Née dans le sillage des lois révolutionnaires, qui posent les fondements du droit d’auteur en France, la Sacem s’inscrit dans l’histoire de la reconnaissance des activités de création comme métiers, et accompagne leur professionnalisation. Ce mouvement est amorcé en 1777, avec la création, autour de Beaumarchais, de la Société des auteurs dramatiques (refondée en 1829).
En 1839, la Société des gens de lettres est créée par George Sand, Victor Hugo, Alexandre Dumas père et Honoré de Balzac, sur une idée de ce dernier. Des écrivains comme Charles Dickens sont d’ardents défenseurs de cette reconnaissance.
En 1851, suite au fameux scandale du café des ambassadeurs, Ernest Bourget, Paul Henrion, Victor Parizot et Jules Colombier créent la Sacem.
Procédures d’admission des sociétaires, examens, étapes de leur parcours… Cette exposition vous invite à suivre les évolutions mises au point par la Sacem pour professionnaliser et encadrer légalement la discipline musicale.
Par Elsa Drouin et Romain Bigay
DEVENIR SOCIÉTAIRE
À ses débuts, les statuts de la Sacem ne définissent pas de modalités d’entrée : une simple sollicitation par courrier suffit pour pousser la porte de la Société.
Les membres (environ 350 en 1851) se prononcent ensuite pour ou contre l’admission d’un nouveau candidat lors d’un vote à « bulletins secrets », au moyen d’une boule blanche (pour) ou d’une boule noire (contre) qu’ils déposent dans un sac.
Très vite, la Sacem s'attache à réglementer et encadrer l’admission des candidats, tant pour garantir la viabilité de son fonctionnement que par souci de professionnaliser la condition d’auteur, de compositeur et d’éditeur de musique, et fixe des critères d’éligibilité.

Fixer des règles
Dès 1856, la Sacem établit un Règlement général qui définit une liste de conditions pour devenir Sociétaire. Pour être admis, le candidat doit solliciter une demande certifiée par deux « Sociétaires Définitifs » également appelés « parrains », qui se portent garants des déclarations formulées par le postulant. En 1859, ces conditions se précisent : il faut disposer d’un certain nombre d’œuvres exécutées dans un établissement public. En 1881, la Sacem établit une clause fixant un minimum de six œuvres « taxées six parts » ou « douze œuvres en collaboration », soit un nombre d’œuvres correspondant à 36 parts. Prises dans un contexte de difficultés financières, cette décision vise à limiter le nombre des « petits » auteurs, chers en frais de gestion.
Une fois ces conditions remplies, le candidat doit fournir, à l’appui de sa demande, un certain nombre de documents administratifs : photo d’identité, extrait d’acte de naissance, extrait de casier judiciaire, carte d’électeur, ou encore une autorisation maritale ou parentale lorsque le candidat est encore mineur.
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Parrainage et cooptation
A partir de 1856, devenir membre de la Sacem résulte d’un processus de cooptation. Le postulant doit s’assurer du soutien de deux parrains choisis au sein du syndicat, chargés d’appuyer sa demande. Jusqu’alors, la nomination des nouveaux adhérents était soumise au scrutin, par assis et levé, des sociétaires convoqués en assemblée générale.
En mars 1856, le nombre de membres s’élève à 525, comptant 50 noms supplémentaires en un an. À l’initiative de l’auteur Thomas Sauvage (1794-1877), la procédure est modifiée : il est désormais demandé d’être parrainé par deux sociétaires et de se rendre le mardi au comité permanent pour signer l’acte d’adhésion aux statuts.
À partir de 1935, la distinction entre membres stagiaires et définitifs oblige les jeunes postulants à se forger un réseau relationnel et complexifie l’entrée à la Sacem. Dans les années 1960, apparaît peu à peu la possibilité d’obtenir une dérogation, jusqu’à la disparition de ce système en 1971.
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Examen d'aptitude
En 1878, une nouvelle modalité est instaurée: si le dossier constitué est jugé recevable, le candidat est invité à passer un examen d’aptitude, supervisé par ses parrains. Si l’examen est jugé satisfaisant, et que le Conseil d’Administration de la Sacem statue en faveur de l’admission du nouveau candidat, les noms et qualités des postulants et de leurs parrains sont affichés au Siège social, pendant le mois suivant l’admission de la demande.
