exposition
La Première Guerre Mondiale a frappé de plein fouet le début du XXe siècle, inscrivant l’époque dans la modernité et marquant la démocratisation du travail des femmes.
Celles-ci gagnent en émancipation et peuvent se consacrer à la création de façon autonome. Cette période voit apparaître les premiers grands succès d’artistes féminines avec une véritable reconnaissance du public, et des œuvres qui marquent à jamais notre patrimoine artistique. À la fin des années 30, sur les scènes de music-hall, émerge une future icône : la môme Piaf...
Par Claire Giraudin et Sophie Rosemont - 2018.
Le Prix de Rome : un passage obligé pour ces deux sœurs dont le père fut lauréat, ouvrant la voie pour la musique à ses filles. Et un passage réussi : Premier Prix pour l’une, Second Prix pour l’autre. Alors même que cette récompense prestigieuse demeurait encore rare à l’époque pour les compositrices.

Avec un père compositeur (prix de Rome) et une mère princesse et cantatrice, Lili Boulanger (1893-1918) et Nadia Boulanger (1887-1979) bénéficièrent d’une voie royale vers la musique.
Et d’invités de marque aux dîners familiaux, tels Charles Gounod et Gabriel Fauré, dont Nadia sera plus tard l’organiste suppléante à l’Eglise de la Madeleine…
Dès leur plus jeune âge, les deux sœurs apprennent les claviers et la composition. Nadia Boulanger a étudié le piano, la composition et l’harmonie au Conservatoire de Paris.
« À l’époque, les histoires ne se fabriquaient pas. On les vivait, tout simplement. » Comme de mettre en musique "Le Chant des partisans", hymne de la résistance durant la Seconde Guerre mondiale.

Anna Marly – Betoulinsky de son vrai nom --est née à Petrograd en pleine Révolution Russe, durant laquelle elle perd son père. Sa famille fuit pour la France où elle arrive au début des années 20. Très vite, elle trouve refuge dans la guitare, que sa mère lui a offerte pour ses 13 ans, et dans la danse qu’elle apprend aux côtés des Ballets impériaux de Saint-Pétersbourg.
Une enfance qu’Anna Marly a pu évoquer, en 1939, dans son examen d’entrée à la Sacem, dont le sujet était : « Parle-moi de ton enfance ! ». Auteure et compositrice, Anna Marly a créé plus de 300 chansons, poèmes, essais, une opérette…
Compositrice de plus de 200 musiques entre les années 30 et 60, dont plus de la moitié pour Édith Piaf, Marguerite Monnot est une figure de l’histoire de la chanson française.

A partir de huit ans, elle se produit en public, jouant avec une aisance déconcertante Chopin, Mozart ou Bach, épatant même Camille Saint-Saëns !
Si ses parents ne l’avaient pas expédiée à Paris apprendre le métier auprès de Nadia Boulanger ou Vincent d’Indy, elle serait sans aucun doute devenue musicienne officielle de la cour d’Espagne, qui avait réclamé ses talents.
Victime d’un trac virulent, elle renonce, à peine majeure, à une carrière prometteuse de concertiste et, très vite, s’attaque à la chanson.
Issue d’une famille d’artistes (un père acrobate et une mère chanteuse lyrique), c’est dans la rue qu’Édith Piaf commence à chanter, puis s’y fait repérer plus tard, à l’âge de 20 ans, par Louis Leplée, directeur d’un cabaret des Champs-Élysées, le Gerny’s.

De là commencera l’ascension de la môme Piaf (ainsi baptisée par Leplée en raison de son petit gabarit), qui deviendra plus tard Madame Piaf, passant de la grande scène du music-hall l’ABC à Bobino, pour atteindre plus tard l’Olympia.
Âgée de seulement 47 ans lors de son décès, causé par une vie d’excès, elle a toutefois laissé une marque indélébile dans la chanson française et incarne encore aujourd’hui la figure de la parisienne.
« Sans Mireille, il n’y aurait pas eu la chanson française telle qu’elle est aujourd’hui », disait Yves Montand.
Plus tard, George Brassens ou le couple Hardy-Dutronc chanteront son « Puisque vous partez en voyage ».

Rien n’était gagné, cependant pour la petite Mireille, née au sein d’une famille cosmopolite (mère anglaise, père polonais) et passionnée d’art comme de musique. Malgré sa santé fragile, elle apprend vite le piano et, dès ses six ans, répond à des petites annonces et se retrouve sur scène.
Elle maîtrise rapidement la comédie comme l’acrobatie, rentre au Théâtre de l’Odéon à 16 ans, et, de fil en aiguille, commence à écrire des chansons avec Jean Nohain. Contemporaine de Colette, nourrie de jazz et de surréalisme, Mireille est une des premières compositrices-interprètes du XXème siècle.