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exposition

François de Roubaix

Explorateur sonore et compositeur de cinéma iconoclaste


Disparu prématurément il y a cinquante ans, le compositeur François de Roubaix a enchanté le cinéma populaire de la décennie 1965-1975.
Cet homme-orchestre a non seulement révolutionné le langage musical à l’écran mais a aussi inspiré les scènes électro et rap. Itinéraire d’un visionnaire.

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Enfant de la balle, fils de la mer


François de Roubaix voit le jour le 3 avril 1939 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), d’une mère artiste peintre d’origine italienne, Mimma Indelli, l’une des toutes premières femmes réalisatrices de film d’animation, et d’un père d’origine belge, le producteur et réalisateur de films industriels Paul de Roubaix.

Pendant les étés à Campomoro, en Corse-du-Sud, où la famille acquiert une propriété en 1951, ce dernier lui transmet sa passion pour la plongée. Lieu de retrouvailles des proches, cette maison de vacances sera le point d’ancrage d’une vie rythmée par la passion de la musique, du cinéma et de la plongée.

Jazzman autodidacte


À quinze ans, l’adolescent s’offre un trombone aux puces. Guitare, claviers, flûtes, percussions… Aucun instrument ne résiste à ce parfait autodidacte métamorphosé par la découverte du jazz dans les bars parisiens. Pas question de rester spectateur : le jeune homme se frotte aux jams avec son ami Pierre Richard.

Dès 1954, le musicien rejoint le New Orleans College, un orchestre de jazz dixieland créé par ses amis Georges Billecard et Michel Fontanes, avant une parenthèse où il devient tromboniste professionnel (1958-1959).

Un tandem fructueux avec Robert Enrico


À la fin des années 1950, François de Roubaix hante les plateaux. Son père lui donne l’opportunité de s’essayer à chacun des métiers de l’audiovisuel. Pendant un temps, il envisage même de devenir réalisateur. La rencontre avec Robert Enrico, assistant réalisateur de courts métrages produits par de Roubaix père, va tout changer.

À vingt ans, François de Roubaix signe sa première œuvre : la musique du court métrage de Robert Enrico L’Or de la Durance (1959), composée à l’oreille. C’est le point de départ d’une infaillible collaboration.

En 1961, entre deux musiques de films publicitaires – il en composera plus de cent cinquante – François de Roubaix passe son examen d’entrée à la Sacem comme compositeur, avec son grand ami Yves Josso, écrivain et parolier. Le tandem proposera des chansons à Juliette Gréco qui leur préfèrera Serge Gainsbourg. L’année suivante, François de Roubaix adhère à la Sacem en qualité de compositeur stagiaire.

1965-1975 : les dix glorieuses 


Entre 1965 et 1975, François de Roubaix compose une trentaine de musiques de longs métrages pour les plus grands : outre Robert Enrico, José Giovanni, Jean-Pierre Melville, Serge Korber ou encore Jean-Pierre Mocky. Il ne s’interdit pas non plus de travailler pour le petit écran, signant les musiques de séries télévisées à succès : Les Chevaliers du ciel (1967-1970), Chapi Chapo (1974-1976) ou Commissaire Moulin (1976-2008).

Dès sa première musique pour un long métrage, Les Grandes Gueules (1965), adaptation d’un roman de José Giovanni par Robert Enrico, François de Roubaix se démarque de ses aînés Georges Delerue ou Michel Legrand, issus du conservatoire. Il souffle une liberté pop et psychédélique sur ses partitions employant des instruments non conventionnels, à l’instar d’Ennio Morricone. Il mélange harmonica, guimbarde, ocarina, cithare et musique électronique pour marier musique traditionnelle et recherche sonore. Chez François de Roubaix, tout sonne, même les objets du quotidien, comme dans la musique concrète.

En 1967, il rencontre Alain Delon sur le tournage du film de Robert Enrico Les Aventuriers (1967). La star lui présente Jean-Pierre Melville, qui fait appel à ses services sur son film Le Samouraï (1968). François de Roubaix y collabore avec l’arrangeur Éric Demarsan.

Un précurseur


Bricoleur de génie, il est aussi l’un des premiers à introduire le synthétiseur dans le champ orchestral de la musique de film. Les arpèges de clavier du thriller de José Giovanni Dernier domicile connu (1970) forment une boucle qui figurera parmi les plus samplées de l’histoire. Outre Robbie Williams sur son single « Supreme » (2000), des figures majeures du hip-hop recyclent ce thème : Missy Elliott, Kheops (IAM) et Def Bond, Kendrick Lamar... De Carl Craig à Luke Vibert, les beatmakers de la scène électro des années 1990 et 2000 remixent d’autres musiques emblématiques.

Précurseur, François de Roubaix est aussi l’un des tout premiers à posséder un home studio huit pistes. Avec trente ans d’avance, ce dispositif lui permet d’interpréter et produire chez lui la bande originale de La Scoumoune (1972) de José Giovanni, « l’œuvre-matrice des années home studio », estime l’expert de la musique au cinéma Stéphane Lerouge.

Au sommet de son art, le musicien se lance sans le savoir dans sa dernière collaboration avec Robert Enrico à l’occasion du film Le Vieux Fusil (1975). Ce sera son plus grand succès public. Comme un écho à la relation entre les personnages joués par Romy Schneider et Philippe Noiret, il innove à nouveau en composant un thème pour deux pianos, l’un joué à vitesse normale, l’autre au ralenti.

Une mort accidentelle à la (dé)mesure du mythe


Novembre 1975. Le compositeur s’accorde quelques jours à Tenerife (Îles Canaries) avec son fils de six mois, Benjamin, et sa compagne Rosario. L’occasion de compléter son livre de photos sous-marines nocturnes, La nuit sous la mer. Le 20 novembre, il plonge sans fil d’Ariane pour explorer une grotte sous-marine labyrinthique réputée dangereuse, en compagnie d’un ami et guide chevronné, Juan Benitez. Les deux hommes ne retrouveront jamais la sortie. Le lendemain, leurs corps sont identifiés. François de Roubaix est enterré ce même jour à Tenerife.

Au sujet de cette disparition à trente-six ans, digne d’un film tragique, le cinéaste Serge Korker, cité par Stéphane Lerouge, déclarera : « Sa mort l’a figé dans l’image de la jeunesse et de la modernité, comme Rimbaud, James Dean ou Mozart. »

Ironie du sort, le 3 avril 1976, jour de l’anniversaire de François de Roubaix, Le Vieux Fusil est récompensé, post mortem, par le premier César de la musique de film de l’histoire.