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Hommage
Romuald Figuier
Enfant du cirque

Compositeur, chanteur de charme, de l’Eurovision aux studios de cinéma, Romuald Figuier laisse derrière lui le portrait d’un artiste profondément attaché au spectacle vivant et à la musique populaire.

Petit-fils du fondateur du Nouveau Cirque en 1923, Romuald Figuier a fait son apprentissage artistique au sein de prestigieuses familles circassiennes. Il lui en restera un sens aigu du public populaire. Neveu par alliance du célèbre clown Achille Zavatta - avec qui il a composé de nombreux thèmes musicaux-, lié aux Grüss par sa nièce Nathalie, Romuald a ainsi été célébré à sa mort, le 12 mai 2026 par le Cirque Alexandre Bouglione, auquel sa sœur Emma s’était liée par mariage : « Romuald faisait partie de la communauté des gens du voyage. Un véritable artiste touche-à-tout, qui a écrit des chansons, composé des morceaux (y compris pour le cinéma), joué la comédie, dansé et jonglé ».

Né le 9 mai 1938, au milieu des rumeurs marines de Saint-Pol-de-Léon (Finistère), Romuald est décédé dans les douceurs cannoises, à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Compositeur, il était entré à la Sacem le 9 janvier 1968, avant d’être promu Sociétaire définitif le 14 avril 1983.

Fin crooner en époque yéyé

Acrobate, saxophoniste, il intègre au début des années 1960 l’orchestre de Nino Nardini puis le Radio Circus avec Roger Lanzac. Chanteur, il se produit chez Patachou accompagné au piano par Michel Colombier, mène une carrière de choriste. En 1962, il rejoint les Branquignols, la troupe de Robert Dhéry, pour La Grosse Valse créé au Théâtre des Variétés. « Je jouais treize personnages, expliquait-il. Fakir, photographe, homme du monde ».

Sourire large, voix posée, charmante, Romuald incarne son époque, celle du rock en fleurs, mais aussi des crooners, des vestes à paillettes et des chansons d’amour richement orchestrées. En 1963, il publie un premier 45 Tours, Ma plus belle année et Je suis là (paroles de Pierre Barouh) aux disques AZ. Suivront Tous les métros ou L’Amour est gris, puis une trentaine de 45 Tours, jusqu’en 1984.

Il s’impose au cinéma sans apparaître à l’écran, en doublant au chant l’acteur George Chakiris dans Les demoiselles de Rochefort (1967) de Jacques Demy.

L’attrait des concours internationaux

L’interprète-compositeur adore les concours, leurs ambiances, leurs publics. Il sera trois fois inscrit à l’Eurovision : en 1964, avec Où sont-elles passées ? (Francis Lai/Pierre Barouh) où il représente la Principauté de Monaco, en 1969 (pour le Luxembourg), avec Catherine (Paul Mauriat/André Pascal), en 1974 (pour Monaco) avec Celui qui reste et celui qui s’en va (Michel Jourdan/Jean-Pierre Bourtayre).

En 1968, il concourt au Festival international de la chanson de Rio au Brésil (pour Andorre), avec Le Bruit des Vagues (Pascal Sevran et Serge Lebrail/Romuald Figuier). En 1973, il représente la France au Festival de Viña del Mar au Chili, avec Laisse-moi le temps (Michel Jourdan/Caravelli et Romuald Figuier). Repérée par Paul Anka, la chanson devient Let me Try Again chez Frank Sinatra.

Par la suite, l’artiste compose des musiques de films, dont la B.O. des Intrus de Sergio Gobbi en 1972, souvent en collaboration avec l’arrangeur Claude Germain. A la fin des années 1980, Romuald Figuier devient le Monsieur Loyal du Cirque Bouglione, avant de se retirer discrètement des affaires et de la chanson.

« En 1961, Ervin Drake avait écrit "It was a very good year" que le grand Frank Sinatra, "The Voice", avait reprise. À une époque où les versions françaises des succès étrangers ne faisaient pas toujours honneur à l'oeuvre originale, Romuald, sous la plume d'Eddy Marnay, avait réussi un magnifique enregistrement, l'interprétation d'un crooner émouvant et exigeant, "Ma plus belle année". Cette chanson reste dans ma mémoire le symbole de la jeunesse et du succès et la voix de Romuald une madeleine de Proust élégamment nostalgique. » Claude Lemesle, auteur, Président d’honneur de la Sacem.

Publié le 29 mai 2026

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