exposition
Sommaire
Les invités inattendus des séries animées
Pour les Français, c’est bien connu, tout est sujet à polémique. La série animée n’y échappe donc pas.
Genre mineur pour les uns, madeleine de Proust révérée par les autres… Baby-sitter de substitution pour certains, authentique magicienne pour d’autres… Qu’on la prenne parfois de haut en adulte dit « raisonnable » ou qu’il nous vienne des envies de bac à sable en l’évoquant, on ne peut nier son omniprésence dans nos quotidiens de mouflets, son rôle d’initiatrice au merveilleux et à l’aventure, sa puissance de frappe économique et le talent de ses géniteurs, dont une bande notable a le bon goût de figurer parmi les sociétaires de la Sacem.
C’est sur fond de doudous fatigués maculés de fraises Tagada que nous ouvrons cette expo à consommer quel que soit son âge, de 7 à… vous connaissez la suite !
Sous la direction éditoriale d’Arlette Tabart
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Par Claude Lemesle
J’adore trouver les grandes créatrices et les grands créateurs là où on ne les attend pas vraiment.
Découvrir Brel récitant Pierre et le loup, Brassens en hérisson du merveilleux conte de Philippe Chatel Émilie jolie, Natalie Dessay nous racontant La Belle au bois dormant, Elton John, compositeur du Roi Lion, quel régal ! Je vibre à l’idée de toutes ces belles plumes, de tous ces superbes claviers en villégiature au pays des merveilles de l’enfance. On a tous en nous quelque chose de Lewis Caroll et ça fait du bien ! Qu’il est émouvant, le Victor Hugo à barbe blanche du poème « L’art d’être grand-père », celui qui, simplement, humblement, va porter des confitures à sa petite-fille, Jeanne, après avoir côtoyé les cimes sublimes dans La Légende des siècles. Voici donc quelques chansons dont la filiation est aussi insolite qu’heureuse, quelques perles de pacotille aussi précieuses que les diamants dûment estampillés.
Les Barbapapa
Ricet Barrier, un des premiers élèves du Petit Conservatoire de Mireille, a été, à ses débuts, pensionnaire de cabarets mythiques de la rive gauche tels que Le Cheval d’Or où il partageait l’affiche avec Anne Sylvestre et Boby Lapointe, et de la rive droite, en particulier des célèbres Trois Baudets où il côtoyait – excusez du peu ! – Serge Gainsbourg, Jacques Brel et Raymond Devos, entre autres. Il a écrit et composé pour lui-même ou pour les Frères Jacques un grand nombre de chansons tendres et spirituelles avec son complice Bernard Lelou. Il adorait aussi travailler pour les enfants et on se souvient avec émotion de son inoubliable « Saturnin » avec des arrangements de l’exceptionnel Jean-Claude Vannier.
Et puis… et puis… voici venir les Barbapapa, petite famille composée du père éponyme, de la maman, Barbamama, de l’artiste peintre Barbouille, de Barbidur le sportif, de Barbotine l’intellectuelle et Barbalala la musicienne, de Barbabelle la coquette et Barbidou l’ami des animaux, ainsi que de Barbibul, le scientifique de couleur verte car chacun, jusqu’au chien noir et blanc, Lolita, a sa couleur caractéristique.
Les chansons originales sont de deux créateurs néerlandais, Joop Stokkermans pour la musique et Harrie Geelen pour le texte, et leurs adaptations en français sont signées par Ricet et son compère Bernard. Quel régal d’entendre la voix malicieuse du doux dingue de « La Servante du château » au milieu des chœurs d’enfants nous annoncer, dans le générique du début des épisodes, la venue des chers « Barbapapa » !
La flûte à 6 Schtroumpfs
Cléo de 5 à 7, Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort, L’Affaire Thomas Crown, Un été 42, Les uns et les autres, etc. La litanie des grands films illustrés par la musique de Michel Legrand est vertigineuse. 3 Oscars et tant d’autres récompenses sont venus couronner une carrière éblouissante, un succès sans frontières, j’irais presque jusqu’à dire, pour remplacer le mot « international » qui me semble plutôt faible s’agissant de Michel, intersidéral ! Oui, ses notes ont habillé bien des chefs-d’œuvre de bien des maîtres du grand écran, mais, je vous l’avoue, j’ai un faible pour les trésors cachés, pour les découvertes incongrues, pour les « tiens, lui [ou elle…], je ne l’attendais vraiment pas là !… ».
