La décennie 70 est marquée en France par la fin des Trente Glorieuses. Dans un climat contestataire, avec les révoltes de Mai 68 et le mouvement hippie arrivé des États-Unis, la société se libère, la libération sexuelle se généralise et les femmes continuent leur émancipation, incarnée par la loi Veil de 1975 qui dépénalise l’avortement en France.
Chez les artistes, les femmes aussi font entendre leur voix et leur musique, en occupant des places de plus en plus diversifiées dans l’univers musical.
Sacem - 2018
Marie-Paule Belle
Elle aurait pu être le 48e médecin de la famille. Le destin en aura voulu autrement, et sa mère aussi : femme au foyer, elle était aussi excellente pianiste. Elle transmet l’amour de son instrument à sa fille dès les trois ans de celle-ci, qui s’essaye aussi rapidement à la guitare.
Marie-Paule Belle (1946)
Elle quitte Nice pour Paris et joue dans des cabarets comme L’Ecluse – ça tombe bien, elle qui est une admiratrice transie de Barbara… et des Beatles !
[VIDE]
En 1969, elle gagne un concours télévisé, sort un premier album en 1973, qui lui vaut les prix de l’Académie Charles-Cros et de l'Académie du disque.
Découvrir l'archive
La Parisienne
Marie-Paule Belle collabore de près avec son ami d’enfance, Michel Grisolia, et, un peu plus tard, avec Françoise Mallet-Joris.
Place aux tubes vivifiants et pleins d’humour tels La Parisienne, Les petits patelins ou Wolfgang et moi.
Féministe affirmée mais pas vindicative, elle sacrifie tout à son métier : « j’étais faite pour faire des bébés qui s’appellent chansons ! »
Dans les années 80, elle se consacre au théâtre (de Si jamais je te pince aux Monologues du vagin), et remonte sur scène au milieu des années 90, au Théâtre de Dix heures. Un come-back en force !
Aujourd’hui, Marie-Paule Belle reste très active. En studio d’abord : ses derniers albums en date, De Belle à Barbara et Marie-Paule (re)Belle, ont été très bien accueillis. Sur scène ensuite : en novembre 2017, elle participait à la croisière Âge tendre. En février 2018, elle a triomphé à l’Olympia en première partie de Serge Lama.
A lire : Entretien avec avec Marie-Paule Belle pour sa "Nuit rêvée" qui permettra d'entendre des archives de Marie Dubas, Cora Vaucaire ou encore Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia (France Culture - mai 2017).
Découvrir l'archive
Alice Dona
Elle se destinait à être institutrice… Mais, ayant suivi des cours de piano depuis l’enfance, se découvre une vraie passion pour la chanson en écoutant "Le jour où la pluie viendra" de Gilbert Bécaud.
Elle a 14 ans, et la voilà engagée comme chanteuse dans un orchestre avant de rentrer au Petit Conservatoire de Mireille l’année suivante.
Alice Dona (1946)
Au début des sixties, elle enregistre plusieurs 45 tours, chez Pathé-Marconi, parfaitement de son âge : en témoignent Demain, j’ai 17 ans et Surboum 63 !
Après avoir assuré les premières parties de Nougaro ou de Colette Deréal, elle part en tournée avec "Les Célibataires" – dont elle épousera le chanteur, Bernard Ricci, en 1965. Deux ans plus tard naît leur fille Raphaëlle, future professeur à la Star Academy.
Découvrir l'archive
Demande d'adhésion
Alice Dona choisit alors de se consacrer à la composition pour d’autres artistes.
Un choix qui fait le bonheur de Joe Dassin, Régine, Mireille Mathieu, Carlos, Serge Reggiani, Sheila, Hervé Vilard, Sylvie Vartan ou encore Dalida, qui interprètent les mélodies mémorables de la jeune femme.
Découvrir l'archive
Femme, Femme, Femme
Mais c’est avec Serge Lama et Claude Lemesle qu’Alice Dona connaît une véritable symbiose artistique.
Elle doit au premier, entre autres titres, le légendaire Je suis malade , Femme, femme, femme et L’Antistar.
Au second, Chanson hypocalorique, La Nana 77 et Laissez passer la chanson.
Découvrir l'archive
Une artiste de multiples talents
En 1988, Alice la frondeuse fonde sa propre école où sont formés des futurs artistes, et qui propose des spectacles tels que « Génération Brassens » (qui fut très proche d’elle) et « Vacances 2001 - Les routes du soleil ». Une belle aventure qui dure 16 ans...
