La petite musique de notre vie sentimentale et sexuelle fredonne entre nos oreilles depuis nos premiers émois. Si la bande-son de nos amours demeure personnelle, voire intime, cette sélection suggestive de chansons coquines pourrait bien réveiller en vous de délicieux souvenirs.
L’histoire de la musique, du répertoire paillard à la variété contemporaine en passant par les chansons poétiques, le rock et la pop, regorge de textes romantiques, érotiques et parfois sulfureux. Les mélodies suggèrent l’ambiance de la scène et les voix des interprètes nous entraînent au pays des malices.
Envie de fantasmer, de danser un slow, de séduire, de déclarer sa flamme, de sublimer les préliminaires, de s’abandonner aux jeux de l’amour, de s’offrir du plaisir en solitaire ? Il y aura toujours une chanson pour accompagner l’instant fragile ou volcanique et le figer dans notre mémoire. L’amour n’est-il pas plus exaltant en musique ?Nous vous invitons à découvrir les petites histoires de ces succès discographiques « fripons » interprétés par les plus grands noms de la chanson française et les stars internationales de la pop.
Par Stéphane Deschamps - 2018
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Fantasmer
Selon Andy Warhol : « L’amour fantasmé vaut bien mieux que l’amour vécu. Ne pas passer à l’acte, c’est très excitant. » Si le thème du fantasme occupe une place conséquente dans les œuvres littéraires, cinématographiques, théâtrales ou picturales, de nombreux auteurs l’ont également abordé en chanson. Qui n’a jamais fredonné J’ai encore rêvé d’elle du groupe Il était une fois ou Mon mec à moi de Patricia Kaas ?
Ces textes saupoudrés de rêveries sentimentales peuvent également contribuer à faire passer un message auprès de l’être aimé. Dans leur écrin musical, les paroles stimulent inconsciemment notre imaginaire et nous font penser à une personne ou nous suggèrent un scénario érotique inassouvi. Fermez les yeux, montez le son, et laissez votre cinéma intérieur projeter vos fantasmes sur l’écran noir de vos nuits blanches.
Sacha Distel et Brigitte Bardot, Le Soleil de ma vie, 1973
« C’est comme si tout avait commencé
/ Depuis plus d’un million d'années
/ C’est comme si nous nous étions trouvés
/ En nous cherchant
/ Depuis la nuit des temps… »
Neveu de Ray Ventura, Sacha Distel supervise en 1956 la bande-son du film Et Dieu… créa la femme et rencontre à cette occasion Brigitte Bardot. Premier contact tendu entre les deux artistes, car la star arrive en retard. C’est au début de l’été 1958 qu’ils se retrouvent à La Madrague, où ils vivront le début de leur idylle sous le soleil de Saint-Tropez. Bien plus qu’un fantasme, Brigitte est le soleil de sa vie, le soleil de ses jours, le soleil de ses nuits, elle est le soleil de l’amour, comme le chantera quinze ans plus tard le crooner. En attendant, Sacha Distel, guitariste émérite féru de jazz, a très envie de se lancer dans la chanson. Il écrit à l’ombre des cyprès une ballade en hommage à sa belle intitulée Brigitte ! Comme un clin d’œil à leur brève histoire d’amour, Brigitte et Sacha reprennent en 1973 You Are The Sunshine Of My Life de Stevie Wonder, sous le titre Le Soleil de ma vie.
Doc Gynéco, Vanessa - 1996
« Sur le petit écran, j’m’imagine avec Vanessa / Sa bouche fiévreuse, nos étreintes ravageuses / Sa langue brûlante et son corps excité / Sa voix haletante, bordée d’obscénités… »
Dans le domaine du fantasme, l’irrésistible et fantasque Doc Gynéco fait claquer les mots comme claque l’élastique d’une jarretière, donnant le coup d’envoi d’un feu d’artifice sexuel. À cette époque, son cabinet est ouvert tous les premiers samedis du mois à minuit, histoire de consulter avec malice le film porno de Canal+. À la fois romantique, polisson, obsédé sexuel et macho, Doc Gynéco mate des photos de Vanessa tout en faisant des clins d’œil à Florent Pagny et Lenny Kravitz, les ex-compagnons de la lolita. Extraite de l’album Première consultation, vendu à plus d’un million d’exemplaires, la musique de ce titre est terriblement envoûtante. Langoureuse et sensuelle, la mélodie incarne à la perfection le personnage fantasmé par le rappeur provocateur.
Georges Brassens, Fernande, 1972
Quand les garçons fantasment en pensant à Fernande, c’est toute la poésie de Georges Brassens qui se dresse au garde-à-vous. Le poète de Sète rencontre l’amour de sa vie à la fin des années 1940. Elle ne s’appelle pas Fernande mais Joha Heiman. Originaire d’Estonie, elle est surnommée Püppchen – petite poupée russe en allemand – par le « pornographe du phonographe ».
Les deux amoureux vivent sous des toits différents, l’artiste préférant s’enfermer dans sa tanière pour donner naissance aux mots et aux accords qui bâtiront sa légende. George Brassens parlait de Joha, présente à ses côtés jusqu’à la fin de sa vie, en ces termes : « Ce n’est pas ma femme, c’est ma déesse». Quant à Fernande, elle se dévoile en 1972 dans le treizième album du polisson de la chanson.
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Serge Lama, Les P’tites Femmes de Pigalle, 1973
Quel drôle de personnage que celui incarné dans cette ballade interprétée par Serge Lama… À la fois cocu et carrément content, il jubile grâce, non pas à une cure de remise en forme, mais aux p’tites femmes de Pigalle ! Notre Napoléon de la variété française fantasme et aborde avec humour et dérision les thèmes de l’adultère et de la prostitution en guise de solution.
Mieux qu’une ordonnance d’antidépresseur, cette thérapie poétique en forme de chanson populaire est extraite de son album Je suis malade. Alors Serge, fiction ou vérité ?
« Je ne suis jamais allé voir les petites femmes de Pigalle. Mais, à partir du moment où j’ai écrit cette chanson, succès considérable, toutes les petites femmes, de Pigalle et d’ailleurs, me sont tombées dessus. J’aurais pu faire des folies de mon corps. À chaque fois, je leur disais non. On passait des nuits à parler. J’ai des confessions des petites femmes de Pigalle, je ne peux pas vous dire ! » (Le Matin, 26 février 2015)
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Pierre Bachelet, Emmanuelle, 1974
Le mois de juin 1974 augure un été torride avec la sortie d’un film érotique français de légende : Emmanuelle de Just Jaeckin, inspiré du roman éponyme d’Emmanuelle Arsan.
La comédienne Sylvia Kristel se glisse dans la peau de la troublante jeune femme. L’héroïne s’envole pour rejoindre son mari diplomate à Bangkok. Dans l’avion, Emmanuelle profite de l’obscurité de la cabine pour prendre du plaisir avec deux inconnus. Arrivée en Thaïlande, elle fait la connaissance de Marie-Ange. Cette dernière s’invite chez Emmanuelle et la découvre nue sur son lit, plongée dans ses rêves inavouables…
Just Jaeckin aborde la sexualité par le prisme du fantasme, privilégiant des scènes non explicites mais habilement suggérées. À sa sortie, Emmanuelle provoque quelques couinements, mais son succès déferlera aux quatre coins de la planète. Une salle de cinéma parisienne proche des Champs-Élysées programmera ce tremblement de terre érotique pendant plus de dix ans !
Patrick Coutin, J’aime regarder les filles, 1981
Véritable hymne au plaisir des yeux sur fond de rock’n roll à la fois énamouré et nerveux, ce tube de l’été est à plus d’un titre jouissif.
