exposition
La bande-son de notre adolescence
Hymne de la génération X au début des années 1990, ce titre de Nirvana symbolise à lui seul l’adolescence, ses tourments et ses angoisses existentielles.
Kurt Cobain, l’iconique leader du groupe, disparu il y a 30 ans, déclara lui-même dans une interview à la sortie de l’album : « Nous nous sentons encore comme des adolescents parce que nous ne suivons pas les règles de conduite que l'on attend de nous en tant qu'adultes. »
L’adolescence est un âge de bouleversements physiques et psychiques, de confusion et de contradictions, où l’on construit sa personnalité, son identité. On se cherche. On cherche sa place dans le monde. Et en ce temps d’exacerbation des sens, la musique joue un rôle primordial, et rythme nos vies. Elle nous accompagne et nous soutient, se fait l’écho de nos émotions, de nos doutes, de nos amitiés, comme de nos premiers émois amoureux.
L’exposition de la Documentation de Radio France, sous les auspices de l’ange tutélaire du grunge, et de notre parrain Eddy de Pretto, vous invite à parcourir la bande-son de nos adolescences, en huit chapitres, des années 1950 à aujourd’hui, avec une sélection d’albums et de titres qui ont marqué leur époque.
Textes : Virginie Vincienne, Marion Guilhen, Romain Couturier, Joséphine Laffaille.
Documentalistes Radio France : Noémie Boncourt, Romain Couturier, Loic Delacourt, Zoé Fernandez, Marion Guilhen, Joséphine Lafaille, Grégoire Poupel, Annelise Signoret, Qiting Wang.
Scénographie / Graphisme : Nuits Blanches Studios : Samuel Bonnet & Camille Moragues.
1950-1959
C’est en avril 1954, il y a tout juste 70 ans, que Bill Haley et son groupe The Comets enregistrent Rock Around the Clock, titre emblématique d’un nouveau genre musical, le Rock and Roll qui déferlera bientôt dans le monde entier, popularisé par des artistes comme Elvis Presley, Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis… et qui deviendra rapidement la musique des teenagers, en quête de liberté, remettant en cause les valeurs traditionnelles établies par la société.
En France Edith Piaf et Charles Trenet occupent encore une grande place dans la chanson, mais une nouvelle génération d’artistes connait ses premiers succès : Ils s’appellent Georges Brassens, Gilbert Bécaud, Juliette Greco… En 1956, Henri Salvador, sous le pseudonyme d’Henri Cording, enregistre des titres parodiant le Rock and Roll sur des textes de Boris Vian, dont le fameux Dis-moi qu'tu m'aimes rock et, en 1957, Dalida rencontre le succès avec Bambino.

1960-1969
Fin 1963, la Beatlemania s’empare du Royaume Uni puis s’exporte de l’autre côté de l’Atlantique début 1964. En 1965, les Rolling Stones écrivent leur légende avec le single (I Can’t Get No) Satisfaction. Aux États-Unis, en pleine guerre du Vietnam, Janis Joplin, Jefferson Airplane, The Mamas and the Papas… personnifient le mouvement hippie, épicentre de la contre-culture et de la révolution Peace and Love dont le festival de Woodstock en août 1969 restera à jamais l’emblème.
En France, dans les années 1960, les transistors et la télévision vont populariser de jeunes artistes qui reprennent alors les titres rock venus des États Unis et d’Angleterre. C’est le temps des yéyés : Johnny Hallyday, Claude François, Sylvie Vartan, Françoise Hardy…, des pantalons serrés et des blazers cintrés, l’âge d’or du 45 tours et de la revue Salut les Copains qui organise pour son premier anniversaire, le 22 juin 1963, un grand concert gratuit et en plein air, Place de la Nation à Paris, où se succèdent devant un public survolté toutes les idoles de la génération du baby-boom.