En 1996, elle revient avec des reprises de chansons françaises puis Couleurs de l’Ombre (1999) et Merci beaucoup Monsieur Bécaud (2002).
Toujours très active, Alice Dona a également joué au théâtre dans la pièce Ce soir ou jamais en 2006 et a fait plusieurs fois partie des tournées Âge tendre, la tournée des idoles dans toute la France.
En 2013, elle sortait un nouvel album, de duos cette fois, avec Michel Delpech, Bénabar ou le fidèle Lama : Mes petites madeleines…
Elle a reçu le Grand Prix Sacem 2015 de la chanson française, auteur-compositeur.
Découvrir l'archive
Graciane Finzi
La grâce exprimée par son seul prénom se retrouve dans ses compositions, qui établissent des « pôles d’attraction entre les notes »…
Plus d’une centaine – dont pas moins de sept opéras ! Les chiens qui rêvent dans la nuit, Ainsi la Vie, Univers de lumière, Ode à Dali, La tombée du jour, Le crépuscule du Kol Nidré… autant de jolis titres pour des œuvres résolument modernes tout en respectant les plus grandes traditions mélodiques universelles.
Graciane Finzi (1945)
A 17 ans, elle obtient le premier prix d’harmonie au Conservatoire de Paris. Mais elle excelle aussi dès qu’il s’agit de contrepoint, de fugue et de composition. Facile pour celle qui détient l’oreille absolue !
Elle étudie auprès de Tony Aubin, qui lui laisse champ libre pour cultiver sa musique atonale.
Découvrir l'archive
Demande d'adhésion
En 1979, elle est nommé professeur au Conservatoire national de Paris, trois ans plus tard, la Sacem lui décerne le Grand Prix de la Promotion Symphonique – en 2001, c’est l’ensemble de son œuvre qu’elle salue d’un Grand Prix Sacem. Ce ne sont pas ses seules récompenses : elle remportera aussi le prix musique SACD ou le Prix Chartier. De 2001 à 2003, elle est en résidence à l’Orchestre national de Lille.
Découvrir l'archive
Par delà les étoiles
En 2018, on entendra son Kaddish à la synagogue de Copernic, ses Moments interrompus au Musée de la Cité de la musique, son Errance dans la nuit à l’Auditorium Herni Dutilleux de Douai, ses Musical Games pour orchestres d’enfants à la Philharmonie… et aussi les Scénographies d’Edward Hopper en Italie ou sa Fantaisie Romantique en Allemagne ! Elle qui déplore que l’imagination soit « laissée pour compte » dans les cours du Conservatoire n’en a pas manqué et cultive toujours son jardin sonore, sans cesse défriché au fil de ses nombreuses représentations scéniques.
A lire : Interview de Graciane Finzi à propos de l'Opéra « Et nous le monde », création mondiale (Qobuz - mai 2011)
Découvrir l'archive
Françoise Giroud
Avant de devenir l’une des plus grandes icones féminines de la presse, Françoise Giroud eut l’occasion, elle aussi, d’écrire et composer des chansons.
Née Léa France Gourdji de parents turcs, elle perd très tôt son père, et doit vite se débrouiller seule pour pallier au besoin du foyer. Ce sera d’abord dans le cinéma, où elle devient scripte et scénariste.
Françoise Giroud (1916-2003)
Au sortir de la Seconde guerre mondiale, durant laquelle elle s’engage dans la Résistance, elle écrit des chansons de films : Le Petit Chaperon Rouge (un succès) et Un par un vont les Indiens tous deux mis en musique par Louis Gasté et chantés par Lisette Jambel.
Crédit photo : MP/Leemage
Demande d'adhésion
Cette demande d'adhésion est datée du 25 février 1944. Françoise Giroud est parrainée par André Berthomieu et Jean Féline, metteurs en scène et auteurs de films.
Découvrir l'archive
Quand Betty fait Boop
Elle participe à l’écriture de Quand Betty fait Boop de Louis Gasté et signe Il avait le charme slave (composée par Georges van Parys)… Françoise Giroud prêtera aussi sa plume à Danielle Darrieux, dont elle est proche, et à Tino Rossi, dont elle brossera plus tard le portrait acide « d’un homme gras et mélancolique ».
Si, très vite, son activité de journaliste au sein de ELLE puis de L’Express, qu’elle fonde avec Jacques Servan-Schreiber, l’éloigne de la chanson, celle-ci lui aura permis de réaliser la vivacité et la force du rythme de son style.