Patrick Coutin a étudié la philosophie et les arts plastiques avant de s’intéresser de près aux filles qui marchent sur la plage. C’est en fumant les joints de ses copains qui se prélassent au soleil que Patrick a l’idée de cette chanson. Ses amis veulent qu’il les rejoigne sur le sable chaud et s’amusent à le provoquer gentiment en lui racontant que la fille qu’il avait draguée l’été précédent demande de ses nouvelles…
Enregistrée au mythique château d’Hérouville, théâtre des amours cachés entre George Sand et Chopin avant qu’il ne se transforme en Mecque des studios d’enregistrement dans les années 1970, J’aime regarder les filles raconte l’histoire d’un mec, certes un peu frustré, mais qui ne s’interdit pas de fantasmer en contemplant les filles et leurs poitrines gonflées par le désir de vivre.
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Danser un slow
Le slow n’est-il pas l’expression verticale d’un désir sentimental ? Rappel technique d’une danse culte mais aujourd’hui délaissée : le garçon place ses mains sur les hanches de sa partenaire, cette dernière reposant les siennes sur les épaules de son cavalier. Rien de plus compliqué ! Lumière tamisée, mélodies lentes et langoureuses, même les plus timides d’entre nous avaient leur chance au moment suspendu des séries de slow en discothèque ou dans le garage à l’heure de la boum.
Premiers émois amoureux sur fond d’irruption acnéique, Sophie Marceau, icône des ados des années 1980, a marqué toute une génération dans l'immanquable Boum de Claude Pinoteau.
Ancêtre des sites de rencontre sur Internet, le slow s’est éteint au profit d’une réalité virtuelle engendrée par l’ère du numérique. Mais combien de couples se sont rencontrés et aimés sur l’air de Purple Rain, T’en va pas, Hotel California, Succès fou, Carreless Whisper, J’ai faim de toi … ?
Richard Sanderson, Reality ("Réalité") - 1980
« I dream of holding you all night Je rêve de te tenir dans mes bras toute la nuit / And holding you seems right Et te tenir dans mes bras semble une bonne chose / Perhaps that’s my reality Peut-être est-ce ma réalité… »
Quand on se rappelle les boums de nos années 80, on repense aux fiévreuses séries de slows. De purs moments de grande solitude pour les plus manches ou d’exaltation pour les plus conquérants. La référence cinématographique en la matière est incontestablement La Boum de Claude Pinoteau avec Sophie Marceau. Sur fond de roulages de pelle et de psychodrames pour ados boutonneux, ce film explose au son de Reality, titre phare de la comédie sentimentale composé par Vladimir Cosma.
À l’origine, les producteurs du film voulaient imposer une star de la chanson, mais Vladimir les convainc de choisir un inconnu, de préférence masculin, pour interpréter le slow qui tue. Le choix se porte sur un jeune Britannique : Richard Sanderson. Résultat ? Reality atteint le sommet des hit-parades en France et cartonne en Allemagne, Italie, Autriche, Suisse, Chine et Corée, comptabilisant huit millions d’exemplaires écoulés dans le monde.
Percy Sledge, When A Man Loves A Woman (« Quand un homme aime une femme »), 1966
Un an avant « l’été de l’amour », le summer of love 67, Percy Sledge, chanteur de soul originaire de l’Alabama, a le moral au fond des chaussettes.
Contrarié suite à une dispute avec sa petite amie de l’époque, Percy a le blues... Entouré des musiciens de la formation The Esquires, il interprète essentiellement des reprises de rhythm’n’blues pour gagner sa vie. Un soir de déprime, n’ayant pas le cœur à l’ouvrage, le chanteur abandonné demande à ses compagnons d’improviser. Les premières notes de When A Man Loves A Woman jaillissent et la chanson prend forme.
Enregistré dans la foulée, le titre atteindra la première place du Billboard Hot 100 (Hit-Parade américain) et deviendra par la suite un tube interplanétaire. Quand un artiste aime ses musiciens : Percy Sledge cédera les royalties générées par la chanson improvisée à ses deux accompagnateurs.
France Gall, La Déclaration d’amour, 1974
Quand France Gall est seule et qu’elle peut rêver, elle rêve qu’elle est dans ses bras, elle rêve qu’elle lui fait tout bas une déclaration, sa déclaration... Tube de l’été 1974, La Déclaration d’amour devait être interprétée par son auteur, Michel Berger. Mais une romance en décidera autrement.
Au début des années 1970, France Gall est au creux de la vague, la gagnante de l’Eurovision 65 ne flirte plus avec le succès. Certes, elle se console dans les bras de Julien Clerc... mais elle recherche un auteur- compositeur pour redonner des couleurs à sa carrière.
Séduite par la plume et la musique du jeune Berger, elle le sollicite pour l’écriture d’une chanson. Dans un premier temps, Michel décline sa requête, mais lui propose de chanter sur Mon fils rira du rock’n’roll. Évidemment, il finit par craquer et se décide à lui interpréter au piano La Déclaration d’amour... France Gall tombe sous le charme du pianiste et quitte Julien Clerc pour devenir la groupie de sa vie.
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Joe Dassin, L’Été indien, 1975
Au début de l’année 1975, Joe Dassin a beau siffler sur la colline, il est au creux de la vague. Les ventes de son dernier album, Le Costume blanc, sorti pour les fêtes de fin d’année, sont médiocres. Jacques Plait, son directeur artistique, tombe sur une chanson du groupe italien Albatros cosignée par Toto Cutugno. Intitulé Africa, le texte ne parle pas d’amour mais d’un retour aux valeurs ancestrales pour s’échapper d’un monde devenu artificiel...
Joe Dassin n’est pas emballé par le sujet et demande à Claude Lemesle et Pierre Delanoë de l’adapter. Les deux auteurs partent s’isoler et trouver l’inspiration à Deauville le temps d’un week-end. Le soleil brille, il fait beau comme pendant l’été indien du nord de l’Amérique. Sur fond de nostalgie, la chanson raconte une histoire d’amour ancienne pleine de mystère.
L’Été indien paraît chez les disquaires le 6 juin 1975 pour devenir le slow de l’été et le plus grand succès commercial de Joe Dassin. Adapté en cinq langues, L’Été indien régnera sur vingt-cinq pays.
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Guy Marchand, Destinée - 1982
« Destinée / On était tous les deux destinés / À voir nos chemins se rencontrer / À s’aimer sans se demander pourquoi / Toi et moi… »
Drôle de destin pour Destinée, qui était à l’origine censée n’être qu’un gag dans le film Les Sous-doués en vacances. Dans le registre humour potache et franche déconnade, le réalisateur Claude Zidi demande à Vladimir Cosma et Philippe Adler d’imaginer un slow décalé pour l’époque, tendance nostalgique, limite ringard.
L’évocation de L’Été indien leur ouvre des horizons. La musique de Destinée sera composée en reprenant à l’envers certaines notes du tube de Joe Dassin. À l’écran, Guy Marchand dans le rôle de Paul Memphis et Jean-Paul Farré dans celui de l’inventeur du « Love Computer » testent les paroles de la chanson sur des couples de cobayes pour définir leur degré de compatibilité.
L’aventure burlesque de Destinée ne s’arrête pas aux vacances des sous-doués, la farce se poursuivant dans Le Père Noël est une ordure à l’occasion d’un slow mémorable entre Pierre Mortez (Thierry Lhermitte), bénévole de SOS Détresse Amitié, et Katia (Christian Clavier), travesti au bout du rouleau.
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Johnny Hallyday, Je te promets, 1986
L’idole a le blues. Après quatre années de complicité et d’amour, le clap de fin retentit, celui d’une belle histoire avec Nathalie Baye. Hors de question cependant pour Johnny de végéter trop longtemps et d’oublier de vivre : le chanteur fait appel à Jean-Jacques Goldman pour façonner son prochain album intitulé Gang.
Sous la plume du nouveau créateur de tubes, jaillissent des standards comme Laura, L’Envie, Je t’attends et J’oublierai ton nom, en duo avec Carmel. Sortez les mouchoirs... Je te promets garantit une bonne dose d’émotion, de la chair de poule et des poils dressés au garde- à-vous tellement l’interprétation du rocker romantique est émouvante. Avec son Gang, Johnny décroche la Victoire de la musique de l’artiste de l’année et se produit à Bercy pour la toute première fois de sa pharaonique carrière.