1970-1979
En 1970, les Beatles se séparent et l’ère du Glam commence. Les multiples courants du rock cohabitent, du Heavy Metal au rock progressif. Des expérimentations et rencontres avec d’autres genres musicaux, comme le jazz, les musiques électroniques et les musiques du monde, se font en tous sens. Dans la seconde moitié des seventies c’est l’essor du disco, et aussi le retour à la radicalité du rock des origines avec le mouvement punk.
En France, en 1972, Véronique Samson sort son 1er album, Amoureuse, et Maxime le Forestier son 1er album solo, Mon frère. En 1974, ABBA remporte le concours de l’Eurovision avec son titre Waterloo. En 1977, Rockollection de Laurent Voulzy est n°1 au hit-parade, tandis qu’Yves Simon écrit, compose et interprète Diabolo menthe pour le film du même nom, sur le thème des premiers sentiments amoureux. En 1978 le tube disco « made in France », Born to Be Alive, de Patrick Hernandez tourne en boucle sur les radios.

1980-1989
Dans les années 1980, la mondialisation, les nouvelles technologies, les radios libres, l’arrivée de la chaîne de télévision MTV et de ses clips, rendent la musique encore plus accessible. La production musicale explose, ainsi que le nombre de One Hit Wonders. Cette décennie voit naître des superstars comme Michael Jackson ou Madonna, mais aussi les premiers boys bands dont les leaders sont a-ha ou New Kids on the Block, adulés dans le monde entier.
Dans le même temps, de jeunes groupes veulent exprimer la réalité de leurs conditions de vie, et dénoncer les inégalités sociales. Le punk est passé par là, mais désormais la contestation n’est plus réservée à une minorité de groupes de la scène alternative comme Bérurier Noir ou la Mano Negra : le rock, le Hip-hop, la New Wave et même la chanson s’en emparent. On assiste à l’émergence de groupes féminins, de plus en plus nombreux. Lassées d’être reléguées au rang de faire-valoir et prêtes à en découdre, les riot grrrls inspirent des générations entières d’adolescentes.

1990-1999
C’est une génération Désenchantée, comme le chante Mylène Farmer en 1991, ayant grandi avec la peur du sida, la chute du mur de Berlin, la guerre du Golfe, et la hausse du chômage, qui voit naître des anti-stars telles que Kurt Cobain, des figures sans fard qui crient leur désespoir, auxquelles les ados peuvent vraiment s’identifier. Avec le titre Smells Like Teen Spirit de Nirvana, le rock indé sort de la sphère de l’underground, inondant les radios FM aux côtés des tubes de l’été, des boys et girls bands, et de la dance. Cette surmédiatisation et récupération commerciale, aux antipodes des messages véhiculés par le groupe, sera mal vécus par son leader Kurt Cobain.
Le hip-hop va connaître son âge d’or. Les ados se reconnaissent de plus en plus dans ce genre musical. Les années 1990 sont un véritable tremplin pour des groupes emblématiques comme IAM ou NTM en France, et pour de nombreux artistes de hip-hop américains.

2000-2009
Au début des années 2000, les jeunes surfent sur Internet et y découvrent la musique dématérialisée (Mp3) et le Peer to Peer. Ils s’y retrouvent et échangent sur des blogs comme Myspace, avant l’arrivée en 2004 d’un des premiers réseaux sociaux, Facebook. Né en 2001, l’IPod, va rapidement conquérir la planète, révolutionner l’écoute de la musique et transformer l’industrie musicale.
La tendance est aux artistes issus du RnB et du rap tels que Beyoncé, The Black Eyes Peas ou Eminem, même si des groupes de rock se classent toujours en tête comme The White Stripes ou Franz Ferdinand. On peut noter aussi quelques modes éphémères liées à la musique électronique comme la Tecktonik.
2010-2019 / 2020-2024
Depuis la généralisation du streaming dans les habitudes d’écoute quotidiennes, la musique ne se consomme plus en albums, mais en playlists. Spotify, YouTube, TikTok, Netfilx sont les canaux de diffusion et de découverte musicale pour la génération Z.
Du hip-hop à la pop et autre K-pop (Gangam Style de Psy en 2014 / My Universe de Coldplay & BTS en 2021), en passant par le rock indé, les jeunes ont accès à une richesse de contenus phénoménale. Valorisés par des clips aux esthétiques marquées, des artistes comme Drake, Billie Eilish, et en France Aya Nakamura, enflamment la toile. Parallèlement, une nouvelle scène francophone, à l’instar d’Eddy de Pretto, Angèle, Christine and the Queens, Pomme…, s’exprime sans tabou sur qui ils ou elles sont, questionne le genre et dénonce les discriminations, remettant ainsi en cause les normes qui régissent nos sociétés.