exposition
Comment définir précisément le rock’n’roll ? C’est, à notre sens, peine perdue. Le rock’n’roll est inclassable, car protéiforme, mouvant et forcément rebelle, par sa nature, à toutes les caractérisations. Issue à la fois du rhythm and blues, du blues, du gospel, de la musique country blanche héritière de la tradition de la chanson protestataire, la musique rock est née aux États-Unis à la fin des années 1940.
Ce mouvement musical sera alors largement associé aux évolutions sociales à l’égard de la race et du sexe. Il deviendra le biais de l’émancipation de la jeunesse par rapport à l’ordre établi et à tous les tabous moraux et sociaux ; l’ennemi juré de tout conformisme et conservatisme.
Sous la direction éditoriale de David Séchan
Par David Séchan
Cherchez l’erreur ! Line Renaud et Magali Noël sont aujourd’hui considérées comme étant les pionnières du rock en France, à la faveur d’enregistrements parus au milieu des années 1950. La première avec une adaptation française de « Tweedlee Dee », de l’Américaine LaVern Baker, la seconde avec l’interprétation du sulfureux « Fais-moi mal Johnny » de Boris Vian, titre censuré à l’époque en raison de paroles jugées indécentes malgré leur caractère éminemment décalé.

Ecrit par Boris Vian et mis en musique par Alain Goraguer. Le rock à l’époque est une occasion pour Vian d’exprimer un texte caustique et impertinent.
En 1956, sous le pseudonyme d’Henry Cording (apprécier la finesse), Henri Salvador est le premier à interpréter un album complet de chansons à tonalité rock’n’roll sous la direction de Jacques Canetti (Jack K. Netty pour l’occasion), sur des textes narquois de Boris Vian et des musiques de Michel Legrand. Ainsi vont naître les inoubliables « Rock and roll mops », « Va t’faire cuire un œuf, man ! », « Dis-moi que tu m’aimes », ainsi que « Rock hoquet » une composition d’Henri Salvador.

Ce cliché est éloigné de l’image du rocker. Il dira plus tard à propos de cet enregistrement : « Chaque chanson a duré une demi-heure à écrire. Après, on a demandé à Henri Salvador de les enregistrer. C’était je crois le premier disque de rock qui est sorti à Paris, en 1956. C’était pour rigoler, pour passer un moment joyeux. »
Après cette naissance on ne peut plus burlesque, le rock hexagonal connut une émergence plus sérieuse au début des années 1960 avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Dany Logan, Vic Laurens, Vince Taylor, Les Chaussettes noires (le tout premier groupe de rock français) et autres Chats sauvages, pour ne citer qu’eux.

Adaptation de « Johnny B. Goode » de Chuck Berry, l’un des titres les plus emblématiques du rock’n’roll. En effet, « Johnny B. Goode » est la seule chanson de rock’n’roll embarquée dans la sonde spatiale Voyager lancée en 1977 et destinée à d’éventuels êtres extraterrestres.
Très vite après cette première vague flirtant avec le « yéyé », les artistes commencent à créer leurs propres chansons, s’écartant ainsi des adaptations des grands succès nord-américains. Par ce fait, le rock français prend une vraie envergure au début des années 1970, mais il faudra attendre la fin de la décennie pour que celui-ci gagne enfin sa reconnaissance, grâce aux apports fructueux de la pop music anglo-saxonne.
Cette période est indéniablement marquée par les événements politiques et sociaux de Mai 68. Le climat contestataire et le désir de valeurs nouvelles ne manquent donc pas de se refléter dans la musique rock. C’est l’apparition de groupes dit « progressifs » à fortes personnalités tels qu’Ange, Martin Circus, Magma, Triangle, Zoo, ou de formations plus « hard ou heavy », comme Les Variations, Ganafoul, Little Bob Story, ou encore « new wave » comme les Rouennais Dogs. La fin de la décennie voit l’apparition de Téléphone, qui devient rapidement un groupe emblématique du rock français.