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Droits d'entrée
L’admission est actée à la signature par le candidat des pouvoirs et d’un acte d’adhésion aux statuts de la Sacem. C’est au terme de cette signature, et seulement, que le candidat est considéré comme membre de la société. À la signature des pouvoirs, le postulant doit s’acquitter d’un droit d’entrée. Le montant de celui-ci varie en fonction des périodes et des contextes économiques.
Avant 1880, il est fixé à 400 francs pour les auteurs et compositeurs et 500 francs pour les éditeurs. Mais jugé trop élevé, il passe ensuite à 200 francs. En 1948, au sortir de la guerre, l'économie hexagonale est exsangue. La Sacem n'échappe pas à ce contexte de difficultés. Contraintes à de fortes économies dans la gestion courante de la Société, ce droit d’entrée est porté à 1 000 francs pour les auteurs et compositeurs, et 5 000 francs pour les éditeurs.
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Fiche professionnelle et certificat de moralité
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, pour régulariser leur inscription et présenter un dossier complet, les nouveaux sociétaires doivent compléter et remplir une fiche professionnelle, justifiant de leurs activités passées et annexes. C’est en fait un document de renseignements qui était exigé par la Sécurité sociale, au moment de sa mise en œuvre en 1945. Dans certains cas, on leur demande de fournir un certificat de moralité, également appelé « certificat de bonne conduite, vie et mœurs ».
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Adhérer avant la majorité
Le talent d'auteur ou compositeur n'attend pas le nombre des années. Et il arrive (souvent) que des mineurs deviennent sociétaires. Alors comme pour tout acte officiel, c'est papa et/ou maman qui font les démarches, comme ce fut le cas pour Monsieur 100 000 volts... François Silly – futur Gilbert Bécaud – n’a que 19 ans lorsqu’il devient membre de la Sacem le 13 mai 1947. La législation de l’époque fixant l’âge de la majorité à 21 ans, c’est sa mère Léonie Silly, agissant en qualité de tutrice naturelle et légale, qui doit signer l’acte d’adhésion.
Originaire de Toulon, où il est né le 24 octobre 1927, le jeune François a pourtant déjà derrière lui un bagage musical appréciable : son caractère turbulent ne l’a pas empêché d’apprendre le piano avec assiduité et d’entrer au conservatoire de Nice à l’âge de 12 ans pour étudier le contrepoint, la composition et l'harmonie.
> Découvrez la chronique consacrée à cette pépite
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LES DIFFÉRENTES ÉTAPES DU SOCIÉTARIAT
Il existe différentes catégories de sociétaires, dont le statut évolue tout au long de leurs carrière. Celui-ci n’est pas déterminé par le talent, critère subjectif impossible à définir, mais par l’ancienneté du sociétaire et le montant cumulé de ses droits.
À partir de 1935, les statuts du Règlement sont modifiés par l’ajout d’une nouvelle catégorie : les adhérents. Leur nombre ayant fortement augmenté, il s’agit de rendre plus difficile l’accession au Sociétariat définitif et aux avantages qu’il offre (pension de retraite).
Vous avez dit stagiaire ?
Il n’existait auparavant que deux catégories: les membres stagiaires et les membres définitifs. À partir de 1935, on compte désormais les adhérents, les stagiaires professionnels et les sociétaires définitifs.
Ainsi, il n’est pas rare de trouver le mot « stagiaire » sur de nombreux documents administratifs de sociétaires dont la notoriété n’est pourtant plus à faire (Marguerite Monnot, Joe Dassin, Michel Polnareff, Claude François…) : il s’agit du mot employé avant 1972, aujourd’hui remplacé par le terme de « sociétaire ».
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Que signifient ces distinctions ?
Le premier stade du Sociétariat est la qualité de «membre adhérent », que l’on reçoit lors de la première admission à la Sacem. Ceux dont l’admission vient tout juste d’être prononcée par le Conseil d’Administration, entrent immédiatement dans cette première catégorie.
Ensuite, chaque statut ouvre l’accès à des droits différenciés et des avantages.