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Draguer
Dans son Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, Pierre Desproges constate : « L’œil est capable du clin. Le clin est la base même de la spécificité de l’œil. Il n’existe pas, en effet, de clin d’oreille, ni de clin de nez. Le clin d’œil sert à marquer subrepticement une complicité tacite entre deux ou plusieurs chenapans. Il permet aussi au dragueur de se faire connaître avec une relative retenue et une certaine discrétion qu’on ne retrouve pas dans la main au panier. »
Si l’œil demeure un organe indispensable pour draguer, l’oreille stimulée par une musique érotique joue également son rôle ! Des ballades romantiques ou facétieuses peuvent inciter au contact et motiver certaines rencontres. Si la chanson Vous les femmes de Julio Iglesias inspire à la séduction, d’autres comme I’m A Lover d’Andrea, Je suis sex-appeal de Jean Sablon ou Le Dragueur des supermarchés de Jacques Dutronc dressent le portrait d’un séducteur.
Claude Nougaro, Les Don Juan - 1962
« Mais chaque fois que l’on renifle / La piste fraîche du jupon / Pour un baiser, pour une gifle / Sans hésiter nous repartons / La main frôleuse et l’œil luisant / Nous les donjujus, nous les Don Juan… »
Cette année 1962 est marquée par la disparition de Marilyn Monroe, une des héroïnes de Claude Nougaro. Le jazz illumine l’esprit du poète. Il le considère comme une musique visionnaire qui s’adresse au corps. C’est avec le chef d’orchestre Michel Legrand et Eddy Louiss à l’orgue Hammond que Nougaro se lance dans l’écriture d’un deuxième album.
Véritable chef-d’œuvre, cet opus est truffé de tubes : Le Cinéma, Une petite fille, Le Jazz et la Java et les fameux Don Juan. « Quand un artiste commence à avoir son nom connu, à passer beaucoup à la radio, à avoir sa photo dans les magazines, une certaine catégorie de filles s’intéresse à lui explique le chanteur. Là, on peut se croire Don Juan car on a de bonnes fortunes assez faciles, mais intrinsèquement je ne crois pas l’être. »
Dans Les Don Juan, Michel Legrand traduit parfaitement l’état d’esprit de ces coureurs du tour de taille, tandis que les mots du petit taureau toulousain dansent sur un rythme effréné.

Jacques Dutronc, Les Playboys, 1966
En 1967, notre playboy a 24 ans et rencontre la séduisante Françoise Hardy, en quête d’un guitariste. Tout juste séparée du célèbre photographe Jean-Marie Périer, celle qui a fait tourner la tête de Mick Jagger, David Bowie et Bob Dylan tombe sous le charme dévastateur de l’enfant terrible au cigare, à la fois cynique, provocateur et insolent.
« Moi je n’osais pas faire le premier pas, d’autant moins qu’il était poursuivi par des tas de petites minettes et je n’avais pas envie de faire comme les autres raconte Françoise Hardy. On se retrouve en Corse pour la première fois et Jacques s’est organisé avec ses amis pour rester seul avec moi. Ce fut évidemment une soirée très arrosée ! Je le regrette beaucoup car c’est quelqu’un qui se livre très peu et il m’a parlé toute la nuit, mais j’ai complètement oublié ce qu’il a pu me dire. Ça s’est terminé comme on peut l’imaginer, nous avions enfin franchi le pas ! Il avait convenu avec ses copains que si ça marchait, il arborerait un foulard rouge le lendemain. »
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Zanini, Tu veux ou tu veux pas ? - 1970
« Si tu veux pas tant pis / Si tu veux pas / J’en f ’rai pas une maladie / Oui mais voilà réponds-moi / Non ou bien oui / C’est comme ci ou comme ça / Ou tu veux ou tu veux pas... »
Caché derrière ses petites lunettes rondes, son bob bleu ciel rayé, ses petites moustaches, Marcel Zanini, avec sa tronche impayable d’expert-comptable en burn-out, prend des airs de Droopy séducteur et n’y va pas par quatre chemins : « Tu veux ou tu veux pas ? ».
Originaire d’Istanbul, Zanini quitte la Turquie en 1930. Sa famille s’installe à Marseille où le jeune artiste apprend à jouer de la clarinette. En 1946, il intègre l’orchestre de Léo Missir avant de monter sa première formation de jazz. Son rêve américain s’écrit en 1954, Marcel devenant le correspondant à New York de la revue française Jazz Hot. Après quatre années passées à fréquenter les clubs de Manhattan, Zanini revient en France. Léo Missir, devenu directeur artistique chez Barclay, lui propose d’adapter un succès brésilien, Nem vem que não tem de Wilson Simonal. Le succès est phénoménal et Zanini est le premier surpris de se retrouver au sommet des hit-parades.
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Guy Bedos et Sophie Daumier, La Drague, 1973
Exaspérée, Sophie Daumier sublime ce que l’on appelle « un grand moment de solitude » dans ce sketch musical écrit par Jean-Loup Dabadie. Qui n’a pas connu l’enfer le temps d’un slow interminable avec un partenaire aux mains moites et à l’humour discutable ?
Dans le rôle du partenaire macho, Guy Bedos est, le temps de La Drague, au sommet de son art. L’humoriste débute sa carrière dans le music-hall huit ans plus tôt sur les planches de Bobino, aux côtés de Barbara. Cette même année 1965, il craque pour Sophie Daumier, la pétillante blondinette. Elle danse le french cancan, joue au théâtre et tient de petits rôles au cinéma. Fusionnels dans la vie comme sur scène, les inséparables se passent la bague au doigt pour le meilleur et pour le rire.
« J’ai volé à Simone Signoret cette phrase : “Je ne désaime pas.” Alors voilà, j’adore ma femme actuelle et c’est à la vie, à la mort entre nous, mais je n’ai jamais cessé de penser à Sophie. » (Guy Bedos, Télé Star, octobre 2015.)
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Nicolas Errèra, Dites, ça vous dirait... avec moi, 1983
Cette chanson sur un air de mambo en forme de sketch est tirée de la comédie Vive les femmes ! réalisée par Claude Confortès en 1983. Inspiré de l’album de bande dessinée de l’illustre Reiser publié en 1978, ce film Vive les femmes ! met en scène Roland Giraud, Maurice Risch, Michèle Brousse et Catherine Leprince.
C’est l’histoire de Viviane et Ginette, deux copines parisiennes, des clientes du bistrot de leur quartier. Elles y croisent souvent Bob, séducteur invétéré, qui emballe tout ce qui bouge. Le brame de ses conquêtes offre à l’occasion des moments de pur fantasme à son voisin de palier, l’éternel célibataire Mammouth. L’été pointe le bout de ses rayons et les deux amies prennent la direction de La Grande-Motte, dans le Midi. Sur la plage, elles croisent d’autres vacanciers, dont Bob et son pote Mammouth. Comme son nom l’indique, Mammouth ne fait pas dans la dentelle ; il aborde Viviane mais se prend un râteau alors que Bob et Ginette finissent par conclure.
M, Machistador, 1998
M, personnage pop flamboyant créé par Matthieu Chedid, manie la guitare électrique à la manière d’un Jimmy Hendrix jouant de son instrument fétiche avant d’y mettre le feu. Extrait de l’album Le Baptême célébré en 1998, Machistador fait partie de ces chansons rythmées au groove énergique qui nous entêtent dès la première écoute.
Son alter ego M, personnage sensible et timide, se glisse dans la peau du « machistador » enivré pour draguer au premier degré. « Quand tu envoies un message, c’est comme une bouteille à la mer. Tu peux avoir tous les avis... Certaines chansons ont pu être comprises totalement à l’envers de leur propos initial parfois. Comme Machistador, prise à l’époque comme une chanson machiste, alors que c’était totalement l’inverse. » (Le Républicain lorrain, avril 2013.) Le clip, réalisé par sa sœur Émilie Chedid, met en scène M entouré de danseuses et d’une bande de « machistadors » dans une ambiance totalement loufoque.