Dans la foulée de ce nouveau mouvement musical, les premiers festivals pop rock voient le jour dans l’Hexagone. Le tout premier fut celui du Bourget en mars 1970, suivi par trois festivals organisés l’été de cette même année dans le sud de la France : Valbonne, Aix-en-Provence et Biot. Une série méridionale qu’on appela « l’Été chaud » et qui fera que les autorités locales n’auront plus qu’un objectif en tête : interdire la tenue de ces rassemblements.
Entre consommation de drogue, liberté sexuelle proclamée, militantisme contestataire, débordement des resquilleurs qui réclament, dans l’esprit de Mai 68, la gratuité et la libéralisation de cette musique, le choc générationnel entre une nouvelle culture jeune et celle des adultes est définitivement acté. Lors d’une conférence de presse, le président de la République française Georges Pompidou dira, répondant à une question sur la demande d’interdiction du festival d’Aix : « Je ne comprends pas pourquoi pour écouter un concert de pop music, il faut se mettre à 25 000 le plus sale possible et en refusant de payer quatre sous pour entendre des musiciens qui se font payer très cher. Cela étant dit, je n’ai rien contre la pop music… »
Par Alain Goldstein
L’alternance politique accompagne l’irruption d’une culture « branchée » médiatisée par certains journaux tendance, comme Actuel. Les radios libres deviennent légales. Certaines municipalités comme Paris, Rennes ou Lyon facilitent l’obtention de locaux de répétition, afin d’accompagner le développement d’un rock français que l’on espère rémunérateur à l’image de celui d’outre-Manche. À Paris, ce sont les grandes heures du Gibus ou du Rose Bonbon, clubs qui accueillent des groupes en direct et qui succèdent aux lieux qui disparaissent comme le Golf-Drouot, ou le Bataclan.
Des labels indépendants font leur apparition, comme New Rose Records, Ze Records, Réflexes ou Sordide Sentimental.
À la suite des revues comme Chorus d’Antoine de Caunes ou Rock & Folk de Philippe Manœuvre, la télévision s’ouvre au phénomène notamment avec l’émission Les Enfants du rock.
Des groupes comme Téléphone, Trust, Bijou, Starshooter sont les plus populaires de la génération rock « made in France » avec des textes en français.
La décennie 1976-1986 voit le succès phénoménal de Téléphone avec 6 millions d’albums vendus.

Le titre « Un autre monde », sorti en 1984, figure sur le cinquième et dernier album studio du groupe. Il est écrit et chanté par Jean-Louis Aubert et composé par Téléphone. Il se vendra à 500 000 exemplaires. Le clip sera réalisé par Jean-Baptiste Mondino.
Des groupes mythiques du rock français, comme Dogs, Taxi Girl ou Marquis de Sade, souffrent du manque de visibilité médiatique et du désintérêt des grandes maisons de disques.
Daniel Balavoine et Jean-Jacques Goldman, adeptes d’un rock teinté de variété, s’imposent durant la première moitié de la décennie.

Huitième et dernier album de Daniel Balavoine sorti en octobre 1985, il sera son plus grand succès commercial vendu à plus de 1 200 000 exemplaires.
« Sauver l’amour » évoque la misère dans le tiers monde, notamment la famine qui touchait à l’époque surtout l’Éthiopie, et les conflits comme la guerre opposant l’Iran à l’Irak.
Bill Deraime, au fil d’albums rock blues et reggae, aligne les tubes et les concerts. Jean-Patrick Capdevielle chante une poésie teintée de politique (« Quand t’es dans le désert »), tandis qu’Alain Bashung pleure sa « Gaby ».
La vidéo de « Cargo » d’Axel Bauer, réalisée par Jean-Baptiste Mondino, sera le premier clip français à être diffusé sur MTV.
Cette nouvelle scène apparaît au milieu des années 1980, menée par des groupes punk comme Bérurier noir, OTH, Les Garçons Bouchers, certains se réclamant de la scène trash comme Les Coronados.
Avec la vogue des synthétiseurs, Indochine crée une pop synthétique qui rencontre rapidement un grand succès. Le groupe rennais Niagara s’impose sur les ondes et en concert.
Alain Bashung construit quant à lui un « rock intello » très personnel.

Exclusive et passionnelle, la relation Bashung-Bergman vivra au rythme de fabuleux succès (« Gaby oh Gaby », « Rebel », « Vertige de l’amour », « Toujours sur la ligne blanche ») et d’orages passionnels – jusqu’au divorce final en 1989, juste après l’album Novice.
Les Rita Mitsouko révolutionnent la scène avec un mélange de rock pop et électro (« Marcia Baïla »). Étienne Daho devient une figure majeure de la new wave française.
Manu Chao fonde Mano Negra, groupe qui mélange rock, punk et world music. « Dyslexique », premier single de Buzy, se vend à 500 000 exemplaires, un des grands succès de l’année 1981. Stephan Eicher débute dans des salles minuscules, « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin est l’un des titres rock en français les plus repris, y compris à l’étranger.