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La plus jeune sociétaire
Sarah Leroy devient membre adhérent alors qu’elle n’a pas 8 ans. Elle interprète dans un premier temps les morceaux de ses parents qu’elle accompagne régulièrement dans des foires et des expositions, puis se met à composer ses propres œuvres, comme le précise sa mère qui sollicite un bulletin d’admission dans un courrier en date du mois de décembre 1973 : « Veuillez s’il-vous-plaît nous adresser les imprimés nécessaires à l’admission de notre petite fille Sarah 6 ans et demi, à votre Société, car jusqu’ici, elle était l’interprète de nos œuvres, mais depuis le mois de juillet, elle interprète ses propres œuvres qu’elle écrit entièrement seule, notamment à bord de notre véhicule placé pendant juillet et août à Jullouville, les jours où elle se produisait, et d’autre part, dans les foires-expositions où elle nous accompagne ».
Le 15 mars 1974, elle signe son acte d’adhésion aux statuts de la Sacem, sous le pseudonyme de Sarah de Malegui.
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Les Sociétaires professionnels
Pour le devenir, il faut être membre adhérent depuis cinq ans, n’avoir jamais été sanctionné par le Conseil d’Administration, présenter 36 œuvres taxées 6 parts ou 72 en collaboration, et avoir touché un minimum de droits (dont le montant est déterminé chaque année par le Conseil d’Administration).
Le Sociétaire professionnel dispose de 16 voix à l’Assemblée Générale, contre une seule pour les adhérents simples, et il peut statuer aux commissions réglementaires.
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Les Sociétaires adjoints
Il faut être Sociétaire depuis 10 ans pour le devenir et avoir touché un minimum de droits, dont le seuil est fixé par le Conseil d’Administration. Les Sociétaires adjoints participent aux Assemblées Générales, disposent d’un droit de vote mais ne peuvent prétendre à l’éligibilité et au droit à la pension.
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Les Sociétaires définitifs
Leur promotion est entièrement soumise à l’appréciation du Conseil d’Administration. Les conditions à remplir sont plus nombreuses que pour les précédentes classes de sociétaires. Tous les ans, le Conseil d’Administration fait la liste par ordre d’ancienneté des membres remplissant ces conditions prévues, ainsi qu’un rapport sur chaque candidat : absence de sanctions, montant des sommes touchées, respect d’un montant minimum de redevances issues de l’exécution publique de ses œuvres. En se basant sur ces informations, le Conseil décide par le vote de la nomination des Sociétaires définitifs. Ce statut confère des droits et avantages. Le Sociétaire peut être élu au CA, il participe aux AG au cours desquelles sont adoptées les modifications des statuts et du règlement de la société et se déroulent les élections des membres du CA.
Ci-contre, le courrier de Jean Renoir suite à l’annonce de sa nomination à titre de Sociétaire définitif. Il fait savoir qu’il se fera représenter pour la réception de son titre, étant à cette période en voyage aux États-Unis.
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SOCIÉTAIRES D'EXCEPTION
Il peut arriver que le Conseil d’Administration dispense un postulant des formalités nécessaires à l’adhésion à la Société ou à l’accession aux statuts supérieurs du Sociétariat, notamment si la notoriété de celui-ci est bien établie.
Dans certains cas, une seule œuvre peut être jugée suffisante pour postuler à l’admission.
De même, certains candidats peuvent être dispensés d’examen d’aptitude.
Maurice Ravel, adhésion depuis le front
Maurice Ravel signe son pouvoir sans avoir subi d’examen, car il sert sous les drapeaux. Sur son acte d’adhésion, on peut lire « Fait aux armées le 29 Juillet 1916 », tandis que sur sa pochette, on lit : « Admis sans examen, le candidat étant au Front, le 31 mai 1916 ».
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Paul Éluard, poète résistant dispensé d'examen
Il fait partie des candidats qui ont bénéficé d’un « traitement de faveur ». Eugène Émile Paul Grindel n’a pas eu besoin de passer d'examen. Sous son nom de plume, Paul Éluard, il est, en 1944, très célèbre.