Legrand et les Schtroumpfs, ça c’est une surprise, mais croyez-moi c’en est une belle et le scénario de Peyo et d’Yvan Delporte où l’on voit Pirlouit trouver une flûte qui a le pouvoir de faire danser jusqu’à la léthargie celui qui écoute sa mélodie, a inspiré au compositeur des « Moulins de mon cœur » des notes envoûtantes qui ne détonnent absolument pas dans le florilège incroyable de ses créations.

« «C'est moi qui suis Colargol, L'ours qui chante en fa en sol, En do dièse, en mi bémol, En gilet et en faux col.»...
Souvenir émouvant pour moi : nous sommes le 18 novembre 1996, il est 17h et mon fils, Christopher-Georges, et moi sommes venus rendre visite à Mireille dans son petit appartement au quatrième étage du 36, rue Montpensier. Nous prenons le thé dans la cuisine, « Madame » et moi, pendant que ma jeune progéniture sirote une quelconque douceur.
Soudain, Mireille prend mon gamin par la main et l'entraîne dans le joli salon qui donne sur les jardins du Palais-Royal. Elle se met au piano et là, se met à chanter pour lui, en boucle, le refrain de l'ourson créé dans les années 50 par Olga Pouchine. Mon fiston ouvre grand ses yeux et ses oreilles, et savoure la cascade des mots et des notes égrénés par la vieille dame. C'est un bonheur de voir à quel point l'extrême jeunesse et le grand âge se rejoignent dans cette célébration du petit personnage. Il faut dire que Mireille se montrait particulièrement fière de cette oeuvrette qui était et restera son dernier succès après la litanie des chefs-d'oeuvre, Ce petit chemin, Couchés dans le foin, Fermé jusqu'à lundi, Puisque vous partez en voyage et La demoiselle sur une balançoire, composés par elle et écrits par son alter ego, Jean Nohain. La chanson de l'ourson, elle, doit son texte à Olga Pouchine, la créatrice du personnage, ainsi qu'à Victor Glattauer et Jean-Jacques Thébault.
Je vous avoue ressentir une grande émotion en pensant qu'elle a offert à Mireille les joies du dernier tube d'une carrière éblouissante.
Par Arlette Tabart
En septembre 1960, afin de respecter les horaires de diffusion prévus par l’ORTF, l’imaginatif Maurice Brunot concocte Le Petit Train-rébus, une devinette visuelle écrite sur les wagons que les téléspectateurs doivent décoder. Le générique musical est l’adaptation d’un succès américain de Brook Benton et Otis Clyde : Endlessly, interprété par Marc Taynor et ses Cowboys. C’est le début des interludes. Ce « rébus » deviendra plus tard Le Petit Train de la mémoire et c’est Alec Siniavine qui en signera l’indicatif.
Une décennie plus tard, sur TF1, on voit débarquer Les Tifins. Ces petits personnages créés par Catherine Chaillet adoptent les formes du logo de la chaîne et, signe de leur popularité, font rapidement l’objet de produits dérivés : disques, bougies, albums de coloriage… La musique soulignant leur gestuelle est due à Jack Arel, compositeur, en 1976, du célèbre générique sifflé de l’émission animalière Trente millions d’amis.
Dans un esprit de compétition, Antenne 2 met en scène son logo – les fameux « Petits 2 » dessinés par Jean-Michel Folon sous forme de mini-sketchs animés préfigurant le thème de l’émission suivante. Le tout mis en notes par Jean-Jacques Perrey.
Pour faire bon poids, la chaîne dégaine également le clip du Love Is All de Roger Glover (ex-bassiste des Deep Purple) chanté par Ronnie James Dio – qui se reconvertira plus tard en chanteur heavy au sein de Black Sabbath et Rainbow –, une évolution spectaculaire pour ces deux pointures. Dans un esprit flower power, le clip est consacré à une grenouille aussi musicienne que baguenaudeuse.
La régie de la 2, en fonction du temps à combler, proposera à partir de 1980 nombre de dessins animés pour le public junior : Pancho et Rancho, Tamanoir et Fourmi rouge, Le Grillon ainsi que Cro et Bronto bénéficiant de l’inspiration de Claude Tasset plus connu sous le pseudonyme de Claude Mann, le beau gosse de La Baie des Anges de Jacques Demy et de L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville…
Sur France 3, de 1978 à 1982, c’est le personnage BD conçu par Jacques Lelièvre – Balthazar le mille-pattes – qui occupe l’écran en avant-propos des émissions jeunesse. Les pattes mobiles de la bestiole se trémoussent sur des musiques de Francis Lai et Jo Akepsimas. Une fine équipe.
