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Nino Ferrer

Des chansons qui resteront plus d'un million d'années


Disparu en 1998, Nino Ferrer est reconnu pour une poignée de standards : « Le Sud », « Mirza », « Le téléfon »

Au-delà des tubes, cet auteur-compositeur-interprète n’aura cessé de défendre son audacieuse et éclectique discographie : 14 albums qui lui survivront plus d’un million d’années.

Un pied en Italie, un pied en France


Agostino Ferrari, alias Nino Ferrer, voit le jour le 15 août 1934 à Gênes. Ses parents sont alors de passage en Italie. Son père, Pietro (dit Pierre) Ferrari (1901-1981), est issu d’une riche famille génoise. Malgré une vocation littéraire contrariée, il se retrouve dirigeant d’une entreprise minière et métallurgique en Nouvelle-Calédonie où il rencontre Raymonde Magnin (1912-1998), passionnée de théâtre et de littérature.

1939. Vacances romaines pour les Ferrari qui doivent dire adieu à l’archipel du Pacifique alors qu’éclate le Second Conflit mondial. Le jeune Nino découvre la vie au sein du clan familial et traverse le début des années 1940 loin du fracas de la guerre. Sa mère assure elle-même son éducation.

Les années « rive gauche »


Les Ferrari s’installent à Paris en 1947. Devant assumer son accent italien prononcé et son origine sociale (la bourgeoisie désargentée), Nino n’évite pas les railleries de ses camarades. Il trouve dans le jazz un espace de liberté. Au milieu des années 1950, il est étudiant en archéologie le jour, contrebassiste la nuit dans le trio jazz Nouvelle-Orléans de Richard Bennett : les Dixie Cats. La formation enregistrera avec l’un des maîtres du swing, l’Américain Bill Coleman, en 1959.

Au tournant électrique des années 1960, le trio rebaptisé RB RB multiplie les premières parties : Ray Charles, Count Basie… Pourtant, Ferrari n’a pas abandonné l’idée de devenir Ferrer : un chanteur « rive gauche ».

Yéyé malgré lui


En 1963, alors que la trentaine approche, il parvient après une série de déconvenues à publier son premier super 45 tours chez Bel Air, le label de Nicole Barclay, l’épouse d’Eddy. Le disque comprend notamment le morceau « C’est irréparable » sur une musique cosignée avec la compositrice et chanteuse Gaby Verlor.

Bientôt, le grand blond surnommé « le Ray Charles français » affirme une signature : le rhythm’n’blues à la française. En 1966, il chante « Je veux être noir », un titre qui, sur un air enlevé, évoque une ambition artistique pénalisée par un complexe d’infériorité. L’artiste s’y positionne « contre la ségrégation raciale ».

Fin des années 1960, il faut que ça « twiste ». Nino Ferrer se plie à l’exercice des chansons qui ne vous lâchent plus, mariant burlesque et élégance, sans céder à la vogue des adaptations. « Mirza » en 1965, « Les cornichons » l’année suivante où il déclame de sa voix éraillée un inventaire surréaliste, « Le téléfon » en 1967 (année de son admission à la Sacem) lui apportent le succès tant attendu. À l’instar d’Henri Salvador, Ferrer va devoir composer avec une image de comique, en dissonance avec sa complexité. Ce n’est pas un hasard si 1967 marque aussi son expatriation pour trois ans en Italie où il n’est pas catalogué comme « un yéyé ».

À l’ombre des standards


À l’ombre des standards, le meilleur reste pourtant à venir. À partir des années 1970, le musicien, refusant le rôle de « fabricant de tubes », continue d’explorer une infinité de genres musicaux, de la bossa-nova (« La rua Madureira ») au rock psychédélique.

En 1972, il sort notamment une chanson intemporelle et ancrée dans un décor de jeunesse : « La maison près de la fontaine », une déclaration d’amour écolo à une époque révolue doublée d’un regard acéré sur la société de consommation. Le morceau est publié sur l’excellent Métronomie qu’il appelle « mon premier album », sous l’influence formelle des grands groupes britanniques. Un échec commercial auquel l’artiste ne se résout pas.

En 1973, il enregistre dans sa propriété familiale de Rueil-Malmaison « The South », une chanson aux accents country-folk qui apparaîtra sur l’album Nino and Radiah publié sur le label CBS. La version française, produite par Bernard Estardy et reniée par Ferrer, est imposée par ce label en contrepartie du disque. Elle éclipsera l’originale. S’écoulant à plus d’un million d’exemplaires en France, « Le Sud » devient son plus grand succès. La chanson sera notamment reprise par Alain Bashung sur la compilation hommage On dirait Nino (2005).

Loin du showbiz


Grâce aux ventes de ce hit, Nino Ferrer acquiert une propriété à Saint-Cyprien (Lot), La Taillade, où il s’adonne à sa seconde passion, la peinture. En artisan, il continue à composer, loin du showbiz qu’il exècre. « J’ai eu envie de faire de la musique comme j’aurais eu envie de faire l’amour avec une femme, confie-t-il lors de sa dernière interview à Paris Match, publiée le 27 août 1998. Je n’ai jamais fait de plan de carrière. »

Sa dernière apparition à la télévision date de 1994. Nagui lui consacre alors un Taratata dans lequel il joue le morceau-titre de son dernier et quatorzième album studio La Désabusion, porté par les guitares rock de l’Irlandais Mick Finn.

En 1998, un voile se lève sur l’existence de l’artiste, marqué par la disparition de sa mère. Malgré le démarrage des sessions d’un nouvel album conçu pour être le dernier, Nino Ferrer, souffrant de dépression, se donne la mort le 13 août, à soixante-trois ans. Depuis, le « téléfon » sonne dans le vide…