Comme de nombreux juifs et résistants, il s'était réfugié à partir de novembre 1943 avec Nusch, sa compagne, à l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban du docteur Lucien Bonnafé, proche des surréalistes (et aujourd'hui considéré comme le berceau de la psychiatrie institutionnelle). Mais un an plus tard, le vent a tourné, la déroute de l'Allemagne nazie est désormais inéluctable. Éluard est donc à Paris pour signer son adhésion aux statuts de la Sacem.
À la faveur de son aura, celui que l'on considère, avec Louis Aragon, comme le poète de la Résistance, est directement nommé au grade de stagiaire professionnel sans passer par celui d’auteur adhérent.
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Tout le monde connaît Paul Claudel
En 1929, Paul Claudel s'apprête à sortir l'une de ses plus célèbres pièces de théâtre, Le Soulier de satin, dont l'exécution complète dure environ onze heures. Son premier recueil de poésie, Connaissance de l'est, publié en 1900, est déjà un classique. En poste comme ambassadeur de France à Washington, il écrit à la Sacem depuis les États-Unis. Dans sa lettre, il fait état de la mise à l’affichage sans examen de son nom, comme le voulait la procédure.
Quand il postule, il est également grand officier de la Légion d’honneur. Sur sa fiche professionnelle, à la question demandant d’énumérer ses principales œuvres, il se contente d’un laconique « Tout le monde les connaît ».
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Sociétaires Honoris Causa
D’après l’article 22 des statuts, le Conseil d‘Administration a la faculté de nommer Sociétaire définitif "honoris causa" toute personnalité française ou étrangère, membre de la société dont le renom, la compétence ou l'activité exercée dans le domaine des Arts et des Lettres lui paraît justifier cette nomination. Il faut y voir le témoignage de la vive admiration de la Sacem pour le talent et les services rendus au monde de la musique.
Dans sa séance du 20 juin 1945, le Conseil d’Administration décide à l’unanimité de nommer Serge Prokofieff Sociétaire Définitif « honoris causa ». On peut lire: « Nous espérons que vous voudrez bien accepter ce titre et le considérer comme un double témoignage de vive admiration pour votre immense talent et de profonde reconnaissance pour les précieux services que vous avez rendus à la Musique ».
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Vincent Auriol, un président à la Sacem
De même, à l’occasion du banquet du 16 novembre 1950 donné en l’honneur du centenaire de la Sacem, Vincent Auriol, le président de la République, est nommé sociétaire à titre « honoris causa ». On ne sait pas grand chose des raisons de cette distinction, ni d'ailleurs de l'énigmatique phrase manuscrite, inscrite au dos du document : "Le bonheur est là / C'est ça le bonheur / Alors vous vous rendez compte / Si c'était autrement". Peut-être une oeuvre présidentielle...
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L'EXAMEN D'ENTRÉE
L’examen d’entrée à la Sacem est instauré en 1878. Une « institution » qui restera en vigueur jusqu’en 1971 et jusqu’en 1995 pour les examens de co-signature. Il s’agit pour le postulant compositeur de prouver qu’il sait lire la musique, l’écrire mais aussi l’imaginer, et pour l’aspirant auteur de faire montre de ses compétences en matière de prosodie classique, en créant, sur un sujet donné, un poème composé d’un refrain et de deux couplets.
Avec cet examen, on s’achemine vers une conception académique mais aussi normative du métier, et vers l’idée que la profession requiert des compétences particulières qui seront appréciées et sanctionnées par un examen d’aptitude qui conservera très longtemps un schéma identique.
En quoi consistait l’examen d’entrée ?
Cet examen, on s’y soumet seul et à huis clos, au siège social de la Sacem, situé au 10 rue Chaptal dans le 10e arrondissement, dans un délai réglementaire imparti d'une heure à une heure et demi.
Pour un auteur, ou chansonnier, l’examen consiste à écrire une chanson sur un sujet donné, composée le plus souvent d’un refrain et de deux couplets (ou un poème de son choix).
Pour un compositeur, il faut développer un motif musical, et, pour un compositeur-mélodiste, écrire un accompagnement sur un chant dont les paroles sont données. À quelques exceptions près : des candidats ont pu passer leur examen de mélodiste « au magnétophone », faute de savoir mettre sur papier l’écriture musicale courante.