Quand l’animation cède le pas aux marionnettes, l’interlude s’appelle :
En 1962, Bonne nuit les petits, un carton absolu auprès des enfants de tous âges accompagnés vers le dodo par la flûte du Quatuor Syrinx.
Rêvées et réalisées par le comédien Claude Laydu – qui signera le générique avec Victor Villien et Jean-Michel Defaye – les poupées Nicolas, Pimprenelle, Nounours se sont inscrites au Panthéon des icônes télévisées. Merci l’ORTF.

En 1970, sur l’ORTF itou, Ploom, une ravissante chenille en plumes d’autruche blanches dotée d’un regard d’océan, fameuse langue de vipère inspirée par les commères anglo-saxonnes des shows TV telle la cultissime Joan Rivers. On la doit au talent d’André Tahon, sculpteur et truqueur pour le cinéma, également géniteur de l’émission Sourissimo.
La délurée chenille déclencha une surprenante polémique partageant la France en ploomistes et antiploomistes au rang desquels figuraient – une paille – Jean Cau, Henri Jeanson ou André Brincourt. Ils sont vraiment fous, ces Gaulois…
On ne saurait conclure ce chapitre sans évoquer quelques-uns des grands génériques animés de la télévision française.
Wings - Michel Colombier : les petits hommes volants d’Antenne 2 dus à la créativité de l’artiste Jean-Michel Folon, mis en musique par le non moins créatif Michel Colombier, moments oniriques ouvrant et fermant la chaîne.
L’indicatif de l’émission littéraire proposée par Bernard Pivot, Italiques, également illustré par Folon compagnonnant avec Ennio Morricone le temps d’un obsessionnel Lontano, extrait de la BO du film À l’aube du 5e jour de Sergio Leone.
Et, bien sûr, composé par l’excellent contrebassiste de jazz Guy Pedersen en collaboration avec Marc Saclays, l’increvable générique de l’émission maritime Thalassa, une animation en morphing de Gérard Marinelli qui, en fonction des avancées technologiques du procédé, a revu 7 fois son œuvre. N.-B. Clin d’œil aux cinéphiles : un petit personnage est inscrit – j’en suis sûre – dans leur mémoire : le blondinet vêtu de bleu, star des publicités Jean Mineur, visant d’un coup de pioche énergique une cible sur une musique de René Cloërec composée en 1952. Ledit Cloërec était le compositeur attitré de BO pour Jean Dréville, René Clément et surtout Claude Autant-Lara et par ailleurs ancien étudiant d’Albert Roussel au sein de la Schola Cantorum. Parcours sans faute.
Par Cécile Corbel (texte) et Jérôme Cosniam (carrousel)
Dans le courant des années 1970 la vénérable ORTF laisse la place à de nouvelles chaînes, qui gagnent en autonomie. Les émissions jeunesse vont alors fleurir sur toutes ces chaînes concurrentes. Pour nourrir leurs programmes jeunesse, celles-ci vont aller puiser dans un immense réservoir de séries animées, au bout du monde : le Japon. Ce pays produit en effet déjà en masse des séries d’animation, aux nombreux épisodes, faciles à importer.
On se met aussi rapidement à produire des séries made in France, qui rivalisent sans rougir avec leurs cousines nippones ou américaines. En vitrine de toutes ces séries animées : leur générique ! On commence par adapter les génériques originels, puis on décide de produire des génériques nouveaux, spécialement créés pour séduire le jeune public français. Et ça tombe bien car, si ces années 1970-1990 sont l’âge d’or des séries animées télévisées, elles sont aussi l’âge d’or du disque… Une manne !
Des sociétés de distribution et de production s’organisent et se concurrencent. Elles vont travailler avec des équipes d’auteurs et de compositeurs quasi attitrés. Petit tour d’horizon non exhaustif des créateurs et des génériques de cette période faste de la TV animée dont ceux de la série Goldorak pourraient être l’emblème. On fête d’ailleurs en 2025 les 50 ans de cette série devenue culte !