Découvrir l'archive
Michèle Reverdy
A sept ans, elle savait déjà qu’elle ferait de la musique. A 12, elle découvre Mozart et écrit « un petit opéra ». Rien que ça !
Michèle Reverdy (1943)
A 15 ans, elle entre au Conservatoire, suit les cours de Claude Ballif et d’Olivier Messiaen.
Elles sont alors deux jeunes filles à se présenter à la classe d’initiation à la direction d’orchestre. Malgré leurs compétences identiques à celles de leurs camarades masculins, elles ne seront pas retenues. Mais rien ni personne n’empêchera Michèle Reverdy de se consacrer à l’enseignement et à la composition…
Découvrir l'archive
Demande d'adhésion
Datée de 1974. Après un passage comme pensionnaire à la Casa de Velasquez madrilène entre 1979 et 1981, elle devient professeur d’analyse au Conservatoire de Paris, poste qu’elle occupe jusqu’en 2009.
En parallèle, elle est aussi productrice à Radio-France, de 1977 à 1992. A ce jour, elle a composé près de 90 œuvres, pour solistes, quatuors à cordes, ensembles vocaux, orchestres de chambre ou encore grands orchestres.
Découvrir l'archive
Dix musiques minute
Elle est également auteur des opéras Le Château d’après Kafka, La Haute Note Jaune (sur Van Gogh), Le Précepteur d’après Jakob Lenz, Le Fusil de Chasse d’après Yasushi Inoue, et Médée d’après Christa Wolf, qui sera mis en scène par Raoul Ruiz en 2003.
Cependant, malgré son évidente aptitude à imaginer des sons nourrissant les mots (à moins que ce ne soit l’inverse), elle affirme son besoin de façonner avant tout les notes de musique : « J’aime le théâtre et la littérature et j’éprouve beaucoup de plaisir à travailler sur des textes, mais j’écris aussi pour des instruments ».
En 1995, elle reçoit le Grand Prix de la musique symphonique de la Sacem pour l’ensemble de son œuvre et, en 2017, le Prix Loeffer attribué par l’Académie des Beaux-Arts. Amplement mérité pour cette passionnée qui, encore et toujours, compose…
Découvrir l'archive
Catherine Ribeiro
Engagée dans ses chansons comme dans la vie, Catherine Ribeiro, ardente défenseuse du droit des artistes-interprètes, pour lesquels elle ira jusqu’à faire une grève de la faim, occupe une place singulière dans le panorama musical, en solo ou au sein du groupe Alpes.
Catherine Ribeiro (1941)
Puis elle enregistre plusieurs morceaux, dont des adaptations en français de titres de Bob Dylan.
Si elle figure sur la fameuse photographie de Jean-Marie Périer réalisée pour Salut les Copains en 1966, elle ne se sent pas à sa place chez les yé-yés…
Découvrir l'archive
Demande d'adhésion
Neuf albums suivront, quasiment tous les ans, cultivant un terrain alternatif, piochant ses influences du côté du rock expérimental anglo-saxon.
Engagés et poétiques, les morceaux d’Alpes ne veulent pas rentrer dans le rang et c’est sans doute pour cette raison qu’ils ne seront jamais très populaires. « Les textes de ces chansons n'engagent que leur auteur », préfère préciser le label !
Découvrir l'archive
Engagée
Refusant de chanter en play-back sur les plateaux télévisuels, faisant une grève de la faim en 1979 pour faire reconnaître le droit de l’artiste-interprète, Catherine Ribeiro est aussi capable d’enregistrer des disques hommage à Edith Piaf (Blues Piaf, lauréat du Grand prix de l'Académie Charles-Cros en 1977) et à Jacques Prévert (Jacqueries, 1978).
En 1982, durant ses trois semaines de concerts à Bobino, on verra un certain François Mitterrand se glisser dans le public...
En 1984, elle épouse le maire de Sedan, Claude Démoulin et s’écarte de la scène pour veiller à sa vie de famille.
Sa dernière performance en date, en 2008 au Bataclan, témoignait de son charisme scénique comme de son profond respect de la chanson, authentique et sincère. Aujourd’hui, elle vit dans les Ardennes avec, peut-être, un projet d’écriture de mémoires.