Pour un cinéaste (catégorie qui fait son apparition à partir de 1938), il s’agit de rédiger les dialogues d’une scène dont le sujet est donné.
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Examens délocalisés
Les copies des candidats passant l’examen en région ou à l’étranger sont aussitôt mises sous pli, accompagnées d’un courrier attestant que l’examen s’est déroulé en respectant les dispositions réglementaires, et envoyées au siège social de la Sacem à Paris.
Charles Aznavour passe son examen par correspondance depuis Manhattan en 1950, dans les locaux de la Délégation Générale de la Sacem à New York…Le délégué général ne manque pas, dans son courrier, d’appuyer la candidature de l’artiste, faisant savoir que ce dernier est déjà membre de la Sacem comme auteur et « qu’il connaît actuellement beaucoup de succès à NYC ».
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Modalités administratives
Si l’examen est jugé satisfaisant, et que le Conseil d’Administration statue en faveur de l’admission du nouveau candidat, les noms et qualités du postulant et de ses parrains sont mis à l’affichage au siège social de la Sacem pendant le mois suivant l’admission de la demande. L'heureux reçu est alors convoqué au siège pour régler certaines dispositions administratives: à cette occasion, il signe son acte d’adhésion aux statuts de la Sacem, par lequel il s’engage à adhérer au règlement général de la Société, et notamment à déclarer au répertoire de la Sacem toutes ses œuvres futures.
Il remet également son pouvoir, par lequel il donne mandat à la Sacem de percevoir en son nom les droits qui peuvent lui revenir pour l’exécution publique de ses œuvres.
Enfin, il doit s’acquitter du versement d’un droit d’entrée au profit de la caisse de secours de la Société.
Échecs et déconvenues
Si le candidat échoue, il est ajourné par le Conseil d’Administration. Cet ajournement peut aller de deux mois à un an. Passé ce délai, il est libre de se représenter à l’examen. Certains échecs ont engendré l’incompréhension et l’indignation de candidats, à l’image de Charles Forge.
Ce dernier apprend qu’il a été ajourné d'un an par le Conseil d’Administration. Dans son courrier du 17 mai 1913, il demande des explications concernant la décision du Conseil d'Administration. Il écrit des chansons depuis 4 à 5 ans, qui font régulièrement l'objet de représentations publiques dans des établissements qui versent des droits à la Sacem. Il estime que cet argent lui revient de droit et refuse d'alimenter ce qu'il appelle la "caisse noire" de la Sacem. Il fait savoir qu'il n'hésitera pas à poursuivre la Société en justice si toutefois elle ne donne pas une suite favorable à sa réclamation en lui versant ses droits d'auteur.
Cette situation pouvait être difficilement vécue par les artistes vivant dans une situation de précarité.
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L'importance de la forme
Si certains ont obtenu l’examen haut la main, c'est loin d’être une formalité pour tout le monde. De nombreux Sociétaires, parmi les plus renommés, y ont échoué de nombreuses fois, montrant que ce passage obligé n’atteste en rien du talent du candidat ou n’augure de la qualité d’une carrière musicale. Beaucoup se sont laissés surprendre par son aspect académique. De nombreux sociétaires ayant échoué ne s’attendaient pas à devoir faire montre d’une maîtrise parfaite des règles de la prosodie traditionnelle.
Michel Mallory déclare : « En effet je n’étais pas rompu aux subtilités de la rime masculine et féminine » […] j’ai donc été renvoyé à mes chères études […]…Puis je l’ai repassé, avec succès, cette fois, car j’étais devenu incollable en matière de masculines et féminines et d’alexandrins ! ».
Michel Jourdan confie quant à lui : « Je l’ai passé à Nice dans les années 50, et je ne pensais pas que la forme, la prosodie avaient autant d’importance. J’ai donc écrit quelque chose de débridé et…j’ai échoué ! ».
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Le choix des thèmes
Parmi les candidats ayant passé l’examen d’entrée en qualité d’auteur, beaucoup se rappellent d’un sujet plutôt banal, convenu.