« Dyslexique », son premier single, fait partie de l’album Insomnies.
D’autres succès suivent, comme « Engrenage », « Adrénaline » et « Adrian », ce dernier étant extrait de son deuxième album éponyme.
Par Jérôme Cosniam
Les années 1990 en France voient l’émergence d’une scène rock riche, portée par des labels indépendants, des radios comme Oüi FM et des festivals comme Les Eurockéennes de Belfort. Influencés par le grunge (Nirvana, Soundgarden), le punk (The Clash, Sex Pistols) et le metal (Rage Against the Machine), les groupes français développent une identité propre, souvent marquée par des textes poétiques ou engagés, une énergie brute et une volonté de s’affranchir des codes de la variété française. Parallèlement, des artistes plus accessibles maintiennent une présence davantage grand public, tandis que la scène alternative (punk, metal, fusion) prospère dans l’underground.
Cette décennie est marquée par une tension entre le rock grand public (Axel Bauer, Niagara) et une scène alternative foisonnante (Noir Désir, Les Thugs, Lofofora). Les influences internationales (grunge, punk, metal) se mêlent à des spécificités françaises, comme les textes poétiques (Noir Désir, Stephan Eicher) ou les touches régionales (Matmatah).
La scène alternative, portée par des groupes comme Les Thugs ou Lofofora, prospère dans l’underground, tandis que des hits comme « Éteins la lumière » d’Axel Bauer ou « Lambé An Dro » de Matmatah touchent un public plus large. Cette période est aussi marquée par un engagement social et politique, visible chez Noir Désir, No One Is Innocent ou Lofofora, qui reflète les inquiétudes d’une jeunesse confrontée à la crise économique et aux tensions sociales.

Issu de l’album Quel enfer !, ce titre marque la fin de la période faste de Niagara, duo emblématique des années 1980. « J’ai vu » mêle pop rock et new wave, avec des synthétiseurs et la voix sensuelle de Muriel Moreno. Les paroles, introspectives et imagées, s’inscrivent dans la veine poétique du groupe. Bien que Niagara soit plus ancré dans les années 1980, cette chanson illustre la transition vers un rock plus accessible dans les années 1990, destiné aux radios et au grand public.
En somme, les œuvres citées illustrent la vitalité et la diversité du rock français des années 1990, entre énergie brute, expérimentation et quête d’authenticité, faisant de cette décennie une période charnière pour le genre en France.

Pionnier du metal alternatif français, Lofofora livre avec « L’œuf » (album Peuh !) un morceau rageur, mêlant influences hardcore, metal et rap. Les textes, portés par la voix écorchée de Reuno, dénoncent les dérives sociétales avec une énergie brute. Le groupe devient une référence de la scène fusion, aux côtés de No One Is Innocent, et incarne l’engagement politique du rock des années 1990.
Par Alain Goldstein
Situé au 2, rue Drouot dans le 9e arrondissement de Paris, ce salon de thé mini-golf devenu « Temple du rock » a été la première discothèque rock en France. Cette salle mythique a vu défiler d’innombrables groupes amateurs, dont un grand nombre d’artistes qui deviendront de grands noms de la culture pop rock’n’roll française.
En 1957, Henri Leproux, engagé tout d’abord comme barman, y installe un juke-box pour attirer un public jeune et passionné de musique américaine. Il a l’idée, avec son ami Sami Frey, d’y inviter des jeunes musiciens et chanteurs et chanteuses amateurs à se produire sur la scène et crée « Le Tremplin du vendredi soir ».
Le répertoire de ces groupes était essentiellement fait de reprises de tubes anglo-américains d’Elvis Presley, Eddie Cochran, Buddy Holly, Chuck Berry, Little Richard, Ray Charles, Otis Redding ou de groupes anglais tels The Shadows, The Beatles, The Rolling Stones.
Le Golf-Drouot fut un véritable vivier de talents, un des lieux clés pour la musique pop rock française. Il a joué un rôle essentiel dans le lancement des carrières de plusieurs artistes français importants comme Johnny Hallyday, « l’idole des jeunes », et l’icône éternelle, Eddy Mitchell avec Les Chaussettes noires, Dick Rivers avec Les Chats sauvages, Dany Logan et Les Pirates, Sylvie Vartan ou Sheila, qui interprètent des adaptations françaises de tubes anglo-saxons.