Incontournable pour quiconque souhaite évoquer la musique des séries d’animation télévisées françaises, le compositeur et producteur Haïm Saban, entouré d’une écurie d’auteurs-compositeurs et d’artistes interprètes, fidèles et « tout-terrain », a créé et produit certains des plus grands succès du genre.
À commencer par le second générique de la série Goldorak chanté en 1978 par le jeune Noam, et vendu alors à plus de 4 millions d’exemplaires ! Ce titre marque le début de la folie des génériques de séries animées en France.
Avec ses équipes et son complice co-compositeur attitré Shuki Levy, Saban enchaîne les succès : le générique d’Ulysse 31 (interprété par Lionel Leroy), la chanson inoubliable des Mystérieuses Cités d’or (chantée par Jacques Cardona), mais aussi des incontournables comme celui de Inspecteur Gadget, Les Minipouss (auteur Jean Chalopin), Les Entrechats (chanté par Noam), ou encore le générique de Jayce et les conquérants de la lumière chanté par Nick Carr, dont le texte parlé du début (voix off Jean Chalopin) a hypnotisé toute une génération d’enfants. Noam, d’abord interprète, compose ensuite de nombreuses chansons de dessins animés télévisés jusqu’à aujourd’hui.
« Goldorak Go », la machine infernale
En 1978, naquit un hymne télévisuel immortel : le générique de Goldorak, adaptation française de l’anime japonais UFO Robot Grendizer.
Diffusé dès 1978 sur Antenne 2, ce thème éclipsa rapidement une première version chantée par Enrique (titre non commercialisé) qui adaptait le générique original. Le titre écrit par Pierre Delanoë et composé par Pascal Auriat, fut produit par le duo lui-même.
C’est Noam Kaniel, adolescent israélien de 16 ans, grippé ce jour-là, qui en une nuit interprète ce titre. De ces ombres surgit un triomphe : le 45-tours s’écoulera à plus de 4 millions d’exemplaires. Ce titre est pourtant le moins représentatif de la série.

De producteur, Haïm Saban devient dès 1982 créateur avec son complice Shuki Levy.
Les paroles françaises ont été écrites par Jacques Canestrier. Ce dernier est l’importateur de Goldorak en France quelques années plus tôt. L’interprète est Lionel Leroy, un chanteur français connu pour avoir prêté sa voix à plusieurs génériques de séries cultes des années 1980, telles que Ulysse 31 ou Bomber X.
A comme « Azoulay », B comme Berda… Jean-Luc Azoulay et Claude Berda fondent en 1976 la maison de disques AB. Le duo Berda et Azoulay (ce dernier sous le pseudonyme de Jean-François Porry) va alors commencer à produire, composer et écrire des chansons, en coopération avec le compositeur Gérard Salesses.
En 1979, après des débuts difficiles, ils découvrent leur nouvelle muse, une certaine… Dorothée. Celle-ci est animatrice sur un programme jeunesse d’Antenne 2, Récré A2. Le succès est immédiat et les disques (Dorothée au pays des chansons) s’écoulent à des millions d’exemplaires en France. Dorothée devient l’égérie des cours de récréation. En 1987, elle est débauchée par TF1 et AB Productions obtient de la chaîne la livraison « tout compris » de l’intégralité des programmes jeunesse, soit plusieurs heures d’émission par semaine ! Le Club Dorothée est né.
Des dizaines de séries animées sont importées du Japon, des dizaines de chansons sont créées, en interne, parfois « à la chaîne », toutes signées Gérard Salesses et Jean-François Porry. Il est quasi impossible d’établir une liste exhaustive de tous ces génériques produits par AB, mais certains sont restés cultes, et résonnent sûrement encore à vos oreilles si vous appartenez à la génération Dorothée.
Les Chevaliers du Zodiaque… toujours à l’attaque !
Encore un titre efficace écrit et composé par le duo Jean-François Porry (Jean-Luc Azoulay) et Gérard Salesses.
Il est interprété par Bernard Minet. Le batteur et chef d’orchestre du groupe Les Musclés qui devient après son succès avec Bioman incontournable chez AB Productions. À noter que le générique évoque « les quatre coins de l’univers » alors que l’action se déroule entièrement sur la Terre…

Après la version chantée par Dominique Poulain sur une adaptation du titre original par Charles Level, le duo Porry/Salesses profite, là encore, du transfuge de la série au Club Dorothée pour proposer un générique inédit. Une fois n’est pas coutume c’est Dorothée elle-même qui interprète le générique, série pour laquelle elle avait déjà interprété un générique de fin au début des années 1980 (« Qu’elle est loin ton Amérique, Candy »).
