exposition
Icône des années folles
Meneuse de revue historique du Casino de Paris et du Moulin Rouge, célèbre chanteuse, danseuse et actrice, Mistinguett a marqué les Années folles en devenant l’une de ses plus emblématiques ambassadrices. Digne représentante de l’esprit parisien, avec sa gouaille et son amour de la comédie, Mistinguett est devenue, au fil de sa carrière, un trésor national qui a marqué la vie culturelle bouillonnante du début du XXe siècle.
C’est une icône de ce que l’histoire a appelé « les Années folles » : ces années 1920, aventureuses, pleines de bouillonnements sociaux et culturels. Elle s’appelle Jeanne Florentine Bourgeois, mais la postérité se souvient de Mistinguett : une danseuse, chanteuse et actrice majeure de l’histoire des arts. Celle du Casino de Paris ou encore celle du « Paris qui jazz », en référence à cette revue qui a fait sa première le 6 octobre 1920, avec Mistinguett en tête d’affiche.
Son éducation traduit son futur succès : biberonnée à la culture, son enfance est partagée entre les cours de théâtre, de chant et de danse, jusqu’à jeter son dévolu sur le violon, instrument qui change sa vie. Car c’est en se rendant à une de ses leçons qu’elle rencontre, dans un train, à l’âge de dix ans, un certain Saint-Marcel, alors responsable de revue au Casino de Paris. Avec lui, Jeanne devient d’abord « Miss Hélyett », surnom inspiré d’une héroïne d’opérette, transformé ensuite en Mistinguett.
Surtout, c’est au Casino de Paris qu’elle fait ses débuts en 1894 dans La Môme du Casino, où elle entonne son premier air célèbre, sans faire alors l’unanimité. Jugée lisse, commune ou peu originale, sa voix fait parler. Mais c’est une voix « qui chante faux et bouleverse », comme le décrira Jean Cocteau dans Le Figaro.
Surtout, Mistinguett n’est pas qu’une voix : elle est fantaisiste, drôle et déconcertante. Elle le montre au Trianon-Concert en 1894 avec la chanson « Max, Ah c’que t’es rigolo », mais elle connaît le véritable succès trois ans plus tard à l’Eldorado, une salle du 10e arrondissement de Paris. Ici, elle a trouvé sa patte : celle d’une chanteuse comique, capable, par son caractère, son aura et sa gouaille, de fédérer les foules.
Du Moulin Rouge aux Folies Bergère, Mistinguett devient la meneuse de revue incontournable. Celle qui fait rire, celle qu’on admire et que l’on veut dans ses films. Après être devenue une figure majeure des planches et du music-hall, Mistinguett évolue en icône du cinéma. Au fil de sa carrière, la vedette participe à près de 45 tournages de films.
Elle est alors une figure des arts que tout le monde s’arrache et de l’« esprit de Paris », selon Édouard VII d’Angleterre. Un esprit aussi fidèle, comme lorsqu’elle se porte volontaire pour devenir espionne pendant la Grande Guerre afin de faire libérer son amant, Maurice Chevalier. « J’ai donné tout ce que j’ai, mon amour et tout mon cœur, à mon homme », chantait-elle dans l’une de ses chansons les plus connues, « Mon homme ».

Mistinguett apparaît comme interprète sur cette partition qui date de 1920.
Jusqu’à sa mort en 1956, Mistinguett a également donné tout son cœur aux arts et à Paris, faisant d’elle, encore aujourd’hui, « une propriété nationale », ainsi que l’a qualifiée Colette, célèbre femme de lettres et de music-hall.
Crédit : Lecoeuvre Photothèque/Collection Christophel