Les années 50 sont les années de l’après-guerre. La place de la femme évolue dans la société. Elles viennent d’obtenir le droit de vote. Du côté musical, cette décennie est marquée par l’arrivée du microsillon : le Vinyle remplace le 78 tours et les œuvres n’ont jamais bénéficié d’une si belle qualité sonore.
En 1953, l’Olympia ré-ouvre ses portes, tandis que les cabarets se multiplient sur la rive gauche. Les chansons à texte révèlent des artistes tels que Brassens, Brel, Gréco…
Un vent de liberté souffle. Il marque aussi le tout début des premières auteures-compositrices-interprètes.
Par Claire Giraudin et Sophie Rosemont - 2018.
Vline Buggy
Auteure, éditrice, productrice, tour à tour muse d’idoles et découvreuse inspirée, Vline Buggy est une parolière qui a marqué toute une génération. Une femme au pays des chanteurs, à l’époque yéyé.
Parce qu’elle ne cessait jamais de reprendre ses textes, Hugues Aufray l’appelait « la petite fourmi ».
« La chanson est un art direct, disait-elle, on a trois minutes pour se défendre, il ne faut pas tourner autour du sujet, ni délayer, mais dire ce qu’on a à dire ».
Vline Buggy (1929-)
Il faut dire qu’elle fut à bonne école avec un père parolier, Georges Konyn dit Géo Koger, auteur de très nombreux succès de l’entre-deux-guerres. Et, comme le disait le sujet de son examen d’entrée à la Sacem, « Où le père est passé »… Ses deux filles, Evelyne (qui choisira le nom de scène de Vline) et Liliane (dite Buggy) prendront le même chemin. Dès 1947, elles écrivent pour Georges Ulmer (Nicole), Luis Mariano (Encore), Yves Montand (Le Puits). En 1962, Evelyne décède des suites d’une longue maladie. Liliane décide de poursuivre sa carrière sous le nom de Vline Buggy, en hommage à sa soeur.
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Quelques mois plus tard, Vline Buggy rencontre Claude François.
Le succès de Belles, belles, belles, adaptation francophone d’un standard des Everly Brothers, scelle leur amicale collaboration. Ensemble, ils connaissent le succès avec Si j’avais un marteau, Pauvre petite fille riche, Même si tu revenais… 150 titres au total pour Cloclo - celui-ci lui présente Aufray qui, lui, aura droit à 90 titres ! Céline, Le petit âne gris, Le clocher de Rouen…
En 1973, elle remporte le Grand prix de l’Eurovision (pour le Luxembourg) avec Tu te reconnaîtras, interprétée par Anne-Marie David et composée par Claude Morgan.
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Demande d'adhésion à la Sacem
Pendant deux décennies, elle écrit pour les plus grands du paysage hexagonal : Juliette Gréco, Marie Laforêt, France Gall, Sheila, Dalida, Johnny Hallyday, Michel Polnareff, Michel Sardou, Hervé Vilard, Enrico Macias...
Avant de prendre une retraite bien méritée auprès de son mari, consacrée à la famille et aux voyages, elle s’offre un dernier tube avec Pour le plaisir, qu’elle co-écrit et produit avec Arlette Tabart, relançant ainsi la carrière d’Herbert Léonard.
Bien joué, Buggy !
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Adrienne Clostre
Premier prix de Rome en 1949, l’auteure et compositrice Adrienne Clostre a mis en musique le destin de femmes exceptionnelles, comme la Reine de Saba (pour orgue et percussions, 1990), Greta Garbo (Garbo la solitaire, suite pour violoncelles, 1992), Virginia Woolf (Waves, lecture pour piano, 1990) ou Camille Claudel (action chorégraphique, 1997).
Adrienne Clostre (1921-2006)
Adrienne Clostre compose depuis l’enfance : « j’improvisais et mon professeur transcrivait ». Le bac en poche, elle étudie au Conservatoire de Paris - avec, comme camarade de classe, Betsy Jolas -, auprès de Darius Milhaud, Yves Nat, Jean Rivier et Olivier Messiaen…
Passionnée de littérature et de philosophie, elle s’est aussi attaqué à Borges (lecture musicale El tigre de oro y sombra, 1979), Kierkegaard (Le Secret, 1982), Baudelaire (L’Albatros, 1987) et l’une de ses plus grandes influences, Nietzsche, auquel elle consacra une action lyrique en 1975.