Par Michaël Ohayon (texte) et Jérôme Cosniam (carrousel)
IDDH (International Droits et Divers Holding) était une société de production et d’importation de films d’animation, fondée par Bruno-René Huchez. Employé au Japon, celui-ci découvre le dessin animé UFO Robot Grendizer et décide de l’importer en France avec l’aide du distributeur Jacques Canestrier, sous le nom de Goldorak. Le succès est fulgurant dès sa diffusion en 1978 et son triomphe initie l’engouement des diffuseurs pour les programmes japonais, faisant d’IDDH la pionnière dans ce domaine.
Sous le pseudonyme de Huber Chonzu, Huchez décide de se spécialiser dans l’importation de mangas et poursuit avec Candy Candy (1978), confiant l’écriture des textes des musiques originales de Takeo Watanabe à Charles Level, puis à Jean Baïtzouroff, collaborateur d’artistes comme Jean Yanne ou Jacques Martin. Il enchaîne avec Albator, le corsaire de l’espace (1980) de Leiji Matsumoto et sollicite pour la version française Éric Charden et Didier Barbelivien. Un des thèmes commandés à Caravelli (Claude Vasori) deviendra même le générique de la version cinéma de Goldorak.
Huchez a bien compris que la confection d’un générique revêtait une importance capitale, et qu’une bonne chanson pouvait aussi profiter à la renommée de la série et générer des retombées économiques supplémentaires. C’est pourquoi il prendra toujours soin de collaborer avec des professionnels de grand talent et il crée sa propre filiale, « Narcisse X4, les disques du Jars », pour éditer ces œuvres originales.
Suivront une multitude de dessins animés devenus cultes, pour lesquels un grand nombre d’auteurs et de compositeurs prestigieux vont se succéder : Jean-Pierre Bourtayre et Jacques Revaux (L’Empire des Cinq, Cobra, 1985), Jean-Jacques Debout (Capitaine Flam, Bouba, 1981), Roger Dumas (Capitaine Flam, Judo Boy, 1985), Paul Koulak (Clémentine, L’Île au trésor, 1985), Antoine de Caunes, sous le pseudonyme de Paul Persavon (Cobra, 1985, Lady Oscar, 1986), Jean-Daniel Mercier (Edgar détective cambrioleur, 1985, Princesse Saphir, 1989), Roland Bocquet (Tchaou et Grodo, 1983) et Alain Magniette alias Costric Ier (Moi Renart, 1986, avec Joël Cartigny et Jacques Davidovici).
À partir des années 1980, Cyril de Turckheim, et Alexandre Révérend, sous le pseudonyme de Bernard Rissoll, prennent le relais pour des séries comme Signé Cat’s Eyes (1986) ou L’Ours Gabby et les petits malins (1987).
Bruno-René Huchez, disparu en 2016, pionnier de la culture manga en France, aura introduit et popularisé des séries qui auront marqué plusieurs générations.
Capitaine Flam… à la va-vite !
Le générique français de Capitaine Flam est interprété par Richard Simon, choriste disponible le jour de l’enregistrement, avec des paroles écrites par Roger Dumas et Jean-Jacques Debout, sur une musique également composée par Jean-Jacques Debout. Ce n’est que bien plus tard, dans les années 2000, que Chantal Goya (épouse de Jean-Jacques Debout) interprétera ce titre dans le cadre de compilations et remix nostalgiques.
La légende veut que Roger Dumas ait écrit les paroles du générique de Capitaine Flam en quelques minutes, juste avant de partir en vacances. Pressé par le temps, il griffonne les paroles sur un coin de table, sans se douter que ces quelques lignes deviendraient un hymne culte pour toute une génération, même s’il n’est curieusement que sur la face B du 45-tours, la face A étant l’instrumentale…
Clémentine
Paul Persavon (Antoine de Caunes) signe le texte de ce générique sous la composition de Paul Koulak. Marie Dauphin, forte du succès de « Bibifoc », interprète ce titre plein de poésie qui sublime la maladie d’une jeune fille en aventures extraordinaires.
Le producteur Bruno-René Huchez explique alors, sans complexe, qu’il n’y a pas d’art sans business et que la série est faite juste en vitrine publicitaire pour écouler les 322 produits dérivés.