Chanson composée par Georges Garvarentz sur les paroles d’André Pascal, elle évoque le thème des sentiments amoureux adolescents de Daniela : « Oh Daniela, la vie n’est qu’un jeu pour toi, Oh Daniela, pourtant ne crois pas que tu peux, oh Daniela, jouer avec l’amour sans risquer de te brûler un jour... ».
Le titre sort en single en mars 1961 et devient l’un de leurs plus importants succès, se vendant à 800 000 exemplaires.
Issus de ce lieu mythique apparaissent des artistes comme Antoine, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Michel Polnareff, qui écrivent et composent leurs chansons originales en français.
Des chanteurs et groupes anglo-saxons comme Gene Vincent, Vince Taylor, The Who, David Bowie, Jimi Hendrix joueront au Golf-Drouot. Les Rolling Stones y feront des apparitions et séances photo.

Jacques Lanzmann fait la connaissance de Jacques Dutronc en 1965. De leur amitié naît une fructueuse collaboration de près de dix ans, Jacques Dutronc adaptant ses musiques aux textes pleins de verve de Lanzmann. Plusieurs immenses succès naissent de leur duo parmi lesquels « Il est cinq heures Paris s’éveille » en 1968, cosigné par l’épouse de Jacques Lanzmann, Anne Segalen. Au début des années 1970 sort « Le petit jardin » en 1972. En 1980, il signe deux chansons de l’album Guerre et pets. En 2003, Lanzmann et Dutronc se retrouvent une dernière fois pour l’album Madame existence.
De 1957 à 1981 se produisent au Golf-Drouot plus de 6 000 groupes amateurs et la plupart des artistes du rock français des années 1960-1970. L’établissement fermera ses portes le 22 novembre 1981. Une plaque commémorative sera posée le 24 février 2014 par le maire de Paris en présence de nombreuses personnalités et artistes.
D’autres lieux mythiques verront le jour tels le Bus Palladium, la Locomotive, le Gibus... mais l’héritage du Golf-Drouot reste essentiel dans le développement de la musique rock pop française.
Les Variations, Little Bob Story, Triangle, Magma, Martin Circus, Vigon, Les Murators (Alain Chamfort), Le King Set (Michel Jonasz / Alain Goldstein), Trust, Taï Phong (Jean-Jacques Goldman) et bien d’autres y seront découverts et s’y produiront de la fin des années 1960 aux années 1980, pour y graver la mémoire du rock français.
Par Pierre-Yves Lebert
Alain Bashung rappelait plaisamment que le rock’n’roll, au départ, c’est « Tutti Frutti » et « Be-Bop-A-Lula », des onomatopées sans aucune signification. Mais les Français ont l’obsession du texte, alors certains de nos rockeurs ont pris le genre à bras-le-corps pour lui insuffler la poésie… pour notre plus grand bonheur.
Alain Bashung est sans conteste le prince du rock poétique. Sa recherche esthétique concernera autant les textes que la musique. Il se souvient des tubes anglo-saxons qu’il écoutait tout jeune et qu’il ne comprenait pas tout à fait. C’est l’effet qu’il veut produire en français. Ce que Boris Bergman lui offre d’abord, avec ses combinaisons ludiques de jeux de mots absurdes et pleins de sens.
Avec Jean Fauque, il joue à un jeu de collage, par touches, allers-retours, recombinaisons de plusieurs textes, pour arriver à un équilibre mystérieux et magique. C’est dans cette exigence fond-forme que Bashung ancre son style inimitable.