À ce sujet, Eddy Marnay déclare « Le sujet était : Mon ciel bleu, que j’ai traité avec une tragique banalité, sans même penser sur le moment à mes origines méditerranéennes ». Fallait-il traiter ces sujets au premier degré ? Avec plus de recul ? Pourquoi avoir choisi de tels lieux communs ?»
Peut-être ce choix de sujets très stéréotypés permettait-il de mieux distinguer les candidats les uns des autres, ou de leur offrir une grande liberté d’interprétation, comme en témoigne Michel Mallory : « Je demeure persuadé que les titres proposés lors des examens étaient volontairement « simplistes », pour mettre notre créativité à l’épreuve ! ».
Claude Lemesle, qui a passé son examen d’auteur en avril 1967 sur le thème « Tu fermes trop vite la porte », estime que son sujet faisait un peu « terre à terre, chanson de rupture banale ». Plus tard, à son tour chargé d’élaborer des thèmes d’examens soumis à la Commission des Auteurs, il dit avoir essayer « d’en trouver de plus astucieux ».
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EXAMENS HORS DU COMMUN
Si l'examen d'entrée a amené les postulants à écrire des textes et composer des musiques inédits, son histoire est aussi faite de nombreuses anecdotes et de faits remarquables.
Du plus jeune candidat à l'épreuve la plus rapide, découvrez ces examens « hors du commun ».
Le plus jeune candidat
En 1951, Philippe Hesse est le plus jeune sociétaire à avoir passé l’examen et à être devenu membre ! Dans un courrier il s’excuse pour « les fautes d’orthographe et de ponctuation dont [sa] chanson est certainement remplie … je tiens à vous prévenir que j’ai passé mon examen d’auteur sans secrétaire, or, j’ai l’habitude de dicter, donc il est possible que ma chanson soit moins [bien] que celles que je fais à la maison ».
Découvrez son examen.
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Laurent Ergo : musique en braille
Laurent Ergo est un compositeur aveugle, autorisé à passer les épreuves en écriture braille. L’examen, qui s’est déroulé dans les bureaux de Bruxelles a ensuite été transcrit par un traducteur et joint sous pli au siège social de la Sacem. Dans le courrier accompagnant l’examen, les bureaux de Bruxelles font appel à l’indulgence de l’examinateur, attirant l’attention sur les « erreurs possibles du copiste ».
Le secrétaire général du Comité consultatif belge, François Simon, « recommande M. Ergo à la sollicitude du Conseil d’Administration ».
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Jean Renard, furtif examen
En 1958, âgé de 25 ans, Jean Renard a probablement passé l’examen le plus court de l’histoire de la Sacem. « Même si j’avais des bases musicales très solides, à la clarinette, au piano (Conservatoire de Versailles), l’examen m’impressionnait quand même ; un matin, je me retrouve donc à 9h dans le hall de la rue Chaptal plutôt…mal à l’aise, après une mauvaise nuit et avec surtout…une atroce envie d’aller au « petit coin » ! Avant même que j’aie eu le temps de demander quoi que ce soit, on m’enferme à clé dans une pièce avec un piano et une partition comprenant les quatre premières mesures d’une mélodie qu’il fallait développer sur huit ou seize par écrit, et me voilà au pied du mur, avec ma musique à faire et…un besoin très, très urgent ! »… Son examen a duré... 5 minutes en tout et pour tout ! Un Renard pressé...
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Maurice Tézé, malaise dans le placard
Maurice Tézé a fait un malaise pendant son examen. « J’écris très vite le premier couplet et le refrain, j’attaque le second couplet, et soudain ma tête se met à tourner, coup de pompe ! j’ai un malaise ! Je me mets alors à frapper sur la porte, sur les murs, mais j’étais enfermé et personne ne m’entendais, et quand ils ont rouvert, ils m’ont trouvé endormi sur ma chaise, littéralement « vidé », et…un peu pâle !...