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Fiche professionnelle d'Adrienne Clostre
C’est l’après-guerre et il faut encore bousculer les lignes dans le petit monde fermé de la musique française. Ce dont elle se charge avec talent, en interrogeant sans cesse les correspondances entre sons et mots, travaillant sans relâche sur le format du théâtre lyrique.
Epouse de l’architecte Robert Biset, elle remporte le Grand Prix musical de la Ville de Paris en 1955, le Prix Florence Gould en 1976 et le Prix Musique de la SACD en 1987.
Toute la vie d’Adrienne Clostre sera dédiée à « la recherche de formes pour le spectacle », qu’elle enrichira de ses mélodies audacieuses.
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Adhésion à la Sacem en tant que compositrice
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Claude Delécluse - Michelle Senlis
Une vie d'amour et d'écriture pour ce couple singulier. Leur rencontre fera chanter Édith Piaf, Hugues Aufray, Jean Ferrat, Isabelle Aubret ou encore Dalida, Régine ou Mireille Mathieu. Une de leur chanson se classera même 3e à l'Eurovision en 1981.
Michelle Senlis (1933) et Claude Delécluse (1920-2011)
Dès son plus jeune âge, Michelle Senlis lit et écrit. Elle étudie le dessin, les mathématiques, le droit jusqu’au jour où elle rencontre Claude Delécluse dans un cercle littéraire.
Dans la continuité de leurs affinités artistiques, elles décident d'écrire des chansons… Et créeront notamment des œuvres pour Edith Piaf et Jean Ferrat.
Adhésion à la Sacem de Michelle Senlis
N’ayant pas encore 21 ans, Michelle doit demander l'autorisation paternelle pour adhérer à la Sacem !
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Adhésion à la Sacem de Claude Delécluse
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Des chansons pour Edith Piaf
Ensemble, Senlis et Delécluse écrivent C'est à Hambourg, qu’elles proposent d’abord à Germaine Montero, qui en demande la musique à Marguerite Monnot qui elle-même en joue le résultat final à Edith Piaf.
Sur la scène de l'Olympia, c’est un immense succès, qui se confirme en 1957. Pour la Môme, elles écriront également Les amants d'un jour et Comme moi.
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Mon vieux
En 1962, Michelle écrit Mon vieux en pensant à son père qui décède l’année suivante.
Enregistrée par Jean-Louis Stains sans grand retentissement, c’est l’interprétation de Daniel qui la rend célèbre… mais il l’a modifiée ! Bien qu’elle gagne le procès qu’elle lui a intenté en 1994, Michelle Senlis décide de ne plus soumettre ses paroles à d’autres personnes qu’elle-même.
Ayant repris la peinture à la fin des années 60, elle décide de s’y consacrer et expose depuis aux quatre coins du monde. Elle s’essaye aussi avec talent à la poésie, déjà explorée dans ses chansons, avec le recueil Du cœur à l'aubier, dédié à Claude, décédée en 2011.
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Betsy Jolas
Betsy Jolas découvre sa vocation dans les années 40, lorsqu’elle vit avec sa famille aux Etats-Unis, au sein de la chorale de son lycée : « Je voulais écrire d’aussi belles chose que celles que je chantais » (Notes, La revue de la Sacem/Sdrm-numéro double 153 – 1998).
Betsy Jolas (1926)
Elle étudie l'harmonie et le contrepoint avec Paul Boepple, l'orgue avec Carl Weinrich et le piano avec Hélène Schnabel, bien qu’elle se considère mauvaise musicienne.
En 1946, de retour à Paris, elle entre au Conservatoire, où elle est l’élève de Darius Milhaud, Simone Plé-Caussade, Pierre Boulez et Olivier Messiaen, dont elle devient l’assistante et qu’elle remplace au début des années 70 avant de diriger ses propres classes dès 1975.
