exposition
Back in the jazz
Il est celui qui a su faire « swinguer » le répertoire de Jean-Sébastien Bach.
Avec le Trio Play Bach, en adaptant ses œuvres, Jacques Loussier a fait de la musique de Bach des classiques de jazz.
Musicien hors pair, compositeur de bandes-son de films, il a également accompagné les plus grands, de Charles Aznavour à Catherine Sauvage. Jacques Loussier, décédé le 5 mars 2019, était devenu sociétaire définitif de la Sacem le 13 avril 1967.
Sur sa photo d’identité, utilisée pour inscrire ses œuvres à la Sacem, il regarde au loin. Un regard espiègle, un sourire esquissé. Sur ce cliché datant de 1959, Jacques Loussier, alors tiré à quatre épingles, vient de créer le Trio Play Bach avec ses comparses Christian Garros à la batterie, Pierre Michelot à la contrebasse. Un projet musical ambitieux les anime : s’approprier l’œuvre du géant Jean-Sébastien Bach en version jazz et swing. Jacques a eu cette chance, dès l’âge de dix ans, alors jeune pianiste en apprentissage, de découvrir le répertoire de ce grand musicien allemand. Le Prélude en sol mineur, notamment, compte parmi ses premières amours.
Né le 26 octobre 1934 à Angers, Jacques Loussier a toujours eu la passion du piano, cet instrument où les doigts flottent et rebondissent. À seize ans, il entre au conservatoire de Paris, sûrement loin de se douter alors qu’en juillet 1959 il demanderait à adhérer à la Sacem en ses qualités de compositeur, arrangeur, chef d’orchestre et bien sûr pianiste. C’est presque écrit : grâce à sa rencontre avec le flûtiste Jean-Pierre Eustache sur les bancs du conservatoire, il prend la direction de la ville normande de Caen, où ils jouent ensemble dans une brasserie. C’est ici qu’il affine son jeu, que Jacques devient Loussier, grand musicien de jazz.
Mais la France ne lui suffit pas. Jacques Loussier s’imprègne des couleurs musicales du monde, de l’Algérie à Cuba. Il rencontre et accompagne aussi les plus grands : Frank Alamo – avec qui il arrange le tube « Biche oh ma biche » –, Léo Ferré, Catherine Sauvage ou Charles Aznavour. Un quotidien de « cachetonnage », comme on dit, qui lui laisse le temps de s’adonner à ses deux autres passions : Jean-Sébastien Bach mais aussi la composition de musiques de film.
Car Jacques Loussier a su habiller les images. On lui doit une centaine de compositions de bandes originales, de celle du film Le Doulos qu’il a déposée à la Sacem en 1963 jusqu’à celle du film Inglourious Basterds de Tarantino en 2009, en passant par les séries télévisées des Nouvelles Aventures de Vidocq ou celle de Thierry la Fronde, parmi les plus connues. Il faut dire que, musicien de son temps, Jacques Loussier écoute avec une oreille affûtée les nouvelles sonorités du monde. En témoigne son album personnel Pulsion, sorti en 1979, rythmé et enjôleur. Les musiciens classiques ne sont cependant jamais loin. Tout au long de sa vie, il adapte également Vivaldi, Ravel, Debussy, Beethoven, Mozart. Mais il restera essentiellement dans les mémoires pour son Trio Play Bach. Le projet se vendra à 7 millions de disques et, en dix ans, le trio donnera plus de 3 000 concerts dans 80 pays.
Pour avoir été une réincarnation jazz de tous ces grands compositeurs, Jacques Loussier est nommé commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 2007. Il meurt douze ans plus tard, le 5 mars 2019 dans la commune de Blois, après avoir constitué un pont essentiel entre jazz et musique classique.
(c) Stuart Clarke/Mail On Sunday/REX/Shutterstock/SIPA
Consulter les archives Sacem de Jacques Loussier