C’est Pierre Spiers, alors chargé des examens, qui est venu me chercher dans mon cagibi, car il ne fallait pas être claustrophobe dans ce placard de deux mètres carrés à peine ! Voilà pourquoi je n’oublierai jamais ce jour-là, j’aurais pu mourir en passant mon examen Sacem ! »
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Illisible Michelle Senlis
L’examen d’entrée à la Sacem est l’objet de nombreuses anecdotes tantôt surprenantes, tantôt amusantes ou cocasses. Celui de Michelle Senlis fût plutôt...brouillon... Elle a passé son examen d'entrée en tant qu'auteur le 22 juin 1953 sur le thème "Nos baisers sous les étoiles".
A l'issue des épreuves, Monsieur Rieux, correcteur, s'est trouvé dans l'incapacité de lire sa composition. Cette dernière a été convoquée en second lieu par la Sacem afin qu'elle vienne réécrire lisiblement sa composition en présence d'examinateurs.
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PERLES D'EXAMEN
Dans le silence de la petite salle d'examen de la rue Chaptal, les textes écrits par celles et ceux qui n'ont pas encore (pour la plupart), révélé leur talent à un large public, en disent déjà beaucoup sur leur style !
Edith Piaf : Rue de la gare
« Il'm'tenait serré dans ses bras / En m'disant tu comprendras / Même si un jour je te quitte / C'est que mon cœur va bien trop vite / J'ai vu la mer et ses rivages / J'ai vu le ciel et ses nuages / J'ai vu tant de choses ici-bas / Que mon cœur est beaucoup trop las ».
Des adieux qui n'en sont peut-être pas, sur un quai, au milieu de la foule bigarrée d'un Paris hétéroclite... Cela ne vous rappelle rien ? La Môme n'a pas écrit une, mais deux chansons pour cet examen d'entrée.
On y retrouve sa gouaille et son parler « populaire », qui fleure bon la rue, où les coeurs des amoureux s'emballent, de Ménil' jusqu'à Pigalle. Elle a terminé son examen sur une citation tirée d’une de ses chansons: « Il y a bien des gens bizarres/dans les trains et dans les gares ». Ce qui aurait pu la mettre en situation d'auto-plagiat !
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Barbara : Les roses de Novembre
« Je préfère, je préfère / Les roses de novembre / Bien que ce soit les dernières / Les roses de novembre / Sont belles de lumière / Sous le ciel déjà gris / Et gardent leur mystère / Les roses, les roses / les roses de novembre ».
Il n'y a qu'à fermer les yeux pour imaginer la longue dame brune, assise à son piano noir, chanter ce refrain. On entend, à la lecture, les inflexions si particulières de sa voix dans la répétition du mot « roses ».
Un texte qu'elle aurait pu, sans rougir (rosir?), inscrire à son répertoire. Il faut dire que l'examen s'est déroulé en juillet 1969, et que Barbara a alors déjà écrit des chefs d'oeuvre (Nantes, Göttingen...). 27 ans plus tard, à la suite du drame de la mort de Malik Oussékine lors des manifestations étudiantes contre la loi Devaquet, Barbara écrira la chanson Les Enfants de novembre.
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Georges Brassens : Les étrennes de mon amie
« J'aurais voulu t 'offrir des fleurs/ Comme cadeau de fin d'année / Mais les fleurs sont vite fanées / Et bientôt perdent leurs couleurs ».
On imagine aisément les subtiles gauloiseries grivoises qu'un tel sujet aurait pu inspirer au prince polisson de la chanson. Un dérapage sur l'échancrure d'un corsage ? Un passage sous les plis des cotillons d'une Margot ou d'une Ninette ? Que nenni ! Le pornographe du phonographe est resté très sage, à l'image de sa belle écriture appliquée. Sûrement le stress de l'examen...
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Trenet : Ton cœur a souvent raison
Autre exemple de monstre sacré de la chanson française à s'être prêté à l'exercice de l'examen : Charles Trenet.
Avant même d’avoir fêté ses vingt ans, Trenet se décide à passer l’examen d’entrée à la Sacem. Il est convoqué le 24 janvier 1933 sur le thème imposé « Quel est mon destin ? » ; son texte écrit en quinze minutes lui vaut les félicitations du jury.
Mais il doit revenir le 2 février pour écrire cette fois une chanson en trois couplets et un refrain, à partir du titre imposé « Ton cœur a souvent raison ». Admis le 31 mars comme stagiaire en tant qu’auteur, il restera longtemps le plus jeune membre de la Sacem.