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Préliminaires
Le meilleur moment de l’acte amoureux n’est-il pas celui où l’on monte l’escalier ? Sigmund Freud explique : « Le caractère normal de la vie sexuelle est assuré par la conjonction vers l’objet et le but sexuel de deux courants, celui de la tendresse et celui de la sensualité. » En prélude au Sirocco de tendresse qui soufflera avant le rapport sexuel, cette montée de l’escalier regorge de sensualité et s’inscrit au registre des préliminaires.
Dans ce domaine figurent également le dîner aux chandelles, les dessous chics, les massages, le visionnage d’un film érotique, les jouets et l’écoute d’une musique inspirante pour accompagner ce moment délicieusement excitant. À l’écoute de ces chansons inspirantes vous suivrez Gainsbourg dans L’Hôtel particulier ou Massive Attack dans leur Paradise Circus, tout en fredonnant C'est extra de Léo Ferré…
Peggy Lee, Fever - 1958
« When you put your arms around me Quand tu mets tes bras autour de moi / I get a fever that’s so hard to bear J’ai la fièvre, c’est trop dur à supporter / You give me fever (you give me fever)
when you kiss me… /
Tu me donnes la fièvre (tu me donnes la fièvre) quand tu m’embrasses… »
Alors que la fièvre du rock’n’roll continue de secouer le pays de l’Oncle Sam avec l’irrésistible Jailhouse Rock d’Elvis Presley, en France l’industrie du disque tourne à plein régime. Les musiques venues d’outre-Atlantique s’apprécient sur vinyle comme celle de Fever, interprétée par Peggy Lee, chanteuse et actrice originaire de Jamestown dans le Dakota du Nord.
Les paroles écrites par Joseph Arrington Jr. ont été cédées pour trois cents dollars seulement au songwriter Eddie Cooley, qui compose ce titre avec Otis Blackwell.La première version chantée par Little Willie John sort en 1956 et s’écoule à plus d’un million d’exemplaires.
La deuxième, et la plus célèbre, reste celle de Peggy Lee en 1958. Pour trois cents dollars, l’ambiance jazzy dégagée par la contrebasse, les claquements de doigts et la voix sexy de Peggy donneront également la fièvre au monde de la publicité.
France Gall, Les Sucettes, 1966
À une période particulièrement débridée de sa vie, Serge Gainsbourg a la bonne idée de concocter Les Sucettes pour la jeune France Gall. Le poète provocateur écrit un texte sans vulgarité, mais qui ne correspond pas vraiment au caractère de la juvénile chanteuse.
Plutôt pudique et discrète, France Gall l’interprète avec innocence avant de saisir le second degré des paroles : « Je croyais chanter l’histoire d’une petite fille genre Sophie chez la comtesse de Ségur. Quand j’ai compris le second degré, j’ai eu tellement honte, tellement peur d’être rejetée... ». On raconte qu’elle en fut si choquée qu’elle s’enferma chez elle le temps de digérer des sucettes parfumées au scandale.
Quand on demandait à Serge pourquoi il ne chantait plus Les Sucettes dans les années 80, ce dernier répondait avec amusement : « France a eu un mot admirable : “Ce n’est plus de mon âge...” »
Juliette Gréco, Déshabillez-moi, 1967
Juliette Gréco : « L’érotisme, c’est un œil qui caresse un œil, c’est un œil qui vous caresse le corps, les mains, effleurer quelqu’un est fantastique. [...] Il n’y a rien de meilleur que le plaisir de l’autre. » (Extrait de l’émission À bout portant, ORTF, 1971.)
Écrite par le parolier Robert Nyel pour une strip-teaseuse dont il était raide dingue, Déshabillez- moi suivra un tout autre chemin. Gaby Verlor signe la musique et décide de la jouer au piano à Juliette Gréco, la muse de Saint-Germain-des- Près.
La dame en noir craque sur la mélodie et ce texte provocateur de désirs. Emballée par le thème sulfureux de la chanson, elle trouve la chute : « Et vous... déshabillez-vous ! ».
Dans la bouche de Gréco, Déshabillez-moi échappe à toute vulgarité et s’élève au rang de la grâce et de la volupté, à l’image de l’élégance incarnée par son interprète.
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Joe Cocker, You Can Leave Your Hat On (« Tu peux garder ton chapeau »), 1986
Nous pouvons tirer notre chapeau au grand Joe ! Par son interprétation charnelle de You Can Leave Your Hat On, chanson composée par Randy Newman, Cocker nous a fait transpirer devant les images fiévreuses d’Adrian Lyne.
Projeté au printemps 1986, 9 semaines 1⁄2 reste le film érotique des années 80 qui a stimulé nos fantasmes. Quant à la musique accompagnant la scène torride du strip-tease de Kim Basinger, elle illustre parfaitement l’instant des préliminaires, celui où l’on privilégie l’effeuillage de luxe en se déshabillant en douceur, sans forcément s’arracher les vêtements avec les dents. Les paroles de You Can Leave Your Hat On s’adressent au partenaire féminin, l’homme lui demande de retirer ses chaussures et ses vêtements, en revanche elle peut garder son chapeau...
Liane Foly, Au fur et à mesure, 1990
À force de chanter avec ses frères et sœurs au sein du groupe formé par papa, la petite Éliane Falliex, future Liane Foly, prend goût au jazz et apprend à jouer du piano. Quelques années plus tard, elle fréquente les bars de jazz parisiens et rencontre André Manoukian, dont elle partagera la vie pendant onze ans.
Les musiques de ses chansons sont composées par Dédé, et Liane décroche son premier succès commercial en 1988 avec Ça va, ça vient. Et comme il est souvent question d’amour, la Lyonnaise enchaîne avec Love me, love moi puis Au fur et à mesure. Devenue cougar par amour, elle va désenvelopper, décacheter et déshabiller un certain Grégoire. Le jeune ingénieur du son et Liane ont dix-sept ans de différence. La complémentarité et la complicité qui les unissent leur font vivre une très belle histoire d’amour. Mais Greg finira par décrocher de sa Liane pour s’envoler vers d’autres cieux.
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Faire l'amour
La musique peut-elle s’afficher au registre des aphrodisiaques ? En tout cas elle permet d’installer une ambiance rassurante, de créer un climat propice au rapprochement amoureux. En créant notre bande-son pour faire l’amour, nous restons dans notre propre univers. Qu’elles soient lancinantes, suggestives, rythmées, exotiques… ces instrumentaux sensuels ou chansons charnelles réveillent nos sens et nous font la courte échelle pour caresser le septième ciel.
Comment ne pas vibrer sur Sexual Healing de Marvin Gaye, ne pas perdre la cadence sur le Bolero de Ravel, ne pas susurrer sur Miss You des Rolling Stones ou ne pas gémir sur I Put A Spell On You de Screamin’Jay Hawkins ? Après tout, le sexe ne s’inscrit-il pas dans l’ADN du Rock et des chansons subversives?
Marvin Gaye, Lets' get it on - 1973
« Gonna get it on Faisons-le / I wanna get it on Je veux le faire / You don’t have to worry that it’s wrong Ne te demande pas si c’est bien ou mal / If the spirit moves ya Si tu te sens bien / Let me groove ya... good... Laisse-moi bouger... »
L’ambassadeur de la soul, Marvin Gaye, signe en 1971 un des meilleurs albums de tous les temps : What’s Going On. Le crooner au sourire dévastateur récidive deux ans plus tard en sortant un nouveau 33 tours intitulé Let’s Get It On.Sa liaison extraconjugale avec Janis Hunter, alors âgée de 17 ans, lui inspire cet opus spirituel, sensuel et sexuel. Marvin Gaye donne une dimension épicurienne à l’acte d’amour tout en y associant sa foi en Dieu. Marvin précisera : « Je soutiens que le sexe est le sexe et l’amour est l’amour. Ils s’accommodent bien ensemble si les deux personnes sont à peu près dans le même état d’esprit. »
On peut être du même sang, mais pas forcément être dans le même état d’esprit : la veille de son quarante-cinquième anniversaire, le 1er avril 1984, Marvin Gaye est assassiné par son propre père, pasteur, suite à une embrouille familiale.

Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Je t’aime… moi non plus, 1969
Écrit en 1967 pour sa blonde égérie, Je t’aime… moi non plus version Bardot ne sera publié qu’en 1986. Menacée d’un scandale mondial par son milliardaire de mari Gunter Sachs, Brigitte supplie Serge de ne pas sortir le disque. Un hymne à l’amour physique qui deviendra, avec la contribution de sa nouvelle amoureuse Jane Birkin, le slow de l’été 1969.
Censuré par la BBC, le titre passe en boucle sur les pistes des night-clubs britanniques. En Italie, c’est la même rengaine : la RAI censure Je t’aime… moi non plus. Le 45 tours, planqué dans une pochette de Maria Callas, se vend sous le manteau. D’autres pays catholiques comme le Portugal, le Brésil, lui emboîtant le pas. La fièvre gagne également la Suède tandis qu’au Pays-Bas, la reine Juliana, actionnaire de Philips, demande de stopper l’exploitation du disque et finit par obtenir gain de cause.
En attendant, c’est le jackpot pour le duo de l’année 69, leur tube Je t’aime… moi non plus s’est écoulé à plus de trois millions d’exemplaires.
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Mike Brant, Laisse-moi t’aimer, 1970
Dans la catégorie « meilleur espoir » venu d’Israël, Moshé Brand, plus connu sous le pseudonyme de Mike Brant, est repéré par Sylvie Vartan et Carlos dans une discothèque de Téhéran où il chante du folklore israélien. Sans parler la langue de Johnny, l’artiste débarque en France en 1969 et accepte d’interpréter un titre refusé par Dick Rivers et Johnny Hallyday. La puissance vocale de Mike Brant et un physique digne des premiers rôles dans la série Les Feux de l’amour laissent entrevoir un succès extraordinaire.
Chanson écrite et composée par Jean Renard, Laisse-moi t’aimer est un véritable cri d’amour, une invitation à déclarer sa flamme à l’horizontal. « J’apprécie toutes les femmes, à condition qu’elles soient de “vraies” femmes, avec toutes les qualités et tous les défauts que cet adjectif sous-entend. La fille idéale, selon mon cœur, doit être franche, attirante sinon jolie, intelligente, originale, sentimentale et… bonne cuisinière, pourquoi vous le cacher. » (Mike Brant, Mlle Âge tendre, 1973.)
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Barry White, Never, Never Gonna Give You Up (« Jamais, jamais je ne te laisserai tomber »), 1973
Originaire du Texas, le jeune Barry grandit dans les quartiers défavorisés de Los Angeles et intègre un gang avant de séjourner derrière les barreaux pour le vol de trois cents pneus de Cadillac ! En prison, il entend à la radio une chanson du King Elvis, It’s Now Or Never, traduisible par « c’est maintenant ou jamais ». Barry a 17 ans et prend conscience que son avenir n’est pas la délinquance mais la musique.
Premier hit en 1973 avec Never, Never Gonna Give You Up, une chanson écrite, composée et interprétée par le maestro de l’amour. Son timbre de voix caresse la mélodie tandis que son mouchoir éponge les gouttelettes tombant en cascade de son front étincelant. L’imposant Barry provoque également des frémissements chez les grands prédateurs. Inquiets de la libido en berne du requin-tigre Zorro, les dirigeants du zoo de Londres diffusent des chansons de Barry pour inciter la bestiole à procréer dans son aquarium ! Depuis, Zorro est devenu une véritable bête de sexe !
Jean-François Maurice 28 degrés à l’ombre, 1978
Jean-François Maurice alias Jean Albertini est producteur, directeur artistique et auteur pour Christophe, C Jérôme et Michèle Torr. Enfermé dans son studio d'enregistrement, ce joueur dans l'âme se met en tête de fabriquer le tube de l'été. Il invente alors une histoire d'amour torride se déroulant sur le célèbre rocher.
C'est ainsi que Monaco 28° à l'ombre va provoquer une vague de chaleur, en particulier chez ceux qui à l’écoute du slow imaginent un couple faisant l'amour. Si la musique est une adaptation de Mexico, une chanson italienne du groupe San Diego, pour l'aider à écrire le texte, il fait appel à son meilleur ami, Didier Barbelivien.
Ensemble, ils ne lésinent pas sur les clichés. Reste à trouver l'interprète ! Jean-Albertini pousse la plaisanterie jusqu'au bout et crée le personnage de Jean-François Maurice. Si le chanteur masqué parle plus qu'il ne chante, sa voix suave fait frissonner à souhait l'échine découverte de la gent féminine.
Jouer
Les jeux érotiques semblent un excellent moyen de réveiller sa libido et de booster sa sexualité. Ces pratiques, qu’elles soient gourmandes, accessoirement vibrantes ou basées sur la domination sont parfois chantées par des artistes animés d’un certain sens de la provocation.
Véritables références en la matière, Madonna, Iggy Pop, Serge Gainsbourg, Led Zepplin, Prince ont célébré à leur manière l’amour ludique, briser les tabous et participer à la démocratisation de ces jeux exquis. Envie de crème chantilly, d’une petite fessée, de se mettre en scène devant l’objectif, de batifoler dans son bain avec un petit canard ? Ces scénarios coquins inspirent auteurs, compositeurs et interprètes le temps d’une chanson qui se transforme, à son tour, en véritable objet érotique.
Depeche Mode, Master and servant - 1984
« There’s a new game Il y a un nouveau jeu / We like to play you see Auquel nous aimons jouer, vois-tu / A game with added reality Un jeu avec de la réalité supplémentaire / You treat me like a dog Tu me traites comme un chien /Get me down on my knees Me mets sur les genoux… »
Leur nom, Depeche Mode, est emprunté à un magazine féminin publié en France. Ces quatre banlieusards de Basildon, près de Londres, aux coiffures ridicules fabriquent une musique industrielle enluminée de synthétiseurs, de percussions froides et d’échantillonnages. La plupart de leurs chansons parlent d’amour, de sexe et de religion. Des tubes comme Master And Servant vont leur donner une envergure internationale, mais cette reconnaissance planétaire n’est pas synonyme de parcours de santé. Les membres du groupe, accros au sexe et aux expériences insolites, testent d’innombrables substances illicites. Quant au charismatique chanteur Dave Gahan, victime d’accidents cardiaques, d’overdoses à répétition et sujet aux tentatives de suicide, il est considéré comme un véritable miraculé d’une période où il semblait toujours bon de jouer à se faire mal.
Bryan Ferry, Slave to love - 1985
“I can hear your laughter Je peux entendre ton rire / I can see your smile Je peux voir ton sourire / Slave to love Esclave de l’amour…”
Créé et interprété par Bryan Ferry après la séparation de son groupe Roxy Music, le langoureux Slave To Love est extrait de son premier album solo, Boys and Girls. Coup de génie pour le crooner so british qui voit sa ballade figurer dans 9 semaines 1⁄2 d’Adrian Lyne. Le réalisateur retranscrit l’attirance sexuelle suscitée par un beau voyou nommé John Gray (Mickey Rourke) sur une aguichante New-Yorkaise incarnée par Kim Basinger. Leur relation est exclusivement basée sur le sexe, avec un net penchant pour la domination sadomasochiste. Ainsi la troublante Elizabeth devient-elle une véritable esclave de l’amour entre les mains de John, comme le chante Bryan Ferry sur la bande originale du film. Quant au clip de Slave To Love, il est signé Jean-Baptiste Mondino, avec la participation des mannequins Laurence Treil et Christine Bergström.

Magali Noël, Fais-moi mal Johnny, 1956
En 1955, Magali Noël joue dans le film de Jules Dassin Du rififi chez les hommes, où elle incarne une chanteuse délurée et sexy en combinaison moulante. Inspiré par sa prestation, le célèbre producteur Jacques Canetti la présente à l’auteur de L’Écume des jours. Boris Vian lui demande d’emblée si elle est d’accord pour interpréter ses chansons.