En savoir plus : Catherine Ribeiro ou les sommets d’Alpes (RFI Musique/Décembre 2015)
Découvrir l'archive
Véronique Sanson
« Il n’y a pas un homme qui m’ait mis des bâtons dans les roues ». On la croit : tout au long de sa carrière, toujours très active, Véronique Sanson n’a jamais dépendu de qui que ce soit. Hormis, peut-être, de son piano, complice adoré du quotidien comme de la scène.
Véronique Sanson (1949)
Elle est née sous le signe de la victoire, celle de 1945 à laquelle ses parents résistants ont activement participé. Avec sa sœur Violaine, de deux ans son aînée, elle joue du piano dès l’heure de l’école maternelle. Ses débuts se font en trio, avec Violaine et François Bernheim, sous le nom des Roche-Martin. Le producteur s’appelle Michel Berger, directeur artistique plus que prometteur…
Amoureuse
Devenu son compagnon, Michel Berger réalisera son premier album, Amoureuse (1972), certifié double disque d’or.
Découvrir l'archive
Le Maudit
Au printemps 1973, alors que le couple est en pleine session d’enregistrement, son coup de foudre pour le musicien américain Stephen Stills lui fait traverser l’Atlantique.
Elle restera aux Etats-Unis jusqu’à l’aube des années 1980 mais, entre-temps, elle aura sorti plusieurs albums (Le Maudit, 7e, Laisse-la vivre…) qui font tous, comme le dira Stills, « la synthèse entre la folk music afro-anglo-américaine et les classiques ».
Chacun remporte un impressionnant succès qui l’impose comme une pop star incontournable de la scène française. D’autant plus qu’elle écrit, compose et interprète toutes ses chansons, et ne s’est jamais arrêtée depuis ses débuts.
Les autres artistes aussi sont sous le charme : Alain Souchon et Michel Jonasz partageront la scène avec elle. Une scène qu’elle occupe encore, lors d’une tournée à guichets fermés depuis 2017, où elle chante tous ses classiques (Ma révérence, Une nuit sur ton épaule, Rien que de l’eau, etc. ) et les titres de son dernier album en date, Dignes, dingues, donc…
Découvrir l'archive
Arlette Tabart
C’est l’histoire d’une petite fille parisienne qui refait le monde au sein des puces des Lilas... Sa mère lui chante des opérettes, son grand-père fabrique des « têtes de musettes » (cornemuses des bals bougnats), son oncle est batteur pour Django Reinhardt – qu’elle tentera de suivre un beau jour, sans succès puisqu’on la ramène illico presto au bercail !
Arlette Tabart (1938)
Dans le bain de la chanson depuis toujours, elle choisit cependant des études technico-commerciales qui, fort heureusement, l’amènent à un stage de fin d’études à Europe 1. Coup de foudre d’Arlette, dite aussi Babar, pour la radio, et plus particulièrement pour cette jeune station dynamique. Elle y restera 16 ans. Y apprenant tous les rouages des ondes, elle devient la collaboratrice de Pierre Delanoë puis de Lucien Morisse, qui la nommera ensuite à la programmation : « mon bureau est très vite devenu le point de chute de Johnny, Sylvie, Françoise, tous les artistes cultes… »
Elle soutient Dutronc comme Brel, échange avec Brassens, Ferré, Michel Berger, Véronique Sanson, Eddy Mitchell ou Cloclo, présente les artistes les uns aux autres, lance de nombreux concepts d’émissions : « Campus », « Dans le vent », « Hit-Parade », « Babar et les programmateurs »…
Découvrir l'archive
Autrice et directrice artistique
Bouillonnante de créativité, elle s’illustre aussi en tant qu’auteure et directrice artistique du duo Line et Willy.
En 1970, le suicide de Lucien Morisse la peine profondément. Ne souhaitant pas lui succéder, elle part en 1973 pour devenir conseillère chez Eddy Barclay.
Découvrir l'archive
Pour le plaisir
Sous le nom de Claude Carmone, elle écrit pour Dalida, Pascal Danel, Nicoletta, Patrick Hernandez, Patricia Carli, Nicole Rieu ou encore Herbert Léonard, dont elle co-signe le fameux Pour le plaisir.
Elle retrouve la radio en 1980, d’abord à RMC avec Coluche (ils seront congédiés au bout de 10 jours pour irrévérence !) puis Radio Mont-Blanc et Radio Nostalgie.
Personnalité éminemment engagée pour la défense du droit des créateurs, elle est membre du Conseil d’administration de la Sacem. Toujours aussi proche des artistes qu’elle connaît pour les avoir révélés, encouragés, programmés, produits…
Découvrir l'archive