Même quand on est rocker, on a besoin de l’autorisation de ses parents !
Play blessures, un cas à part
À peine Bashung a-t-il connu l’énorme succès de « Gaby » qu’il tente le pari risqué de sortir un album particulièrement sombre en collaborant avec Serge Gainsbourg, soucieux de ne pas perdre le contact avec la jeune génération. Dans une ambiance à haute teneur éthylique, l’album parle souvent d’Alain et de son envie de sortir du « désert de Gaby ». C’est la première coécriture pour Bashung.
L'album a d’abord été enregistré sans textes, avec entre autres la basse métronomique de Franz Delage et les guitares fines et précises du regretté Olivier Guindon, et il n’était pas parti pour être aussi noir. Le « lavabo » était l’appellation de cette langue indéfinie qui ressemble vaguement à de l’anglais et qu’on chante sur une chanson qui n’a pas encore de texte (plus récemment appelée « yaourt »). Gainsbourg ne devait au départ écrire qu’une ou deux chansons. Mais de verres en vers, nos deux incendiés volontaires ont co-écrit tout l’album. C’est la première fois que Gainsbourg acceptait de co-écrire.
Jacques Higelin est repéré par Jacques Canetti dès ses quatorze ans et fréquente, dans les années 1960, les cabarets et la bande Areski, Fontaine, Rufus. Le 23 juillet 1973, Jacques joue à l’Olympia en première partie de Sly and the Family Stone, armé d’un accordéon. Il est sifflé par le public. Rentrant chez lui, il décide de se mettre au rock. Ce tournant débouche sur l’album BBH 75 puis sur le suivant, Irradié, résolument rock. Tout au long de sa carrière, même dans un répertoire plus « chanson », Higelin, par ses concerts interminables, son sens de l’improvisation et son énergie survoltée, restera profondément rock.

Symbole du tournant rock de Jacques Higelin, « Mona Lisa Klaxon » dans l’album BBH 75.
Hubert-Félix Thiéfaine a marqué beaucoup d’adolescents avec ses premiers albums teintés d’humour noir. C’est la rencontre avec le guitariste Claude Mairet qui lui fait prendre un tournant rock en 1981. Un rock sombre et littéraire, frôlant les terrains nihilistes. Nietzsche, Lautréamont, Diogène de Sinope, la Bible constituent ses influences. Les titres de ses albums sont révélateurs de sa posture philosophique : Soleil cherche futur, Eros über alles, La Tentation du bonheur. Une longue et belle carrière, loin des médias.

Un texte contenant les typiques visions hallucinées de l’auteur.
Un certain nombre de gens ne connaissent Gérard Manset que par son tube « Il voyage en solitaire » paru en 1975, mais il est l’auteur et le compositeur d’une œuvre considérable et variée. La première chanson qu’il écrit pour lui-même est « Animal on est mal », en 1968, résolument rock.
Viendra ensuite « La mort d’Orion », sorte d’oratorio symphonique rock. Manset ne dérogera jamais à son attitude rock, absent des médias, sans concession pour la variété, très productif et toujours exigeant. Il croise la route artistique de Bashung dans Bleu pétrole avec la sublime chanson fleuve « Comme un Lego ».

Bulletin de déclaration de « La mort d’Orion », où il est précisé que le morceau dure 8’20 !
Christophe Miossec coche dès le départ toutes les cases du rocker anglais. Fils d’ouvrier brestois, bagarreur, ouvertement alcoolique, c’est en faisant la rencontre des guitaristes Guillaume Jouan et Bruno Leroux qu’il entame sa carrière de chanteur. Les trois garçons rodent leurs premiers morceaux dans les bars. Les titres des deux premiers albums fleurent bon l’attitude rock : Baiser et Boire. Mais Miossec est par-dessus tout un auteur. Les textes sont efficaces, taillés à la serpe, sans chichi, souvent dans une alternance de seulement deux rimes qui renforce le punch du propos.

Chanson du deuxième album Boire, et à laquelle répond une autre chanson appelée « L’infidélité », un peu plus tard dans le même album.
Dominique A (Dominique Ané pour l’état civil) n’aime pas la chanson à texte, c’est pour lui de la « chanson sans musique ». Et pourtant, quel auteur !
À ses débuts, ses arrangements seront minimalistes mais l’esprit résolument rock et volontairement underground, avec des sons faits maison, une basse sèche, des guitares qui rappellent parfois celles de Tom Waits. Son expression est intimiste, à la fois simple et rigoureuse, minimaliste elle aussi, et pourtant si poétique. Aucun chichi ni dans les textes, ni dans le chant, ni dans la musique. Et ça, à nos yeux, c’est rock. « Le Twenty-Two Bar » est le premier succès en radio de Dominique A, avec la voix de sa compagne de l’époque, Françoiz Breut.
Impossible de parler de rock à textes sans évoquer Daniel Darc, un hommage lui est d’ailleurs consacré sur le Musée Sacem.