En studio, Canetti saisit tout son potentiel théâtral et lui demande d’implorer « Johnny » en accélérant son élocution. Hilare, Boris Vian bondit de sa chaise, attrape le micro et improvise dans sa voix : « Il va lui faire mal ! » Fais-moi mal Johnny est censuré par le Comité d’écoute de la Radiodiffusion française, et la pochette du 45 tours est tamponnée de la mention « interdit à la radio ».
Au milieu des années 1950, dans la France de René Coty, l’émancipation des femmes reste un sujet tabou. Pas surprenant qu’une chanson avant-gardiste évoquant les fantasmes sadomasochistes d’une demoiselle dérange les oreilles chastes.
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Lio, Banana Split, 1979
Dans les premières semaines de l’année 1980, le délicieux Banana Split de Lio dégouline des transistors. L’interprète de cette exquise gourmandise musicale, Wanda Ribeiro de Vasconcelos, est née au Portugal mais vit à Bruxelles.
Adolescente, Lio connaît les vertiges de la scène punk locale. Parmi ses fidèles amis, le futur grand parolier Jacques Duvall, de dix ans son aîné. Les origines de Banana Split remontent jusqu’à la chanson Peaches And Cream des Ikettes (choristes de Ike & Tina Turner), qui parle de pêches et de crème.
Jacques Duvall se lance dans l’adaptation en transformant ces pêches en « banana na banana na » pour des raisons de sonorité. Le parolier envoie son texte à Jay Alanski qui, agacé de travailler sur une reprise, crée la musique en cinq minutes ! L’exubérante et talentueuse chanteuse pop a 17 ans et sert son irrésistible Banana Split, titre à double sens, véritable hymne à la fellation.
Guesch Patti, Etienne - 1987
« Étienne, Étienne, Étienne / Oh ! Tiens-le bien / Délassé, délaissé, enlacé, élancé / Si je te mords et encore et encore / Quand dans le dos / Je souffle le mot :Oh ! Étienne… »
Après quelques expériences musicales, Guesch Patti provoque une authentique secousse dans les hit-parades en nous présentant le désormais célèbre Étienne. Ce titre est celui d’une chanson divinement torride.
Quant au clip, tourné en noir et blanc, il transpire le soufre et la provocation.L’ex-petit rat s’y transforme en femme fatale à lunettes au regard de braise. Vêtue d’un tailleur et d’une chemise ouverte, elle chevauche une chaise en hurlant « Étienne, tiens le bien ! » Puis Guesch Patti poursuit son show érotique en se lançant à cor et à cri dans une chorégraphie plus ou moins déshabillée sur l’air de « reste allongé, je vais te rallumer ». Ce scénario lui vaut la censure de quelques chaînes musicales, mais Étienne se classe n° 1 en France et dans neuf pays.
Un vrai carton pour la nouvelle Lucifer de la chanson française, qui se voit décerner la Victoire de la musique de la révélation féminine de l’année.
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Alain Souchon, J’veux du cuir, 1985
Imaginez un romantique hypersensible, le genre de grand timide au regard de chien abandonné, qui décide de casser son image pour réclamer un peu plus de vécu à travers « des gros seins, des gros culs ». À 40 ans, Alain Souchon veut du cuir et fouetter ce cliché du gendre idéal qui lui colle à la peau.
Extrait de l’album C’est comme vous voulez, le titre est coécrit avec David McNeil et la musique est composée par son compère Laurent Voulzy. Les deux amis dessinent une mélodie suave et fredonnante qui habille de douceur des mots parfois tranchants comme des lames de rasoir. Rarement une chanson sur le sadomasochisme n’aura été aussi légère que cette ballade au pays du cuir. Une poésie de la candeur que l’on retrouve dans un vidéoclip en forme d’album photo offrant des clichés noir et blanc de pin-up en lingerie fine.
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Plaisirs au féminin
Dans son essai existentialiste Le Deuxième Sexe paru en 1949, Simone de Beauvoir écrit : « Il y a des tendances lesbiennes chez presque toutes les jeunes filles ; ces tendances se distinguent à peine de la délectation narcissiste. » Dans la religion et la société, le lesbianisme a pendant longtemps été « ignoré » par rapport à l’homosexualité masculine. Des écrivains du XIXe comme Théophile Gautier ou Guy de Maupassant ont effleuré le sujet dans une encre souvent teintée de misogynie.
Aujourd’hui l’amour au féminin s’affiche, se revendique et s’exprime à travers toute forme d’art dont la musique. Parmi ces chansons, « Sans contrefaçon je suis un garçon » affirme Mylène Farmer, « Nuit magique » raconte Catherine Lara, « Te amo » déclare Rihanna, « Ta reine » fredonne Angèle, « La Garçonne » évoque Colette Mars, « Lola » et « Nelly » chantent Superbus…
Indochine, Canary Bay, 1985
Influencé par Robert Smith du groupe The Cure, Nicola, le chanteur d’Indochine, s’habille en noir, se maquille avec plaisir et se coiffe en pétard. Précurseur de la mode gothique en France, il interprète des textes mystérieux qui attisent la curiosité des adolescents. Il joue aussi la carte de l’androgynie et de l’ambiguïté sexuelle dans les paroles de ses chansons, en particulier 3e sexe.
En revanche, avec Canary Bay, Nicola fantasme une île désertée par les hommes où des filles de 20 ans s’embrassent sous la lune car elles n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent. Ce petit coin de paradis peuplé d’amazones lesbiennes en mini short s’appelle « Canary Bay » et se situe dans la république imaginaire d’Indochine.
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Alain Chamfort, Sapho et Sophie, 1990
Quelles filles ne se réjouiraient pas à l’idée de décrocher un Rendez-vous avec le séduisant Alain Chamfort ? Dandy de la chanson française, l’ex-Amoureux solitaire de Lio entretient cette classe folle de chanteur à minettes avec un physique et un sens de l’esthétisme que même Gainsbourg lui enviait ! Parmi les autres paroliers ayant collaboré avec Chamfort, citons l’auteur du succulent Banana Split : Jacques Duvall.
Le duo se retrouve à Londres pour mixer l’album Trouble et pense au titre Sapho et Sophie comme premier single : « Sophie aime les filles comme Sapho qui aiment les filles comme Sophie… » L’idée déconcerte les cadres de la maison de disques CBS. Ces derniers n’imaginent pas une seule seconde sortir un 45 tours traitant d’homosexualité féminine. Lors d’une réunion, ils expliquent que les radios ne programmeront jamais ce genre de chanson. Trois semaines plus tard, le tube de Mecano Une femme avec une femme envahit la bande FM et atteint les sommets des hit-parades.
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Mecano, Une femme avec une femme, 1990
Cette chanson d’amour « made in Spain », créée en 1986 par José María Cano du trio Mecano, s’intitule à l’origine Mujer contra mujer et figure sur l’album Descanso dominical. La version française Une femme avec une femme est une adaptation signée Pierre Grosz, le parolier d’Elsa (Jour de neige). Succès fulgurant pour ce titre qui se retrouve numéro un du Top 50 dès le mois de novembre 1990, et ce pendant sept semaines. Mecano devient ainsi le premier groupe espagnol en tête des meilleures ventes de 45 tours dans l’Hexagone.
Sa chanteuse Ana Torroja déborde de sensibilité et d’émotion lorsqu’elle interprète cet hymne à la tolérance. Une mélodie tout en douceur habillée de mots simples, directs et touchants. À une époque où le sujet reste tabou, Une femme avec une femme rappelle que l’homosexualité n’est pas une maladie mais un acte d’amour à vivre au grand jour.
Véronique Sanson et Catherine Lara, Entre elle et moi, 1992
En 1986, lorsque Michel Denisot reçoit « la rockeuse de diamants » dans son émission Mon Zénith à moi sur Canal+ et qu’il lui demande ce qu’elle regarde en premier chez un homme, Catherine Lara répond avec humour : « Sa femme ! » Une réponse magistrale et courageuse car il est encore rare, au début de la décennie 90, de faire son coming out.
