avec le label La Familia qui vient de se créer avec Alexis HK, Loïc Barrouk imagine des soirées « Ouvrez les Guillemets » : trois artistes par soir, un connu, deux en développement, tous payés pareil. Et voici venir Jeanne Cherhal, Albin de la Simone, Babx… Et comme le boss du Passage Louis Philippe ne s’arrête jamais, il créé en 2018 le LA Café, label de disque indépendant, où il publie et développe Caravan Palace, Gush ou Melissa Bon.
A la question : « Qu’avez-vous réussi de mieux dans votre vie ? », Loïc répondait : « Mettre de l’amour dans mon équipe ».
Il était le représentant légal de la société « Café de la Danse, de la Musique et des Arts » adhérente à la Sacem le 12 juillet 2006.

« Loïc a toujours accueilli et célébré les créateurs au "Café de la danse" avec sa gentillesse sincère et sa passion éclectique de la musique. Quel beau souvenir et quelle tristesse aujourd'hui de savoir cet amoureux du spectacle vivant passé de l'autre côté de la scène ! Absent de nos plateaux, mais pas de nos cœurs. » Claude Lemesle, auteur, Président d’honneur de la Sacem.

« Amplificateur bienveillant, Loïc Barrouk avançait à l’intuition, mais toujours au service des artistes. Il était de ceux qui regardent, écoutent et comprennent profondément la création, et qui savent en démultiplier la portée avec justesse et humanité. Nous sommes nombreux à savoir combien son attention a contribué à faire grandir nos univers. » Patrick Sigwalt, compositeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem.