exposition
Un compositeur romantique à une époque contemporaine
Né il y a cent ans, Charles Chaynes n’est pas le plus connu des compositeurs classiques du xxe siècle mais reste l’un des très grands.
Outre son œuvre récompensée par de nombreuses distinctions (Grand Prix de Rome en 1951), il occupa les plus hautes fonctions musicales à la radio publique de 1965 à 1990.
Itinéraire d’un romantique projeté dans une époque musicale contemporaine.
Consulter les archives Sacem de Charles Chaynes
Né à Toulouse le 11 juillet 1925, Charles Chaynes est le fils de musiciens et professeurs au conservatoire de Toulouse. « Je suis devenu musicien par osmose », raconte-t-il dans un entretien publié en 2007 sur le site de l’Institut de France. Son père Irénée enseigne le violon et initie lui-même son fils à l’instrument. Quant à sa mère Valentine (née Pechamat), elle prend en charge les cours de piano et de fugue au conservatoire.
C’est aussi elle qui ouvre les portes du théâtre du Capitole à l’adolescent. La découverte du théâtre lyrique laissera une marque indélébile sur le travail du musicien. À quinze ans, il signe sa première composition et s’engage dans la voie de l’écriture.
À partir de 1943, Charles poursuit son apprentissage au conservatoire de Paris, dans les classes d’harmonie et de violon du compositeur et pédagogue Jean Gallon et du violoniste et pédagogue Gabriel Bouillon. Au sein de la classe d’harmonie, il rencontre Odette Decaux, amenée à devenir une brillante pianiste et sa future épouse.
En 1948, il intègre les classes de composition de Darius Milhaud et Jean Rivier. Ses influences sont alors plutôt à chercher du côté de Béla Bartók et d’Alban Berg. Un an plus tard, il adhère aux statuts de la Sacem en qualité de compositeur. À cette époque, il se produit par ailleurs dans un orchestre et fréquente les cabarets.
Il se lance par la suite à la conquête du prestigieux Grand Prix de Rome. La quatrième tentative sera la bonne. Son sésame pour la Villa Médicis obtenu en 1951, le compositeur s’installe dans la Ville éternelle de 1952 à 1955 où il se passionne notamment pour l’art étrusque. Tout à la composition, il s’éloigne des rives du théâtre lyrique pour explorer l’écriture instrumentale à travers des pièces comme le Concerto pour orchestre à cordes (1953) ou Capriccio (1954).
De retour à Paris, Charles Chaynes recherche de nouvelles opportunités. S’il accepte le rôle d’homme de radio en parallèle de son activité de compositeur, c’est grâce à son ami du conservatoire Marius Constant. Devenu compositeur et chef d’orchestre, ce dernier le fait entrer à la Radiodiffusion nationale en 1956, en tant que producteur.
En 1965, à l’âge de quarante ans, Chaynes succède à Constant en tant que directeur de France Musique. Pendant dix ans, il favorise le direct et une plus grande ouverture au public, avant de diriger jusqu’en 1990 le service de la création musicale à Radio France. En prise directe avec la création contemporaine, il augmente le volume des commandes auprès d’une grande partie des compositeurs du temps : Georges Aperghis, Philippe Hersant, Maurice Ohana ou encore Henri Dutilleux, qui lui livre un concerto pour violon.
À l’instar de Dutilleux, Charles Chaynes saisit vite l’intérêt de l’outil radiophonique dans la conception même de ses œuvres. Il explique notamment avoir composé la pièce vocale pour soprano colorature et trio à cordes Quatre poèmes de Sappho (1968) en imaginant de nouvelles manières de murmurer des phrases au micro. « Par [la radio], je me sens constamment en mouvement », déclare-t-il dans un entretien accordé au Journal musical français en 1969.
La voix reste d’ailleurs centrale dans son œuvre. En témoigne la relation forte entre le compositeur et Christiane Eda-Pierre, l’une des toutes premières cantatrices noires de stature internationale, interprète en 1976 de Pour un homme noir, œuvre vocale pour soprano et orchestre symphonique. Sortant d’une représentation au Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, la soprano suggère à Charles Chaynes de lui composer une œuvre. « Cela a été le départ de ma vie d’opéra », confiera le compositeur. Le voilà qui s’attelle à Erzsebet, œuvre pour une femme seule créée à l’Opéra de Paris en 1983, avec la « voix [de Christiane Eda-Pierre] au bout de [s]on crayon ».
La même année, il compose l’œuvre pour orchestre Visages mycéniens influencée par la tragédie grecque. Les recherches rythmiques et le contraste entre les silences prononcés et les couleurs saturées des timbres donnent pleinement à entendre l’expressivité atonale qui caractérise son style. « Je suis un romantique perdu dans une époque musicale contemporaine », résume l’artiste.
Quatre opéras suivront qui renouvellent le répertoire français : Noces de sang (1986), récompensé comme Erzsebet par le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros ; Jocaste (1992) ; Cécilia (1998) et Mi amor (2007).
Parmi les nombreuses distinctions reçues par Chaynes, son élection en 2005 à l’Académie des beaux-arts, au fauteuil de Marius Constant, a beaucoup compté. Inspiré jusqu’au bout, il passe les années suivantes avec sa compagne Odette dans sa maison de Saint-Mandé (Val-de-Marne). Pour elle, il se met à composer des sonates pour piano après avoir livré son ultime opéra. Charles Chaynes s’éteint à son domicile le 24 juin 2016, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Il laisse un catalogue riche et varié, comptant notamment 85 symphonies.

Charles Chaynes étudie encore au conservatoire de Paris lorsqu’il signe son acte d’adhésion aux statuts de la Sacem en décembre 1949.