L’annonce de son homosexualité fut un frein à sa carrière, mais l’artiste a toujours refusé d’être cataloguée. « Il faut être honnête, il est plus facile de dire qu’on vit avec une femme quand on a fait une carrière, quand on est socialement reconnue, que pour une ouvrière de chez Renault. » (Têtu.com.)
Catherine ne fait pas dans la revendication mais dans le romantisme. Dingue de violon, elle a accompagné les plus grands et chanté avec d’immenses artistes comme Véronique Sanson. En 1992, les deux amies interprètent tout en pudeur cette belle histoire : Entre elle et moi.
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Katy Perry, I Kissed A Girl (« J’ai embrassé une fille »), 2008
Faisant allusion à une expérience antérieure quand elle avait 19 ans, Katy Perry écrit I Kissed A Girl, soit « J’ai embrassé une fille ». La pop star évoque une forme de transgression tout en précisant qu’il s’agit dans son cas de bisexualité. Pour éviter toute polémique, cette chanson ne devait pas figurer sur l’album One Of The Boys, mais sortir uniquement en single. Finalement, I Kissed A Girl sera le premier extrait de cet opus. Dans le clip aux couleurs rose bonbon, Katy apparaît telle une poupée Barbie allumeuse, entourée de copines aux bouches fiévreuses.
Ses parents – papa est pasteur –,plutôt tolérants, ne prennent pas trop au sérieux cette chanson. En revanche, dans l’État de l’Ohio, le révérend Dave Allison menace ses paroissiennes adolescentes si elles succombent aux tentations de l’homosexualité en rajoutant ces mots : « J’ai embrassé une fille et j’ai aimé / Puis je suis allée en enfer ! »
Marie-Paule Belle, Celles qui aiment elles, 2011
L’amour au féminin c’est toute l’histoire de Marie-Paule Belle. L’interprète de La Parisienne en 1977 a vécu avec Françoise Mallet-Joris, femme de lettres belge membre de l’Académie Goncourt, et se souvient de commentaires désobligeants à leur égard.
En 2001, elle décide d’écrire sur l’importance et la nécessité de ne pas cacher ses sentiments à travers Celles qui aiment elles.
Marie-Paule Belle : « L’homophobie (comme le racisme) a progressé en France, on l’a vu lors des manifestations contre le mariage pour tous ! Je le vois tous les jours après mes concerts, avec les nombreux témoignages d’homosexuels, hommes et femmes, qui me remercient pour la chanson Celles qui aiment elles et qui souffrent beaucoup dans leur quotidien, surtout en province ! » (Sur le blog « Paroles d’Actu », février 2014.)
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Plaisirs au masculin
Des opéras du XXe siècle au répertoire pop en passant par les chansons existentialistes de l’après-guerre, le thème de l’homosexualité est abordé dans de nombreuses œuvres musicales. Les auteurs militent, caricaturent, revendiquent, parodient, évoquent une attirance…
Du côté des interprètes stars, le pionnier bousculant les codes est un certain Ziggy alias David Bowie qui s’affiche dans un look androgyne. En 1978, Sylvester surfe sur la vague déferlante du disco et devient l’icône gay en interprétant You Make Me Feel. Les clubs gays des années 1970 s’émanciperont au son des chansons engagées du disco. En 1984, Jimmy Sommerville et Bronsky Beat traitent de l’homophobie à travers Smalltown Boy. Un thème abordé par Calogero à travers J’ai le droit aussi. La difficulté d’assumer son homosexualité est évoquée par Renaud et son Petit pédé, quant à Mika, il chante le changement d’orientation sexuelle avec Billy Brown.
Queen, Bohemian Rhapsody - 1975
« Mama, life had just begun
Maman, la vie venait de commencer /
But now I’ve gone and thrown it all away Mais maintenant je suis parti et j’ai gâché tout cela / Mama oooh... Didn’t mean to make you cry Maman, oooh... Je n’avais pas l’intention de te faire pleurer… »
C’est en 1970, année du lancement officiel du groupe Queen, que Freddie rencontre sa future femme, Mary Austin. Au bout de quatre années de vie conjugale, Freddie est de plus en plus attiré par les hommes. Il finit par avouer son changement d’orientation sexuelle à sa bienveillante épouse.Le chanteur aurait glissé son message dès le début de la chanson : « Maman, je viens de tuer un homme, j’ai mis un pistolet contre sa tête. J’ai appuyé sur la détente, maintenant, il est mort... »
Ces mots transpirent comme une manière cachée de faire son coming out. Le défunt cité dans Bohemian Rhapsody serait l’ancien Freddie, l’hétérosexuel qu’il essayait d’être en vain. Son compagnon Jim Hutton confirme la théorie de la chanson-confession sur fond de culpabilité, expliquant que la star n’aurait jamais reconnu publiquement son homosexualité par correction vis-à-vis de sa famille.
Charles Aznavour, Comme ils disent, 1972
Censuré en 1965 pour atteinte aux bonnes mœurs avec sa chanson Après l’amour, critiqué pour avoir abordé l’histoire passionnelle entre une enseignante et son élève racontée dans le film d’André Cayatte Mourir d’aimer, Aznavour aborde cette fois-ci l’homosexualité dans une époque encore bien timorée face à ce genre de sujet.
Pour écrire et composer Comme ils disent, Charles s’inspire de son chauffeur, secrétaire et ami décorateur Androuchka. L’artiste se souvient de sa toute première interprétation en privé devant un cercle d’amis homosexuels : « Ça a jeté un froid. Puis on m’a demandé qui allait chanter ça. J’ai répondu : “Moi.” Nouveau silence. Puis quelqu’un s’est inquiété de savoir si je ferais une annonce. Vous m’imaginez annonçant sur scène que je vais me mettre à la place d’un homosexuel, alors que je ne le suis pas ? Il n’était pas question de reculer ! » (Le Figaro, décembre 2015).
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Village People, YMCA, 1978
Cette joyeuse troupe formée d’un policier, d’un biker, d’un ouvrier en bâtiment, d’un marin, d’un Indien et d’un cow-boy s’agite frénétiquement en chantant YMCA. Un son disco façonné par un producteur français, Jacques Morali, fondateur de Ritchie Family, et Henri Belolo, directeur du label Scorpio Music. YMCA fait référence aux auberges de jeunesse de San Francisco réservées aux hommes de la Young Men’s Christian Association.
Lors de sa sortie en 1978, le titre fait polémique. Pour une partie du public, des paroles comme « They have everything for you men to enjoy, you can hang out with all the boys » (« Ils ont tout ce qui vous plaît à vous les hommes, vous pouvez passer du temps avec tous les mecs ») évoquent sans conteste un lieu de rencontre et de sexe entre jeunes hommes. L’auteur de la chanson, Victor Willis, affirme parler simplement d’activités et de divertissements entre amis…
Serge Gainsbourg, I’m The Boy (« Je suis le garçon »), 1984
Le thème de l’homosexualité revient à plusieurs reprises dans l’œuvre de Gainsbourg, notamment à travers le film Je t’aime moi non plus et son « conte parabolique » Evguénie Sokolov, publié en 1980. Dans cette histoire de peintre pétomane, Serge évoque une expérience homosexuelle passive avec un jeune admirateur rencontré à la fin des années 1950.
En 1984, il consacre une partie de l’album Love On The Beat au thème de l’amour au masculin. Sur la pochette du disque, il apparaît en travelo, et sur microsillon Serge chante : « I’m the boy that can enjoy invisibility… « C’est une phrase de James Joyce explique Serge : “Je suis le garçon qui a le don d’invisibilité…” Je me suis dit : “Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire avec ça ?” Et j’ai pensé justement à un homosexuel comme Montherlant qui ne voulait jamais se faire photographier, qui a toujours interdit les photos parce qu’il avait des promiscuités sordides avec les hommes, il ne voulait pas être victime de chantage, il voulait rester invisible. » (33 tours promo de Love On The Beat, 1984).