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Demande d'adhésion à la Sacem de Betsy Jolas
Betsy Jolas adhère à la Sacem en qualité de compositrice en 1954.
Son indépendance et sa capacité à ne pas céder au courant sériel lui permettent de réinventer sans cesse la conception classique de la composition. Enseignant avec autant d’exigence que de passion dans les plus grandes universités américaines (Yale, Harvard, Berkeley, etc.), elle est la première femme à jouer au Domaine musical.
L’un de ses nombreux faits d’armes ? L’opéra en trois actes Schliemann consacré à l’homme d’affaires et archéologue allemand, présenté en 1995 à Lyon. Mère de trois enfants, dont le trompettiste de jazz Antoine Illouz, elle réussit à conjuguer vies de famille et professionnelle avec engagement.
En savoir plus : elle évoque son parcours personnel et musical (France Musique - mars 2017)
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Mick Micheyl
« J’ai été la première auteur-compositeur-interprète, dans le sillage de Trénet, la première petite fille à prendre la parole et tout dire » (Notes, La revue de la Sacem/Sdrm-numéro double 153 – 1998).
Mick Micheyl (1922-)
À la fin des années 40, malgré son avenir prometteur de peintre, cette jeune lyonnaise, aussi passionnée par l’art plastique que par la musique, se lance dans la chanson.
En 1950, elle est récompensée d’un Grand Prix du Concours de l’ABC grâce au Marchand de poésie.
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Gamin de Paris
C’est à Albi que Mick Micheyl créé ce qui deviendra un tube mémorable co-composé avec Adrien Marès : Gamin de Paris.
Elle a un jour confié : « Nous étions devant la cathédrale, avant de dïner, et Adrien Marès, mon pianiste, m'avait joué un thème triste et beau à l'accordéon , que je lui ai demandé de faire en majeur. Je l'ai rejoué à mon tour, et le titre m'est venu presque automatiquement : " Un gamin de Paris / C'est tout un poème / Dans aucun pays il n'y a le même ... "· Et ce" Gamin " m 'a accompagné aux quatre coins du monde depuis 45 ans ! Yves Montand et Patachou le mirent à leur répertoire, ce qui rendit un peu jaloux Maurice Chevalier. » (Notes, La revue de la Sacem/Sdrm-numéro double 153 – 1998).
En 1953, elle remporte le Grand Prix du disque en 1953 avec Ni toi, ni moi, œuvre co-créée avec Jack Ledru.
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Meneuse de revue
La machine est lancée, et commence une décennie où elle devient la reine du music-hall parisien, de l’Alhambra à Bobino via le Moulin Rouge.
En 1963, elle enchaîne 1500 représentations dans le rôle de la meneuse de revue au Casino de Paris, où elle remplace Line Renaud.
A la fin des années 60, elle décide d’explorer l’univers de la télévision où elle s’illustre comme productrice d’émissions telles Samedi et Cie, Entente Cordiale et Ce sacré métier.
"Ni toi, ni moi"
12 mai 1966. En direct et en public, elle chante "Ni toi, ni moi" accompagnée en off par le grand orchestre de Raymond Lefevre.
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Claude Valéry
Pianiste et chanteuse dans les cabarets de chansonniers, Claude Valéry se consacre à la composition après sa rencontre avec Raymond Asso. Si ses chansons ont été interprétées par Mouloudji, Yves Montand ou Maurice Chevalier, elle a aussi composé une suite symphonique et un concerto pour piano et orchestre.
Claude Valery (1909-1992)
Habitée par le piano depuis l’enfance et rêvant d’être concertiste, Valérie Bousquet sort diplômée du Conservatoire de musique de Paris à l’âge de 19 ans.
Après quelques années à Nice, où devenue directrice musicale d'un spectacle d'enfants, elle est aussi professeure de piano, elle revient à Paris en 1935. Pendant la guerre elle rencontre Fernande Scala qui l'oriente vers le cabaret. Elle se produit alors au cabaret de Jean Rigaux et restera à Paris durant toute l'Occupation. Après la guerre, elle donnera également des spectacles à travers l'Europe.