Célèbres mais discrets, c’est le cas d’Éric Charden (du duo Stone et Charden) et Didier Barbelivien, concepteurs du titre Albator qui sera interprété par Jean-Pierre Savelli connu plus tard avec Sloane (Peter et Sloane). Bizarrerie discographique de l’époque, il fait partie des titres atteints du syndrome de la cover, la production ayant été refaite intégralement avec un autre interprète bien souvent inconnu avec un prix bien plus attractif que l’original.
En 1986, une cinquième chaîne fait son apparition, opportunément intitulée « La Cinq » ! Sa direction en est confiée à Silvio Berlusconi, homme d’affaires qui règne déjà sur la télévision italienne.
Une multitude de séries seront diffusées sur cette chaîne, mais les génériques seront conçus exclusivement par des compositeurs italiens. Le seul créateur français investi dans cette aventure sera l’auteur Charles Level, ancien participant du Petit Conservatoire de la chanson de Mireille, interprète et surtout parolier pour de grandes vedettes comme Charles Aznavour, Mireille Mathieu ou Annie Cordy pour laquelle il écrivit « La bonne du curé », un immense succès de 1974. Il est aussi une référence dans le monde de la télévision, ayant écrit de nombreux génériques dont celui de Chapi Chapo (1974), sur une musique de Francois de Roubaix, et même un album entier pour Christophe Izard et L’Île aux enfants sur des musiques de Roger Pouly, en 1977. Il s’est peu à peu spécialisé dans l’adaptation de génériques étrangers, notamment ceux des productions Disney. Pour La Cinq, sa mission sera d’assister Alessandra Valeri Manera, une parolière italienne qui pratique le français, mais pas avec la maîtrise nécessaire pour concevoir un texte accompli.
Les textes seront donc presque systématiquement cosignés Level/Valeri Manera, et de leur collaboration naîtront nombre de génériques dont ceux d’Embrasse-moi Lucile (1988) et des Quatre Filles du docteur March (1989)… Les interprétations seront confiées à Claude Lombard, ainsi qu’à Valérie Barouille, et enfin à Jean-Claude Corbel, interprète notamment du générique d’Olive et Tom.
Olive et Tom
L’histoire de ce générique est teintée d’une anecdote savoureuse, presque rocambolesque. Contrairement à une création ex nihilo, la musique n’est pas originale : elle est directement reprise du second générique italien d’une autre série japonaise, Lupin III (connue en France sous le nom d’Edgar le détective cambrioleur). Et cela est courant sur La Cinq, détenue par Silvio Berlusconi, qui importe les génériques. Charles Level est alors chargé d’adapter le générique italien en français. Preuve aussi de la précipitation, après visionnage d’un seul épisode, Olive et Tom sera le titre choisi comme nom français alors que la série est focalisée sur les aventures d’Olive.
Rémi sans famille
Au début des années 1980, les studios d’animation japonais adaptent Sans famille d’Hector Malot. Diffusé en France en 1982 sous le titre Rémi, son générique français est créé sur mesure avec les paroles par Charles Level (connu pour Olive et Tom) et la musique de Jean Renard, et chanté par Cyrille Dupont (alias Cyrille), jeune Picard de 14 ans, sans connaître l’intrigue. Son interprétation sur un air de Gavroche doit sans doute au fait qu’il était aussi interprète dans la comédie musicale Les Misérables. Erreur cocasse : « Cathy et Rémi » au lieu de « Capi et Rémi » !
Embrasse-moi Lucile
Là encore c’est une série diffusée d’abord sur La Cinq avant d’être plus reconnue sur la première chaîne. Le processus est toujours le même. Pour Embrasse-moi Lucile, le générique s’inspire directement de la version italienne « Kiss me Licia », chantée par la reine des dessins animés italienne, Cristina D’Avena. Et même si elle a déjà chanté « Princesse Sarah » en français on lui préférera la voix plus juvénile de Claude Lombard, qui après beaucoup de doublage et de génériques de dessins animés accompagnera Charles Aznavour sur scène jusqu’à son dernier souffle. C’est Charles Level qui se colle une fois de plus à l’adaptation française.
Par Michael Ohayon (texte) et Jérôme Cosniam (carrousel)
Christophe Izard a été le concepteur de L’Île aux enfants, un programme jeunesse culte, totalisant près de 1 000 épisodes entre 1974 et 1982. Homme de télévision, il écrivait les paroles des génériques de ses émissions et en confiait le plus souvent la composition à Roger Pouly, le pianiste de Charles Trenet. Leur interprète de prédilection était Anne Germain, l’inoubliable voix de Catherine Deneuve dans les films de Jacques Demy. De cette collaboration naquirent la célébrissime Île aux enfants (1974), ainsi que Les Visiteurs du mercredi (1975) ou Le Village dans les nuages (1982). Izard collabora également avec le compositeur Tony Rallo avec lequel il créa des chansons pour Salut les Mickey en 1983, ou Zappe, zappeur en 1987…
Richard de Bordeaux enregistre dès la fin des années 60 des duos avec Daniel Beretta, qui deviendra un acteur de doublage très demandé. Après quelques disques en solo, il se recentre sur la composition de musiques de films et de séries. On lui doit la bande originale de L’Amour nu de Yannick Bellon en 1981, et ensuite de nombreuses chansons de dessins animés dont La chanson de Babar (1990), Mimi Cracra (1986) ou Bibifoc (1986).
Bibifoc
En 1985, débarque Bibifoc, un bébé phoque défendant l’Arctique.
Le générique de la série est composé et écrit par Richard de Bordeaux (basé sur un thème de Ferry Wienneke), et chanté par Marie Dauphin, qui à 15 ans seulement est déjà animatrice de Récré A2 et remplace Dorothée au pied levé.
Succès fou : 900 000 singles vendus, 26 semaines au Top 50 avec un pic à la 13e place ! Anecdote géographique : les paroles placent Bibifoc en Antarctique, mais l’action est au Groenland.

Née de l’imagination de Christophe Izard, L’Île aux enfants est un havre enchanté pour le jeune public. Pour le générique, c’est Christophe Izard lui-même, non content de produire, qui signe les paroles poétiques et optimistes, évoquant un éternel printemps d’insouciance.
La musique, un air folk joyeux mâtiné de flûtes et de cordes, fut composée par Roger Pouly, musicien chevronné qui captura l’essence paradisiaque de l’île. Pour la voix, le choix se porta sur Anne Germain, une chanteuse talentueuse déjà connue pour des doublages Disney.
Par Cécile Corbel et Michael Ohayon
À partir des années 1990 et surtout 2000 on assiste à la disparition progressive des émissions jeunesse des chaînes publiques. Les séries animées vont désormais être proposées sur des chaînes dédiées. La place des chansons devient alors moindre car les épisodes sont entrecoupés de publicités et les génériques doivent être les plus courts possible pour que le jeune téléspectateur ne zappe pas ! Les chansons de générique seront ainsi beaucoup moins mises en avant à partir des années 2000, connaissant alors le même déclin que le marché du disque physique qui avait fait les beaux jours des chansons des séries animées des décennies précédentes.
Cela n’empêche pas une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs de s’imposer pour la création de musiques de séries animées, d’autant que l’animation made in France est en plein boom et que de nombreuses séries françaises trônent fièrement sur le petit écran.
Depuis plusieurs décennies, la production de séries animées en France explose, portée par des compositeurs de renom. Parmi eux, Bill Baxter regroupe Joe Cool (Laurent Ganem), Bo Geste (Laurent Cayol) et Lewis Primo (François Monfeuga). D’abord connus pour leur adaptation d’« Embrasse-moi idiot » puis pour des génériques célèbres comme celui des Pastagums (1994), ils se rebaptisent « La Belle Équipe » avec l’arrivée de Jacques Bastello et Olivier Lanneluc et réalisent Petit Potam (1997). Laurent Ganem continuera sa production, soit seul, comme pour Titeuf (2008), soit en équipe avec Stéphane Le Gouvello pour Petit Vampire (2004) ou Franck Lebon pour Mini-loup (2012).
Hervé Lavandier, pianiste et compositeur éclectique (cinéma, pub, animation), collabore notamment avec Gil Slavin (Yakari 4, Le Secret de Petit Tonnerre, 2005), Roddy Julienne (Ratz, 2003) et son fils Arthur Lavandier, compositeur reconnu et lauréat SACD 2017. Lavandier cosigne aussi avec Ramon Pipin moult génériques de séries cultes comme Les Zinzins de l’espace (1997) et Lucky Luke (2001).