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Zazie, Adam & Yves, 2001
Isabelle Marie Anne de Truchis de Varennes, plus connue sous le pseudonyme de Zazie en référence à l’œuvre de Raymond Queneau Zazie dans le métro, publie en 2001 l’album, La Zizanie. Pour sa promotion, Zazie et son ami Vincent Baguian imaginent un fanzine du même nom, La Zizanie, distribué par des crieurs déguisés en gavroches.
Dans la chanson Adam & Yves, il n’est pas question de se déguiser pour cacher ses différences. « Je n’ai pas du tout envie d’être fédératrice d’un mouvement ou d’un communautarisme gay ou pas gay. J’ai remarqué ça depuis le début, peut-être aussi parce que j’ai une certaine masculinité en moi aussi. Dès qu’on est un peu dans une certaine ambiguïté et qu’on ose être toutes les facettes de soi, j’ai l’impression qu’on peut avoir, ne serait-ce qu’un lien avec les gens qui ont forcément assumé cette ambiguïté, et c’est ce qui les définit sans en faire un gros mot... » (Citegay.fr, décembre 2006)
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Fatal Bazooka, J’aime trop ton boule, 2007
Furieuse parodie de rap et de ragga, J’aime trop ton boule, cri d’amour déchirant de Fatal Bazooka, alias Michaël Youn, est à plus d’un titre jubilatoire. L’ex-trublion du Morning Live de M6 dénonce l’homophobie affichée par une certaine catégorie de rappeurs et l’apologie du corps cultivée par ces artistes aux chaînes qui brillent.
Dans le clip tourné dans un décor de discothèque, la dérision n’a pas de limite : Des hommes avec des pecs gonflés aux protéines se trémoussent sous les sunlights moulés dans leur short en jean. La parodie poursuit son festival avec une séquence où un bricoleur ouvertement gay s’amuse sensuellement avec une grosse perceuse. Adapté au cinéma, Fatal Bazooka entouré des caricatures de Paris Hilton et Britney Spears, s’en donne à cœur joie dans une comédie dénonçant le sexisme dans le milieu du rap.
Plaisirs solitaires
Comme le souligne Woody Allen : « Ne dites pas de mal de la masturbation. C’est la manière la plus sûre de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime. »
Classés pendant longtemps au rayon des sujets tabous, le plaisir solitaire est de nos jours recommandé pour ses bienfaits sur la santé et notre bien-être. Sa pratique diminuerait le stress, favoriserait le sommeil, décuplerait le plaisir, aiderait au self control… Alors on dit merci qui ? Merci aux endorphines sécrétées par le cerveau au moment du geste. Et merci aux chanteurs qui prônent derrière leur micro l’art de la caresse en solo. Citons parmi eux, Pierre Perret avec La Carotte, Prince et sa Darling Nikki, Lady Gaga pour Sexx Dreams ou encore Britney Spears avec Touch Of My Hand…
Billy Idol, Dancing With Myself (« Danser avec moi-même »), 1981
Un vidéoclip n’illustre pas toujours les propos de la chanson qu’il met en scène. C’est le cas pour Dancing With Myself de Billy Idol. Les paroles évoquent le plaisir solitaire – « je danse avec moi-même » –, alors que devant la caméra, le punk blondinet danse sur le toit d’un building en ruine dans une ambiance de fin du monde.
Avec sa croix autour du cou, son gilet en cuir et son gant clouté, Billy suinte le soufre et tente de repousser une horde de crève-la-faim maquillés comme des zombies. La chorégraphie s’inspire davantage de Thriller de Michael Jackson que d’une scène érotique tirée du film Emmanuelle.
Dernier single de Generation X, le 45 tours Dancing With Myself reste confidentiel lors de sa sortie. À la suite de la séparation du groupe, Billy Idol remixe le titre pour son premier album, Don’t Stop, et le ressort en 1981. L’artiste britannique émigré à New York connaîtra en solo le succès grâce à ce titre.
Alain Bashung, Madame rêve, 1991
Un grand merci, chère madame, d’animer nos rêves les plus ardents en vous imaginant jouer avec ces drôles de cylindres si longs qui littéralement vous remplissent de bonheur. Merci à vous, chère Natasha, d’exister. Selon Pierre Grillet, auteur de cette séquence très intime, vous êtes belle, infidèle, drôle, kleptomane, fantasque, originale… C’est vrai qu’il vous connaît bien. Vous représentez trente ans de sa vie, trente années de passion émaillées de ruptures et de retrouvailles. Vous l’avez inspiré au point d’écrire une chanson destinée à M. Alain Bashung.
Quand le rocker dandy reçoit le texte, il l’apprécie, cependant Madame rêve patientera presque trois ans avant d’être enregistrée. Pierre Grillet raconte que personne ne voulait de vous, enfin de ce texte léché évoquant le plaisir solitaire féminin. Pour éviter de glisser vers la vulgarité, il fallait composer une musique épurée empreinte de douceur et de tension. Alors merci à vous, M. Alain Bashung, de nous permettre ce rêve…
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Ophélie Winter, Tout le monde le fait, 2002
Fille du chanteur néerlandais David Alexandre Winter, connu pour son succès Oh Lady Mary, et du mannequin Catherine Fefeu, Ophélie Winter va s’amuser à chanter les louanges des plaisirs solitaires.
En attendant, « Dieu lui a donné la foi » pour enregistrer à l’âge de 10 ans La Chanson des klaxons puis Poil de carotte trois ans plus tard. Dotée d’un physique d’actrice hollywoodienne, Ophélie devient mannequin en 1991. La blonde incendiaire pose pour des marques de lingerie, fait la couverture des magazines Photo et L’Écho des savanes.
En 2002, Ophélie sort son troisième album, Explicit Lyrics, avec un premier single, Sache. Quant à l’intrigant deuxième extrait, il se dévoile sous le titre Tout le monde le fait… Mais de quoi parlez-vous, Ophélie ? La responsable de la plaisanterie raconte qu’elle était en studio devant une page blanche et que l’idée du sujet la faisait bien rigoler. À l’origine, personne ne capte le sens d’un texte laissant à la coquine Ophélie Winter des souvenirs jubilatoires !
Yelle, Mon meilleur ami, 2007
Mais qui peut bien être ce meilleur ami pour mettre la truculente Yelle dans un tel état ? Debout sur son lit, en robe jaune et collants noirs, elle gesticule tel un moulin à vent au milieu d’une chambre transformée en dancefloor. Dans ce clip, Yelle chante à tue-tête Mon meilleur ami sur fond de pop acidulée à la sauce techno. Parle à ma main, son duo avec Michaël Youn dans l’album et le film Fatal, résonne encore dans nos têtes !
Cette fois-ci, Julie Budet (c’est son vrai nom) nous parle de son meilleur ami le sextoy. Ah ! amitié, quand tu nous tiens ! À travers ses textes tanguant entre humour frontal et second degré, Yelle affiche spontanément sa bisexualité et son désir de vivre toutes sortes d’expériences.
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Mylène Farmer, Sextonik, 2008
« Je ne fais pas ce métier pour provoquer. Mais, parfois, certaines provocations sont synonymes de liberté. [...] Comme je suis la première à m’insurger contre la censure, je ne peux pas être mon propre censeur. Je vais au bout de mes désirs. » (Mylène Farmer, Paris Match, 2001.)
Influencée par Oscar Wilde, Charles Baudelaire et Edgar Allan Poe, Mylène Farmer évoque tout au long de son répertoire l’amour, le sexe, la religion, la mort sur une toile musicale pop, rock, voire électro. Dans son huitième album, Point de suture, la star s’affiche friponne et joue du sextoy à travers Sextonik. Si le titre rime avec le Gym Tonic de Véronique et Davina, cette fois-ci il n’est pas question de cours de gymnastique mais d’une séance de sexe solitaire. Mais en rythme, s’il vous plaît ! Mylène fantasme en comparant sa panoplie de sextoys au compagnon idéal. Entre stimulation et addiction, elle avoue sans contrefaçon aimer le sex tonik !
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