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Paul Mauriat

Grand couturier de la chanson française


Tout le monde a un jour fredonné un air de Paul Mauriat.

Né il y a cent ans, ce compositeur et chef d’orchestre aux 40 millions de disques vendus fut l’arrangeur de Charles Aznavour dans les années 1960 et de bien d’autres stars de la chanson.

Pape de l’easy listening, ses versions orchestrales de standards ont fait son succès à l’étranger.

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À Marseille, entre classique, jazz et chanson populaire


Paul Mauriat naît le 4 mars 1925 à Marseille où il grandit au sein d’une famille de musiciens classiques. Il est encore en maternelle lorsqu’il se met au piano. Son père, un inspecteur des Postes, lui donne des cours de musique jusqu’à son admission au conservatoire.

Passionné de jazz et de chanson populaire, Paul a dix-sept ans lorsqu’il forme, sous l’Occupation, son premier orchestre. Il dirige ensuite la formation du cabaret marseillais Le Vamping, ancien temple du bal musette.

Les débuts à Paris


Grâce à cette expérience et avec l’aide du compositeur et arrangeur marseillais Franck Pourcel, premier chef d’orchestre français à connaître le succès aux États-Unis dès la fin des années 1950, Paul Mauriat monte à Paris en 1958. La maison de disques Barclay l’engage comme arrangeur et directeur musical. Il travaille alors pour des artistes comme Léo Ferré, Henri Salvador, Gloria Lasso ou encore Rika Zaraï. Cette dernière décrira un homme « réservé et professionnel » qui livrait des partitions de grande qualité à des violonistes pour beaucoup venus de l’opéra.

La même année, il partage le prix du Coq d’or de la chanson française avec l’auteur-compositeur André Pascal pour la chanson « Rendez-vous au Lavandou ». C’est lors de ce concours, organisé par Eddie Barclay, que Mauriat sympathise avec le chef d’orchestre, arrangeur et compositeur Raymond Lefèbvre – notamment connu pour avoir dirigé l’orchestre de l’émission Palmarès des chansons, animée par Guy Lux.

Premier succès international


Le trio Mauriat, Pourcel et Lefèbvre devient inséparable. En 1961, ils créent la chanson « Chariot ». Espérant en booster les ventes, Paul et Franck, cocompositeurs de ce titre, optent pour des pseudonymes étrangers : Del Roma et J.W. Stole. Raymond, lui, réalise les arrangements sous le nom F. Burt. Interprétée par Petula Clark, la chanson sortie en juillet 1962 se classe n° 1 des hits de Salut les Copains. L’année suivante, c’est la version américaine de la jeune Peggy March rebaptisée « I Will Follow Him » qui prend la tête du Billboard Hot 100 durant trois semaines.

L’osmose est alors totale entre Raymond Lefèbvre et Paul Mauriat. Ensemble, ils composent et arrangent notamment des musiques de films comme celles des deux premiers volets de la série des Gendarmes : Le Gendarme de Saint-Tropez (1964) et Le Gendarme à New York (1965). Paul signe même les paroles de la chanson « Douliou-douliou Saint-Tropez ».

Le secret du son de Charles Aznavour


Alors reconnu dans le milieu comme l’un des grands « couturiers » de la chanson française, Mauriat devient parallèlement dans les années 1960 indispensable à Charles Aznavour, récemment signé chez Barclay. Eddie Barclay avait proposé à ce dernier trois arrangeurs : Quincy Jones, Michel Legrand et un certain Paul Mauriat, finalement retenu. « C’est Mauriat qui a trouvé ce son qui a été le mien et qui continue à l’être », dira Aznavour.

Jusqu’en 1967, le musicien, dont Charles apprécie la rapidité et la précision, réalise pour lui les arrangements de pas moins de 130 chansons parmi lesquelles nombre de futurs classiques : « La bohême », « La Mamma », « For Me formidable », « Tu t’laisses aller »… Son secret ? S’exprimer librement sur l’introduction d’un morceau puis laisser la place au chanteur.

1968 : « Love Is Blue » domine les hit-parades américains


Fin 1965, Paul Mauriat qui vient de signer chez Philips, a le coup de foudre (musical) pour Mireille Mathieu, vingt ans. Pendant trois ans, il devient son directeur musical, arrangeur et chef d’orchestre. Il compose une quinzaine de chansons pour elle et lui offre son premier succès, « Mon credo », en 1966. Suit « Viens dans ma rue », qui reçoit le prix Vincent-Scotto décerné par la Sacem, en 1967.

Le musicien fait sensation en 1968. Sa reprise orchestrale de « L’amour est bleu », une chanson d’André Popp présentée en 1967 par la Grecque Vicky Leandros au concours de l’Eurovision, se retrouve n° 1 des hit-parades aux États-Unis pendant cinq semaines consécutives devant les Beatles. Une première pour un artiste français. Le 18 février 1968, il interprète ce titre au clavecin, instrument atypique devenu sa signature sonore, dans le prestigieux Ed Sullivan Show. « S’il n’y avait pas eu « Hey Jude » des Beatles, j’aurais fini n° 1 de l’année », déclarera-t-il.

Un mythe au Japon


Après ce succès improbable, Paul Mauriat se lance dans une intense vie de tournées dans les années 1970. En 1972, il entame une longue collaboration avec le pianiste et compositeur Gérard Gambus, son directeur musical pendant dix ans. Celui-ci lui présente plus tard son frère, Gilles, qui devient son bras droit.

Populaire en France et aux États-Unis, adulé au Japon, Paul Mauriat y donne plus de 1 250 concerts en trente ans. Récompensé par un Grand Prix du Midem et fait commandeur des Arts et des Lettres en 1997, le musicien tire sa révérence à Osaka, à l’occasion d’un Sayonara Concert, en 1998. Et confie la direction de son grand orchestre à Gilles Gambus.

Paul Mauriat s’éteint à Perpignan le 3 novembre 2006, à quatre-vingt-un ans. Il reste l’un des papes de l’easy listening, genre auquel il aura contribué à donner ses lettres de noblesse.

Publié en mars 2025 - crédit photo : Universal Music France / Bridgeman Images.