Gil Slavin, arrangeur de comptines, signe la musique des Contes de la rue Broca (1996) et Gribouille (1976). Alexandre Azaria, ancien musicien de rock, compose pour Valérian et Laureline (2007). Hugues Le Bars travaille sur Oggy et les Cafards (1999) et transmet sa passion à son fils Félix (Féloche, compositeur de Petit Ours Brun, 2003).
Fabrice Aboulker fonde Moksha Productions, réunissant Jean-François Berger, Damien Roche, Pascal Stive et Jean-Claude Ghrenassia. Ensemble, ils signent Kangoo Juniors (2002), Martin Mystère (2003) et le succès international Les Pyjamasques (2015).
Enfin, Didier Ledan et Joseph Refalo œuvrent en binôme (notamment Caroline et ses amis, 1994), tandis que Patrick Sigwalt et Score Factory, avec David Vadant, Benjamin Ribolet, Romain Allender et Axel Nouveau, s’illustrent sur Fish’n’Chips (2011), Alvin et les Chipmunks (2015) et Heidi (2015).
Alvin et les Chipmunks
Patrick Sigwalt, compositeur et président du Conseil d’administration de la Sacem, nous partage une anecdote sur son générique d’Alvin et les Chipmunks : « Quand ma partition a gagné l’appel d’offres sur cette série face à certains illustres confrères américains, j’ai demandé à mon coproducteur français quelle était son ambition à l’export. Il espérait que cette série ait un succès à l’international et notamment aux États-Unis. Je lui ai alors demandé une augmentation du budget conséquente pour enregistrer avec orchestre afin de placer le score dans les standards sonores requis outre-Atlantique. Après quelques hésitations, il accepta et s’en est félicité des années plus tard quand nous sommes devenus numéro 1 dans différents pays dont les États-Unis. Cela m’a conforté dans l’idée qu’une musique devait, outre sa qualité, être produite en cohérence avec le marché visé. »
Minikeums
Emission jeunesse lancée le 31 mars 1993 sur France 3, squatte la télé avec ses marionnettes déjantées et son esprit rebelle.
Anecdote savoureuse : Roddy Julienne remporte le job via un blind test compétitif ! France 3 fournit des mots-clés à intégrer, exigeant un thème qui « annonce le programme » même de loin – depuis la cuisine ou la salle de bain. Il compose en urgence, visant un impact immédiat pour marquer le début de l’émission. À la voix, Roddy s’associe à Gérald Dahan, imitateur talentueux, pour un duo vocal punchy qui incarne l’énergie rebelle des Minikeums.
Oggy et les Cafards
Série animée française créée par Jean-Yves Raimbaud en 1997. Elle a été conçue pour capturer l’essence muette de l’histoire, inspirée de cartoons comme Tom et Jerry. Le générique est un instrumental court et rythmé composé par Hugues Le Bars en collaboration avec Hervé Lavandier. Hugues Le Bars est un compositeur prolifique connu pour ses travaux au cinéma. Il a infusé un style jazz, scat et funky pour refléter les poursuites chaotiques entre Oggy et les cafards. Anecdote notable : le thème sample « La chansonnette » d’Yves Montand intégrant des éléments vocaux et mélodiques pour un effet comique et nostalgique. Ce générique est devenu culte pour son énergie contagieuse, contribuant au succès mondial de la série qui sera diffusée dans 150 pays.
La génération bercée par Récré A2, le Club Dorothée ou les programmes jeunesse de la troisième et de la cinquième chaîne a maintenant bien grandi, et celle qui est aujourd’hui fan des nouvelles séries animées diffusées sur le petit écran grandira aussi… inexorablement. Mais les mélodies attachées à toutes ces séries TV animées semblent posséder un pouvoir mémoriel « magique », qui peut relier à jamais chacun à l’enfance.
En 2016, dans une interview donnée au Monde, Bernard Minet, l’interprète du générique de Juliette je t’aime (Porry/Salesses) confiait : « J’ai vu des durs, des tatoués, qui avaient les lèvres qui bougeaient pendant “Juliette je t’aime”. Chacun a sa propre histoire : soit elle est heureuse, soit elle est malheureuse. Pour certains, le Club Dorothée, c’est le seul bon souvenir de leur enfance. »
Avouez-le, n’avez-vous pas vous aussi sur les lèvres un bout de refrain, ou les bribes d’un couplet du générique de votre série animée préférée ?