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Une compositrice prolixe
Epouse de l’auteur Raymond Asso, rencontré au Caveau de la République, elle compose Le lapin et les chameaux, Pour être aimé, Mon ami m'a donné, Y’a tant d'amour ou Elle s'appelait Marie, qui seront également interprétées par Mouloudji, Maurice Chevalier, Patachou, Yves Montand ou Edith Piaf. Ils se produisent sur scène ou à la radio, enregistrent deux disques (Chansons d'hier et d'aujourd'hui et Silhouettes).
Claude Valéry a composé la musique du titre Comme un petit coquelicot, écrit par Raymond Asso et interprété par Mouloudji.
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Adhésion à la Sacem en qualité d'autrice
Datée du 8 avril 1969.
Sa séparation avec Raymond Asso en 1963 ne sonne pas pour autant le glas des activités musicales de celle qui est entre temps devenue Claude Valéry.
Préludes et concertos pour piano, suites symphoniques (Voyage en Italie), musiques de film : jusqu’à sa mort, le clavier noir et blanc ne la quittera plus.
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Florence Véran
De formation classique, Florence Véran compose plusieurs grands succès des années 50, chantés par Lucienne Delyle, Juliette Gréco, Rina Ketty et Édith Piaf.
Florence Véran (1922-2006)
Née Éliane Meyer à Paris, Florence Véran passe de longues années studieuses au Conservatoire, portée par son amour de la musique classique.
Elle rêve d’être concertiste et se destinait, comme Marguerite Monnot, à la musique classique. Mais le destin se charge des changements de programme… Et Florence Véran devint une compositrice et interprète de chansons renommée, collectionnant les succès et les récompenses (Prix Charles Cros, Vincent Scotto, Deauville, Coq d’Or, Edith Piaf…)
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Demande d'adhésion à la Sacem
En 1949, une de ses premières chansons, Panama, est enregistrée par Lucienne Delyle et Dany Dauberson.
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Je hais les dimanches
Elle collabore beaucoup avec sa complice auteure Rachel Thoreau (Gigi, On m’a donné une âme) et Charles Aznavour avec qui elle créé Le noyé assassiné (interprété par Philippe Clay) et Je hais les dimanches.
Rendu célèbre grâce à Juliette Gréco, le titre est ensuite chanté par leur amie commune Edith Piaf – qui l’avait d’abord refusé !
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Gaby Verlor
Du duo fantaisiste Verlor et Davril à Déshabillez-moi, en passant par un célèbre Petit bal perdu, c'est grâce à son père que Gaby Verlor est devenue chanteuse et compositrice.
Gaby Verlor (1921-2005)
Il était une fois un ouvrier qui travaillait dans les usines textiles de Roubaix, Victor Vervaecke. Grand mélomane, il inscrit sa fille Gabrielle, 6 ans, à un concours de chant local. Elle le gagne, comme ceux des années suivantes et, très vite, s’illustre seule ou avec son père sur les scènes du cinéma du nord de la France.
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[VIDE]
Datée du 5 août 1942, cet acte d'adhésion est signé par le père et tuteur de Gaby Verlor encore mineure.
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"Déshabillez moi"
Sept premiers prix au Conservatoire de Roubaix plus tard, celle qui est devenue Gaby Verlor est révélée grâce au duo fantaisiste, Verlor et Davril, formé avec un autre artiste précoce, Jean Davril. Ils tournent en France et en Europe, créateurs notamment du succès Ma p’tite amie et moi. Hélas, leur bonheur est foudroyé en 1955 lorsque Jean se tue dans un accident de voiture.
Si l’œuvre de Gaby Verlor est liée à celle de Jean Davril, elle l’est aussi à celle du poète Robert Nyel.
« Il écrivait exactement les mots que je désirais. Dès qu’il m’en proposait, ça faisait tilt, je me mettais aussitôt au piano ».
Ensemble, ils écrivent plusieurs des grands titres de Bourvil (Ma p'tite chanson, C'était bien (Le P'tit Bal perdu), Mon frère d’Angleterre), le fameux Déshabillez-moi de Juliette Gréco, qui envoûta la France en 1967, mais aussi Marions-les ou Magali.
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