> Découvrez la chronique de Martin Pénet sur cette pépite
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Henri Salvador : Viens danser sur la grève
« Viens danser sur la grève / Laissons chanter le vent / Prolongeons notre rêve / Chérie soyons amants ».
Un refrain tout ce qu'il y a de plus classique, écrit dans « le placard » en septembre 1952.
Un texte certes loin du talent dont il fera montre tout au long de sa longue et riche carrière, mais qui penche plus du côté du subtil guitariste et du chansonnier classe qu'il était que du chanteur populaire comique dont il a longtemps endossé le costume, souvent à regret.
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Bourvil et Totor le tatoué
Le lundi 6 février 1945, André Raimbourg se soumet à l’examen décisif. À vingt-huit ans, c’est un passage obligé. Il est arrivé à Paris quelques mois après l’armistice et il court le cachet dans les cabarets. Il passe son examen sous son nom d’état-civil, même s’il s’appelle déjà Bourvil, pseudonyme inspiré par le nom du village normand où il a grandi, pour éviter les confusions avec son cousin Lucien Raimbourg, acteur de la « bande à Prévert » et également artiste de cabaret.
Le sujet qui échoit à André Raimbourg, « Totor le tatoué », ne l’invite pas à l’innovation révolutionnaire.
> Découvrez la chronique de Bertrand Dicale sur cette pépite
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Boby Lapointe : Je fais ce que je peux
« Je fais ce que je peux / C'est vrai que je peux peu / Mais si je peux peu, peuh ! C'est tout de même mieux / Que si je ne faisais rien / Là, ça n'serait pas bien ! ».
Juillet 1951. Robert Lapointe a déjà le sens du calembour et du jeux de mots bien chevillé à la plume. Cette écriture, à la limite du compréhensible à la première écoute, et qui sera la marque de fabrique du chansonnier à la carrure de boxeur, est déjà bien affirmée dans ce poème fantaisiste. Paronymie, contraintes oulipiennes, allitérations (comme dans ce texte), chiasme, épanadiplose... L'oeuvre de Boby Lapointe est sans égale pour apprendre la richesse des figures de style que permet la langue française !
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Carlos : Je n'aime pas les examens
« Je n'ai pas l'art et la manière / mais je sais à peu près tout faire / et la vie m'a appris/que c'est pas vu pas pris / Moi je fais tout avec les mains / Car je n'aime pas les examens ».
À 32 ans, sur un sujet sur mesure pour l'éternel dilettante aux légendaires chemises colorées qu'il était, Carlos livre ici un portrait de lui-même étonnant de lucidité.
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Françoise Giroud : La voix qui chante sur l'écran
"La voix qui chantait sur l'écran / Était une voix sans visage / La belle voix d'un figurant / Dont on ne montrait pas l'image".
Quel plus beau sujet pour la journaliste, écrivaine et femme politique, pour revenir à ses premiers amours : le cinéma ? Elle qui travailla avec Marc Allégret, Jacques Becker et Jean Renoir avant la guerre de 39-45. Ou alors était-ce pour celle qui écrivit des chroniques de télévision pendant plus de 20 ans au Nouvel Onservateur, et qui produissit plusieurs émissions pour le petit écran ?
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Laurent Voulzy : C'était écrit dans mon horoscope
« Et me voilà tout seul, en pauvre Sagittaire / Si je m'y attendais, je l'aurais retenu / Ma Balance est partie, ces trois lignes étaient claires / J'aurais du faire attention, j'étais prévenu ».
En 1976, Lucien Voulzy a 28 ans, et a déjà fait la rencontre de son alter ego Alain Souchon. Dans ce texte, on retrouve cet humour décalé-fleur bleue du malheureux romantique.
L'année suivante, il sortait le tube qui le propulsera sur le devant de la scène, Rockollection. Et en 1979, ce sont deux autres signes du zodiaque qui se distingueront dans son plus grand tube, Le Coeur grenadine, même s'il s'agit ici de tropiques : "J’ai laissé sur une planisphère / Entre Capricorne et Cancer / Des points entourés d’eau des îles / Une fille au corps immobile"...
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